Dossier

Carrelage à tous les étages…

Publié le mercredi 15 juin 2011 à 21H00

C’est la dernière touche, celle qui donne le ton. Et à la différence de la peinture ou de la tapisserie, le carrelage représente un investissement relativement lourd, appelé à durer dans le temps. Grands ou petits carreaux, classiques ou tendance, il s’agit de faire le bon choix. Suivez le guide…

La concurrence – vinyle, bois, stratifié, ou encore béton – redouble d’imagination depuis deux décennies pour rivaliser, mais le carrelage reste le revêtement de sol de prédilection. La référence indétrônable qui s’approprie quasiment un tiers du marché en Métropole, comme en Calédonie.
Pas une maison, pas un bâtiment, sans carrelage. De la chambre à la salle de bains, en passant par la terrasse et la cuisine, le carreau trouve sa place partout. En un demi-siècle de démocratisation, ses atouts pour séduire le consommateur n’ont finalement pas varié : sa durée de vie, sa facilité d’entretien, sa fraîcheur et, enfin, son adaptabilité à tous les budgets et à tous les styles, du basique au plus élégant. Les progrès dans les procédés de fabrication ont permis, ces dix dernières années notamment, de proposer à la vente un nombre important de produits nouveaux. Et la Nouvelle-Calédonie est à la page. En effet, si les collections peuvent tarder à arriver dans certains secteurs, ce n’est pas le cas ici. C’est même un marché dynamique, stimulé par la bonne santé globale du bâtiment.

Au secours… un vendeur !

« La créativité n’a plus de limite. Avec le carrelage, aujourd’hui tout est possible. L’offre s’est accrue de façon importante ces dernières années, la qualité a augmenté. Certes, cela se paye, mais les clients sont généralement séduits par la diversité et par les tendances », explique Pierre-Henri Martinez, directeur du magasin Sopema. Néanmoins, il est parfois nécessaire de faire preuve de patience pour obtenir le produit voulu. Les stocks dont disposent les professionnels sont certes importants, mais couvrent surtout les besoins « classiques », actuellement les grands carreaux beiges, blancs, chocolat, anthracite… Pour les demandes particulières, la commande est souvent nécessaire et les carreaux mettront en moyenne trois mois pour parvenir jusqu’à nous. « Les Calédoniens ont l’habitude des délais de commande, précise Ségolène Thévenet, spécialiste du carrelage chez Modulia. Et puis attendre renforce le caractère unique qu’aura ensuite la pièce ! »
Mais cette multiplication de l’offre peut aussi donner le tournis, ou en tout cas immiscer le doute dans l’esprit d’une clientèle novice et souvent formatée par les modèles standards en vogue il y a quelques années. C’est là que l’expertise des professionnels est attendue, entre affaire de goût et affaire de sous. Entre le stock des différents revendeurs et les produits sur commande, les références se comptent par centaines, peut-être même par milliers… D’où l’intérêt de se faire conseiller ! « C’est vrai que l’on a quitté le traditionnel carrelage salle de bains rosé avec la petite frise, ajoute Patrice Jouannic, responsable de Socapor Ville. Mais à chaque fois qu’un client arrive en disant ‘‘on m’a dit qu’il me fallait des grands carreaux’’, parce que c’est la mode, je commence par voir avec lui comment se compose la pièce à carreler. » Grande ou petite, carrée, rectangulaire ou en L, meublée de manière imposante ou juste de quelques éléments qui laissent bien voir le sol… autant de détails à prendre en compte avant de se jeter sur les dernières tendances. Peut-être ne sont-elles pas adaptées à l’intérieur concerné ! Reste que le carrelage n’échappe pas à l’évolution des modes de consommation, et Internet est de plus en plus utilisé en préambule de l’acte d’achat, justement pour se donner une idée.

