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  Nouvelle-Calédonie > Social - 13/08/2009    
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Une marée humaine
Plus de 20 000 personnes, et même 26 000 selon les autorités : le rassemblement du Collectif citoyen pour notre destin commun a noyé les rues de Nouméa, durant quelques heures hier matin. Une manifestation d’une ampleur jamais vue depuis les Evénements.

Pas une banderole, juste quelques petits panonceaux. Pas d’orateurs politiques au micro, juste un animateur. Pas de cris hostiles, pas d’attaques, pas une seule fois le mot USTKE et un seul et unique slogan repris en chœur : « Si y’a pas toi, y’a pas moi », la version modernisée l’an dernier par Kiki Karé du « Ni vous sans nous, ni nous sans vous » qui fleurissait sur les murs au temps des Evénements.
Il n’y avait pas eu de rassemblement d’une telle ampleur depuis les Evénements. 26 000 personnes. Même si le comptage de l’État est potentiellement suspect de bienveillance, une telle foule est du jamais-vu depuis vingt ans. La référence au passé s’arrête là. Car il ne s’agissait pas cette fois de revendiquer sa France ou son indépendance dans un combat politique, seulement de dire une envie de vivre ensemble et en paix dans un pays sans violence. De manifester pour et pas contre. Au pays manichéen, c‘est une démarche rare. Elle était osée, elle est réussie. Sans excès et sans encadrement, dans le calme et la bonne humeur, sans s’éterniser et sans même vraiment perturber la circulation.
C’est pourtant une véritable marée humaine qui a traversé le centre-
ville, hier matin. À 8h30, il n’y avait pas grand monde ; à 9 heures, des groupes arrivaient de partout, à pied, parce qu’il était rapidement devenu impossible de se garer. Les 5 000 tee-shirts « Si y’a pas toi, y’a pas moi » ont été distribués en un tournemain. Et lorsqu’à 9h30 la délégation du collectif s’est rendue au gouvernement et à la Maison bleue, la foule débordait de la place.
« Ni contre un syndicat, ni pour les patrons, a réexpliqué Nathalie Bringuier, la porte-parole du collectif. Seulement l’envie des petites fourmis anonymes qui travaillent et élèvent leurs enfants de réaffirmer leur volonté de vivre ensemble, de faire quelque chose de constructif, dans le calme. Un petit temps pour se retrouver, idéaliste et spontané, réel et sincère. »

« L’envie [...] de réaffirmer leur volonté de vivre ensemble, de faire quelque chose de constructif. »


Détendu aussi. « Venez », ont crié les manifestants aux postiers installés aux fenêtres de la recette principale. « Peut pas, ont-ils répondu, il y a dix-sept malades dans le service. » La grippe, on l’avait presque oubliée.
Et lorsque finalement la tête du cortège a atteint le Congrès, la queue venait tout juste de quitter la Baie-de-la-Moselle, alors même que les manifestants serraient les rangs, ignorants des méthodes qui permettent d’éclaircir les groupes et d’allonger la file. Des amateurs... En fait, la délégation a même dû attendre devant le Théâtre Vauban, car le président du Congrès, qui comme beaucoup d’autres élus s’était noyé dans la masse du défilé, était en retard pour les recevoir.
Après une dernière halte au haussariat, dont le périmètre était sécurisé de la même manière que pour d’autres manifestations, la délégation a rencontré Jean Lèques et Gaël Yanno, venus à sa rencontre directement dans la rue. Nathalie Bringuier a ensuite remercié les marcheurs pour leur bonne conduite. « Nous sommes des gens formidables, nous sommes présents, nous confirmons que nous avons besoin d’être entendus et nous l’avons montré. »
Au lieu de rentrer en cortège vers la Baie-de-la-Moselle, la foule a coupé au plus court. Il lui a fallu trois rues, simultanément, pour s’écouler d’un bout à l’autre du centre-ville.

  Le chiffre : 5 000 
C’est le nombre de tee-shirts « Si y’a pas toi, y’a pas moi » qui avaient été préparés pour la manifestation. Ils ont été distribués en un rien de temps hier matin Baie-de-la-Moselle.
  Questions à... Nathalie Bringuier, porte-parole du collectif 
« Que nos élus s’accrochent au destin commun »



Nathalie Bringuier : « 26 000 personnes,
c’est fantastique. Je pense que les gens
qui ont participé vont s’en souvenir. »


Présidente de l’Adamic, l’Association pour le développement des arts et du mécénat, Nathalie Bringuier a assumé au pied levé le rôle de porte-parole du Collectif citoyen pour notre destin commun. Juste après la dispersion, elle se disait hier surprise et ravie de l’ampleur du rassemblement.

