Lors d’une fouille de cellule mardi dernier, un téléphone portable a été découvert dans celle occupée par le président de l’USTKE. En réponse immédiate, ce dernier a été privé de parloir. Une enquête judiciaire a également été ouverte.
« Non ce n’est pas parce que Gérard Jodar a accordé un entretien à Libération qu’il a été privé de parloir mais c’est parce que nous avons découvert un téléphone portable dans ses objets personnels lors d’une fouille de sa cellule, ce qui est interdit au sein d’une maison d’arrêt. » C’est avec fermeté que Claire Lanet, la procureur de la République de Nouméa, répond au quotidien national, qui, dans son édition du 19 août, révéle cette mesure restrictive sous le titre « Prison : quand parler à Libération prive de parloir ».
« Ce téléphone a été découvert mardi lors d’une fouille, comme cela se fait régulièrement au Camp-Est et M. Jodar est un détenu incarcéré comme tout le monde », a ajouté la magistrate qui indique par ailleurs qu’une « enquête judiciaire a été ouverte ». Et de citer l’article 434-35 du code pénal : « La personne qui a remis ou fait parvenir à un détenu des sommes d’argent, correspondances, objets ou substances quelconques en dehors des cas autorisés par les règlements encourt un an d’emprisonnement » et 15 000 euros d’amende (1,8 million CFP). « Il est en exécution de peine et c’est par le biais du parloir qu’il s’est fait remettre ce téléphone. Pourquoi aurait-il un traitement de faveur ? »
Suite à la découverte de ce téléphone, le directeur du Camp-Est, Emmanuel Fenard, aurait décidé de le priver de parloir. Contacté hier, il n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet, rappelant seulement que « le droit et la réglementation s’appliquent de la même façon à toutes les personnes détenues ».
Me Cécile Moresco, l’avocate de Gérard Jodar, ne comprend pas cette mesure restrictive. Contactée hier, elle explique avoir vainement « interrogé par fax le directeur du centre pénitentiaire ». « On refuse que Mme Jodar se rende au Camp-Est, elle avait pourtant un permis de visite avec ses enfants deux fois par semaine ». Et quand on l’interroge sur la présence d’un téléphone dans la cellule de Gérard Jodar, elle rétorque : « Ils sont six codétenus dans cette cellule ! Trouver un téléphone portable en prison, c’est très fréquent. »
Quant à cet entretien accordé au quotidien national, elle assure qu’« il ne s’est pas réalisé par téléphone, ce qui sera très facile à vérifier, mais par l’intermédiaire de Mme Jodar qui a le droit de répercuter la parole de son époux, sans notes. En prison, la règle, c’est qu’on vient avec rien. Après, qu’il y ait eu un loupé, je ne sais pas. » Selon elle, « l’article n’a pas plu mais il n’y a rien d’illégal à cela ». Me Moreco entend bien « établir un constat d’huissier pour le refus de visite » et saisira « le tribunal administratif ».
S’il n’est pas compliqué de s’évader du Camp-Est, il semble aussi facile de faire entrer des téléphones au sein de la prison. Selon Claude Cortès, délégué syndical FO, contacté hier : « On ne dispose pas d’appareils de contrôle à la sortie du parloir. Et nous n’avons pas le droit de fouiller les femmes à moins d’avoir du personnel féminin. Si un téléphone a été trouvé lors d’une fouille en cellule, l’origine vient du parloir. Et si l’infraction est caractérisée, l’administration pénitentiaire peut en effet suspendre un parloir. Mais pas tous. »
Prochain épisode mardi où Gérard Jodar comparaîtra avec les autres militants de l’USTKE devant la cour d’appel de Nouméa qui examinera le coup de force de Magenta du 28 mai dernier, pour lequel le président du syndicat a été condamné à un an de prison ferme.
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