L’innovation défie les sens

Lorsque l’heure des finitions est arrivée, et que le budget carrelage est débloqué, on s’en va faire le tour de la place. Fini le traditionnel carreau rosé de 30X30 qui habillera uniformément le salon et la salle de bains ! Impossible de ne pas se laisser séduire par les nouvelles tendances, même avec un budget limité, au moins pour une des pièces de la maison ou pour l’extérieur. En dix ans, le carrelage a connu un développement majeur. Tous les fabricants se sont lancés dans l’innovation. En intérieur comme en extérieur, la tendance est aux carreaux de grande taille (60X60, 80X80, 100X100 ou rectangulaires 70X100), ce qui a l’avantage d’élargir la perspective, notamment des pièces modestes. Les couleurs actuellement les plus en vogue sont le gris ou le taupe, entre beige et gris clair. « Aujourd’hui, nous ne sommes plus seulement des vendeurs de carrelage, précise Patrice Jouannic, de Socapor. Nous sommes bien plus des conseillers en décoration. Lorsque nous vendons des carreaux, nous vendons un produit, bien sûr, mais surtout une ambiance. »

La tendance intérieure

Très récents, les carrelages imitation repoussent les limites esthétiques et sensorielles de la matière. Par exemple, les carreaux en grès cérame façon parquet, longs et allongés, teck, chêne clair ou foncé, avec ou sans nœuds, rendent une illusion parfaite. Voilà la maison pourvue d’un parquet en bois massif sans qu’aucun arbre n’ait été abattu. A la différence, appréciable, qu’il ne se raye pas, ne craint pas l’eau, ne se cire pas, se rit des termites et, en plus, reste frais, ce qui n’est pas négligeable sous les tropiques. Le « façon bois » se décline aussi dans le luxe le plus abouti, avec des séries imitant parfaitement le parquet marqueté.
Très riches, les carreaux façon cuir, d’un beau bordeaux ou bleu marine, reproduisent à s’y méprendre l’aspect extérieur d’un cuir pleine peau de haute qualité. On est surpris de poser le pied sur un grès frais. La première réaction est de se baisser et de toucher cette matière de la main pour s’assurer que les sens ne mentent pas.
Au sol, et pourquoi pas en revêtement mural, les carreaux façon tissus. Cela va de l’imitation lin au tissu à motif floral. On peut aussi s’offrir les charmes d’une moquette sans aucun de ses inconvénients. Une épaisse moquette peut paraître un peu chaude sous nos latitudes ou un peu trop salissante dans une maison de plain-pied ouverte sur un jardin ; sauf si cette moquette est en grès cérame ! L’effet trompe-l’œil est très réussi.

Couverture murale, salle de bains et cuisine

Tout à fait nouvelle, la pâte de verre, déclinée dans toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, en petits carreaux se prêtant à la mosaïque ou en carreaux plus grands aux couleurs dégradées et vives. Aujourd’hui la mosaïque n’est plus cantonnée aux pièces utilitaires, très à la mode, elle revient en force. En Calédonie, un grand choix de motifs standards est disponible. Cela se présente par plaques de 30X30 sur filet. Avec un budget illimité, on peut aussi personnaliser les motifs. Le fabricant réalisera le portrait de votre femme à l’échelle de votre convenance, à partir d’une photo, et vous l’expédiera, toujours par éléments de 30X30. Et avec un budget encore moins limité, on peut faire appel à un mosaïste qui travaillera carreau par carreau ! Didier Remy, patron de Remy Revêtements et Sols, raconte cette anecdote : « Une personne est revenue d’Indonésie avec des sacs de petits carreaux d’un centimètre, pensant en faire couvrir l’intérieur de sa piscine et le tour de sa terrasse ; à moins qu’elle s’y soit mise elle-même, les sacs doivent toujours encombrer sa remise ! Pour une terrasse de 40 m2 et une piscine de 10 m de long, on n’ose imaginer le devis ! »
Encore une nouveauté, les carreaux de verre recyclé. Le dernier cri, qui souffre pourtant d’être peu malléable. La découpe est quasiment impossible par un carreleur classique, il faut, du coup, s’en remettre à l’expertise d’un vitrier. Il est donc difficile d’espérer recouvrir un sol avec cette matière pourtant assez sympa, et qui reste pour l’heure plus adaptée à la crédence de la cuisine, aux plans de travail et à des surfaces géométriques ne nécessitant pas de découpes compliquées.