Les Nouvelles calédoniennes : Quel bilan dressez-vous, à chaud ?
Nathalie Bringuier : Fantastique. Je pense que les gens qui ont participé vont s’en souvenir. C’était inespéré. Cela prouve bien qu’un message simple sur une idée simple, les gens comprennent. Cela prouve que le destin commun, c’est évident; que la sérénité, le calme et la paix, c’est évident. Et voilà, 26 000 personnes, c’est fantastique, je suis ravie.

Qu’est-ce que vous attendez, après cette marche, des responsables institutionnels que vous avez vus ?
Ce que j’attends, c’est un petit peu ce que je leur ai dit et ce que j’ai compris dans leur réponse : qu’ils tiennent compte du fait qu’il faut s’accrocher à ce destin commun. Malgré les clivages, les différences d’opinion, malgré les différences ethniques, sociales, économiques, c’est à eux, les élus, d’arriver à trouver un consensus et à nous organiser cet avenir tous ensemble. On le veut, nous. On a largement fait comprendre qu’on existait et qu’on voulait aller dans ce sens. Il faut y aller, clairement, fermement. Il n’y a pas à hésiter.

Et maintenant, la suite ?
C’est la bonne question... Très sincèrement, cela peut paraître naïf, l’idée était seulement de se retrouver tous ensemble. Il n’y a pas de suite particulière. Je sais bien que pendant 48 heures on va en reparler, mais moi je n’ai pas l’intention de faire de carrière politique, et je ne pense pas que les personnes qui étaient là aient envie de le faire. Donc je ne vois pas trop la suite. Nous n’avons rien d’autre de programmé.
  Repères 
La délégation
La délégation du collectif reçue par les présidents des institutions était composée de Nathalie Bringuier, Helène Bolé (représentant les femmes), Djintan Tambunan (association des Indonésiens), Jean-Marc Quilichini (représentant les étudiants), Jean-Claude Merlet (Chambre de métiers), Gérard Pasco (Chambre d'agriculture), André Desplat (Chambre de commerce et d'industrie) et Adjé (artiste).

Une pétition

Dans la marche a circulé une pétition destinée au président du gouvernement, au haut-commissaire, à la secrétaire d'État à l'Outre-Mer et au président de la République. Son texte considère comme « totalement inadmissibles » les violences et les dégradations de la semaine dernière, qui portent encore plus durement préjudice aux personnes les plus démunies. « La plupart d'entre nous ne sont en rien concernés par ces conflits et commencent à être exaspérés. Nous voulons vivre en paix », affirme la pétition.

Mécontents au gouvernement
Les trois membres du groupe FLNKS au gouvernement se sont déclarés  hier mécontents de l'initiative prise par Philippe Gomès d'autoriser les agents de la Nouvelle-Calédonie à participer à la marche, comme l'ont aussi fait la province Sud et la mairie. MM. Devillers, Ngaiohni et d'Anglebermes rappellent dans un communiqué que « le destin commun demande à être construit dans une coexistence choisie et acceptée » et qu'il est « un engagement noble qui n'a pas vocation à servir d'alibi. »
  Ils ont dit... 

Philippe Gomès
Président du gouvernement
« Un moment de grâce »

« Il a été question de paix, de respect, de destin commun, des notions qui nous fédèrent et qui sont plus fortes que celles qui nous divisent, de notre volonté de vivre ensemble qui fait notre force. Ce que j’ai trouvé formidable, aujourd’hui, c’est que cette immense majorité silencieuse, celle du vivre ensemble, celle qui ne s’exprime pas, celle qui ne casse pas, n’insulte pas, celle qui est de toutes les couleurs et de tous les âges, s’est levée pour envoyer un message d’espoir.
« Je suis profondément touché par le message « si y’a pas toi, y’a pas moi » et par l’engouement populaire qu’il suscite. Il a la force de la simplicité, la force de l’évidence, j’espère qu’il aura aussi la force de la paix.
« Le collectif a réussi quelque chose d’assez unique dans notre pays : pas une manifestation contre mais une manifestation pour. C’est un moment de grâce, quand un peuple tout simple se lève, quand des Calédoniens fiers de leur pays et de leur terre réaffirment qu’ils veulent bâtir dans la paix, la fraternité et le vivre ensemble. C’est un formidable message à l’égard de ceux qui essaient de briser le rêve du destin commun. »

Pierre Frogier
Président de la province Sud
« Une pierre sur le chemin »

