Lors du dixième anniversaire du Sénat coutumier, célébré ce week-end à Nouméa, un rapport sur « la place du jeune Kanak » a été dévoilé. Parmi les propositions : l’entrée de la coutume dans le système éducatif et judiciaire, ou encore le retour du service militaire.
Dans la case Eman du centre Tjibaou, il n’y a pas l’ombre d’un adolescent, en ce samedi après-midi. Quelques parents à l’aube de la vingtaine, trois jeunes filles, et puis les anciens. Sénateurs, politiques, associatifs, invités. Comme un symbole, celui d’un fossé générationnel.
Car si les barbes grises et les cheveux blancs sont là, c’est pour la remise d’un document attendu depuis un an : l’étude du Sénat coutumier sur « la place du jeune Kanak dans la société contemporaine, et les moyens de lutter contre la marginalisation d’une partie de la jeunesse ». Il s’agissait d’une commande de l’Etat. Ou plutôt d’une saisine formulée en 2008, comme le prévoit la loi organique.
L’événement est à marquer d’une pierre blanche. Pour la première fois, l’institution qui représente les autorités coutumières donne son point de vue officiel sur la jeunesse kanak, et propose des pistes pour améliorer son avenir. Dans la salle, le meurtre d’un jeune de 14 ans par un camarade de 17 ans, le week-end précédent à Nouméa, plombe encore les esprits.
Le constat est sans surprise : il est tragique. Pour le mesurer, l’enquête réalisée par Armelle Lenault, Patricia Levy, Joséphine Zéoula et Rock Wamytan se base largement sur les récents travaux de l’Inserm (*). Un questionnaire, soumis à 314 jeunes Kanak de 16 à 25 ans (issus de toutes les aires coutumières) affine les données. Le tout est conjugué avec le résultat de dizaines de rencontres (anciens, coutumiers, professionnels).
Mais au-delà de l’état des lieux, connu et déploré depuis des années, le rapport sénatorial avance des causes à ce dérèglement. Le « choc de la colonisation », en premier lieu, qui a « déstabilisé la cohésion originelle ». Malgré l’histoire, 58 % des personnes interrogées estiment que la coutume a encore sa place dans le monde kanak aujourd’hui, en tant qu’organisation sociale. Mais l’appétit qu’expriment les jeunes pour la tradition est tempéré par deux autres facteurs : la difficulté à trouver sa place dans la société occidentale (école, justice, travail), d’un côté, et le « fossé générationnel » de l’autre.
D’après l’étude, le lien avec la coutume s’est détérioré. Une « absence de repères » qui explique partiellement que « les jeunes [soient] perdus ».
58 % estiment que la coutume a encore sa place dans le monde kanak
A la fin du rapport de 115 pages (dont 62 pages d’annexes), le Sénat esquisse des pistes pour redresser la barre. Elles convergent vers un même objectif : redonner la parole aux jeunes en ravivant l’accompagnement coutumier.
Il faut ainsi « repenser l’école à partir des valeurs de la société traditionnelle », quitte à adapter les programmes « avec une approche temporelle kanak ». Même principe pour la justice et les sanctions pénales, auxquelles les coutumiers pourraient être associés.
Les jeunes ont besoin de lieux de parole, que cela passe par des maisons de la jeunesse ou des conseils de jeunes, dit encore l’étude. Mais aussi d’espaces de transmission du savoir traditionnel, comme des « écoles de la coutume », ou des instances coutumières aux moyens renforcés.
Plus surprenant, les sénateurs souhaitent le retour du service militaire, « que la société kanak d’antan avait assimilé [à une] période obligatoire d’initiation et de passage pour chaque jeune homme à la vie d’adulte ». Constatant que « le vide a été comblé […] généralement par l’oisiveté et le laisser-aller », les anciens appellent de leurs vœux un « service civil » d’au moins deux mois.
Qu’en pensent les jeunes ? Impossible de le savoir pour l’instant. Samedi, ils n’étaient pas là. Un forum est prévu dans les prochaines semaines, histoire d’engager le débat.
Le rapport sera bientôt consultable au siège du Sénat coutumier, 68 avenue James-Cook à Nouville. Téléphone : 24 20 00.
(*) Institut national de la santé et de la recherche médicale. « Situation sociale et comportements de santé des jeunes en Nouvelle-Calédonie. » Mars 2008.
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