Les extérieurs, terrasses et piscines

En extérieur, tour de piscine, terrasse, là encore, quelques nouveautés ont fait leur apparition. Les carreaux répondent à des normes précises de qualité. Le grain antidérapant R11 est vivement conseillé, il est en tout cas imposé pour toutes les surfaces à usage collectif. Les carreaux en grès extérieurs aussi se « déguisent ». Certains imitent l’ardoise : ils en reproduisent non seulement l’aspect, mais aussi la texture. Le carreau marbre, le carreau pierre ou calcaire, le carreau métal ou mica. Le grès dans toutes ses déclinaisons ! Il est toujours possible de faire poser une pierre naturelle, qui viendra généralement du Brésil ou d’Italie. Pour la petite histoire, il existe une veine de marbre dans le nord de la Nouvelle-Calédonie, mais son exploitation a cessé en raison de la dureté de cette pierre qui en rendait la découpe difficile et coûteuse. Pour faire court, ce que vous imaginez existe sans aucun doute !


Article extrait du magazine Construire paru en avril 2011

 

Made in China via Italia

Le carrelage n’échappe pas à ce qui est désormais la règle dans le concert de la mondialisation : la production est essentiellement chinoise. C’est ce que confirme Pierre-Henri Martinez, directeur du magasin Sopema : « Les Chinois sont capables du meilleur comme du pire. Le meilleur chinois, c’est généralement de la sous-traitance pour des firmes italiennes et européennes. Si des grandes marques comme Ragno ou Ariostea commandent là-bas, ce sera accompagné d’un contrôle qualité aux normes européennes. » En revanche, il y a de grandes probabilités qu’ils s’emparent ensuite des modèles européens pour les fabriquer à leur compte avec un contrôle qualité moindre.
Le risque, c’est tout simplement celui de la malfaçon, synonyme de probables déconvenues à plus ou moins long terme, pour les propriétaires. Techniquement, un carreau de 60X60 doit présenter une surface d’encollage parfaitement plane. Le contraire pourra poser de sérieuses difficultés à la pose, voire s’avérer désastreux lorsque, après quelques mois, tout se descellera dans le salon. Un carreau bombé ne sera pas collé uniformément. Les bulles d’air qui s’installeront dessous le feront certainement casser à terme. « Lorsque l’on investit dans du carrelage de qualité, précise Ségolène Thévenet, de Modulia, c’est pour plusieurs dizaines d’années. Si la dureté ou l’émaillage du carreau est mal fait, le propriétaire pourra tout refaire cinq ans plus tard… »
Le grès cérame est un matériau très résistant qui permet de réaliser de grands carreaux, mais on ne peut se permettre du rogner sur l’épaisseur. Par exemple, un carreau de 100X100 doit atteindre au moins 2 centimètres d’épaisseur, ce qui ne sera pas forcément le cas sur un second choix et limitera nécessairement la solidité et la pérennité du carrelage. D’ailleurs, un carreleur professionnel aura du mal à garantir son travail sur des carreaux de qualité médiocre et irrégulière.
Un haut de gamme chinois sera moins cher qu’un haut de gamme européen. Mais les champions toutes catégories restent les Italiens, tant pour le design que la qualité. Derrière, les Grecs, les Portugais, les Turcs, les Français tiennent la corde, même si, une fois encore, beaucoup de fabricants prestigieux sous-traitent désormais en Chine.