« C’est un plaisir partagé de voir cette mobilisation importante, parce que nous nous sentons nous-mêmes, élus, souvent un peu isolés. On nous dit souvent « allez-y, on est derrière vous », mais des fois on aime bien aussi avoir des citoyens devant nous.
« Tous ceux qui sont là ont éprouvé le besoin d’extérioriser un ras-le-bol, d’une part, mais aussi leur volonté du destin commun. Est-ce que pour autant cela va faire bouger les choses ? Je n’en sais rien. Mais il est important que ceux qui s’interrogent se rendent compte que, spontanément, des citoyens sont capables de s’exprimer.
« Il y aura d’autres jours, que nous allons porter. Mais dans la mémoire de chacun, aujourd’hui restera comme une pierre pour continuer à marquer ce chemin que l’on souhaite commun. Cette volonté d’être ensemble permettra de mieux baliser la route et de faire en sorte que toute cette population, qui a appris depuis vingt ans à mieux se comprendre, définisse ensemble et en se respectant un chemin pour la Nouvelle-Calédonie. »


Harold Martin
Président du Congrès
« Le pays en avait besoin »

« L’initiative a beaucoup de succès, c’est vraiment impressionnant. Le pays en avait besoin, c’est très positif. J’ai vu la Calédonie dans sa diversité, tous ceux qui travaillent et qui veulent vivre normalement. Le monde qu’il y a eu, et qu’on n’avait pas vu depuis des années, montre l’expression forte des Calédoniens qui en ont marre des violences qu’ils ont connues la semaine dernière. C’est bien la preuve qu’il y a dans ce pays une majorité de gens qui veulent vivre dans la paix, qui veulent construire le destin commun, qui croient à l’accord de Nouméa.
« Cela veut dire aussi qu’il faut plus que jamais mettre en œuvre le dialogue social. On a beaucoup avancé, mais il y a un syndicat qui n’y a pas participé. Il faut qu’il vienne à cette table. La violence syndicale dure depuis des années. Il faut réussir à y mettre fin et c’est aussi le travail des politiques, du gouvernement et des institutions. Il faut qu’on continue à construire ensemble, parce que la Calédonie se fera avec tout le monde ou elle ne se fera pas. »

Thierry Suquet
Secrétaire général du haussariat
« Transmis à Paris »

« J’ai entendu un message de paix, de volonté de construire un destin commun en rassemblant tous les habitants de ce pays, porté par un grand nombre de gens, dans une manifestation d’une ampleur vraiment particulière. Ce message est aussi entendu de la part du haut-commissaire, et nous transmettrons à Paris à la fois l’ampleur de la manifestation et le contenu du message de paix et de construction. »
  Les élus rappelés à leurs devoirs 
Voici le texte de la motion que le Collectif citoyen a remise hier au gouvernement, à la province Sud,
au Congrès et au haussariat. Il met les élus devant leurs responsabilités, toutes tendances confondues, pour faire vivre les accords et construire un nouvel équilibre partagé.


« Les événements de la semaine dernière viennent brutalement de nous rappeler que la valeur fondamentale du destin commun sur laquelle repose la construction de la Nouvelle-
Calédonie est fragile.
« À l’occasion du 20e anniversaire de la poignée de main entre Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou est née une formule que le collectif souhaite aujourd’hui reprendre : « Si y’a pas toi, y’a pas moi ». Elle rappelle à l’ensemble des Calédoniens l’obligation de se fédérer, au-delà des frontières politiques, au-delà des intérêts catégoriels, au-delà des ethnies, autour de la notion de « vivre ensemble en harmonie ».
« Une page importante de l’histoire de la Nouvelle-Calédonie a été écrite avec les accords de Matignon et de Nouméa. Les Calédoniens, dans leur grande majorité, souhaitent l’application de ces accords dans un souci de prospérité et de développement pour les générations futures.
« Nous sommes fiers de partager les termes et les spécificités de ces accords.
« La nouvelle mandature va devoir faire face à des enjeux d’importance qui vont impacter fortement le monde économique, social et institutionnel.
« Avec l’appui de l’État, il nous paraît urgent et essentiel aujourd’hui que l’ensemble des groupes politiques œuvrent avec détermination pour la construction sereine d’un destin commun dans le plus large esprit d’ouverture.
« Cette prise de conscience collective de la part de nos élus sera validée par les Calédoniens si elle va dans le sens du développement et de l’intérêt général.
« Cette notion d’intérêt général doit elle-même se traduire par un nouvel équilibre économique et social partagé sur l’ensemble du territoire et une répartition plus harmonieuse des fruits de la croissance.
« La construction de notre pays dans la paix est à ce prix. »
Jacquotte Samperez
Les rangs des marcheurs se sont gonflés petit à petit pour finalement se transformer en véritable marée humaine. - Photo DR
Le rendez-vous était donné Baie-de-la-Moselle. La manifestation s’est ensuite dirigée vers le gouvernement et la Maison bleue avant de prendre le chemin du Congrès et du haussariat. - Jacquotte Samperez
Paix, dialogue, respect, destin commun... les messages des banderoles étaient pacifiques, hier, Baie-de-la-Moselle.
Avant le départ du défilé, une pétition a été signée par les marcheurs. Pétition qui a été remise plus tard aux autorités.

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