 

Le carrelage grimpe aux murs

Entre les goûts et les tendances, le carrelage se décline à toutes les modes. Néanmoins, certaines constantes se retrouvent lorsque l’on s’attarde sur le second œuvre de sa future maison. Au sol, un seul et même carrelage, à l’exception de la chambre qui se débarrasse aujourd’hui des carreaux de céramique. Partout ailleurs, on joue l’uniformité. En revanche, carreler les murs est un choix que font de plus en plus de gens. « Tout ce qui est au sol peut monter sur les murs, explique Ségolène Thévenet, de Modulia. L’inverse n’est pas vrai puisque la faïence murale, elle, ne descend pas. Elle est trop fragile pour que l’on marche dessus. » Cette « tendance murale » nous vient de l’extérieur, des idées glanées çà et là au cours de voyages. En faisant remonter le carrelage, nous seulement les murs sont protégés, mais on peut également jouer la carte de l’originalité. Sur les parois de la douche, rien n’empêche de miser sur des déclinaisons de tons, de reliefs, de textures. Voire même sur la couleur ! « En Nouvelle-Calédonie, on n’est assez peu demandeur de couleurs, ajoute la jeune femme. Mais dans une salle de bains d’invité ou d’enfant par exemple, les particuliers hésitent moins à choisir du moins conventionnel. » Dans la cuisine, ce sera la crédence qui amènera le carrelage coloré sur le mur. De quoi donner à chaque pièce une personnalité unique.


 

Un métier en mutation

Il faut cinq ans pour apprendre le métier et être lâché sur un chantier. Carreleur est un métier d’art. Les compétences ne se limitent pas seulement à la pose de quelques faïences dans une douche. Elles couvrent la réalisation de la chape, la connaissance des colles, des primaires, des différentes matières, des techniques relatives aux tailles des carreaux, de la manière de procéder dans des pièces de toutes dimensions et de toutes formes, de règles strictes et de normes draconiennes. Par exemple, un carreleur aime réaliser lui-même sa chape pour être assuré de sa perfection. Il refusera fermement de poser vos carreaux sans joints, ce que vous seriez tenté de lui demander sous prétexte que c’est plus beau. Sachez que c’est strictement interdit, qu’on a vu à cause de ça des carreaux exploser en se dilatant et les éclats atteindre le plafond. « Le carreleur est aussi céramiste, et les plus doués vous proposeront des réalisations uniques. On doit sans cesse s’adapter aux nouvelles matières. On a un rôle de conseil important et on peut être amené à réfréner les fantaisies de certains clients qui, au regard de l’offre importante, pourraient penser que tout est vraiment possible ! », conclut Didier Remy.  


 

Combien ça coûte ?

Didier Remy, patron de Remy Revêtements et Sols, établit des devis tous les jours, pour des maisons neuves, des appartements en ville, des collectivités, des hôtels comme le Ramada Plazza : « En moyenne, le budget carrelage pour une maison neuve dans un lotissement du Grand Nouméa est de l’ordre du million. 300 000 francs pour la matière, 700 000 pour la pose, ce qui représente 4 % du coût global de la construction. C’est donc un poste important. De plus, les gens pensent, à tort, que les grands carreaux sont plus simples et moins onéreux à poser. Il n’en est rien, au contraire ! » Un carreau en 80X80 nécessite un double encollage, deux fois plus de colle donc, ce qu’oublient souvent de préciser les vendeurs qui préféreront privilégier l’argument « tendance ». Double facture de colle donc, mais aussi de main-d’œuvre. En effet, un grand carreau une fois encollé peut peser jusqu’à 30 kg, ce qui nécessite la présence d’au minimum deux personnes sur le chantier. Précisions techniques à prendre en considération quand on signe un chèque pour du grand format chez le marchand !
Il n’en demeure pas moins que la qualité se paye. A titre d’indication, pour le nec plus ultra, le grès cérame pleine masse, près de1,5 centimètre d’épaisseur, il faut compter jusqu’à 13 000 francs le carreau de 60X100. Quant à la pierre naturelle, il faut compter environ 7 000 à 8 000 francs le mètre carré. La gamme des grès émaillés, un peu moins résistante sera aussi plus accessible.
Et Patrice Jouannic d’ajouter : « Lorsque l’on fait construire une maison, il est préférable de penser tout de suite aux revêtements des sols. Car les nouveaux propriétaires sont souvent surpris de voir que l’enveloppe qui a été réservée ne suffit pas à avoir ce qu’ils auraient voulu. »

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