Une triste histoire vient de ressurgir au tribunal correctionnel de Papeete, avec la présence à la barre d’un homme désormais brisé par le drame épouvantable qu’il a vécu le soir du 31 décembre 2007.
On pense à un mauvais conte de Noël, celui qui parle de misère et de pauvreté, de ces endroits que même Dieu semble avoir oublié…
Cette nuit-là, sur les hauteurs d’une petite servitude du quartier Bordes, à St-Hilaire (Faa’a), Paul (prénom d’emprunt) doit garder son fils de 18 mois, un petit garçon issu d’une liaison incestueuse avec sa demi-soeur.
Il doit patienter dans son fare sans électricité, éclairé à la bougie, et attendre que la mère vienne récupérer l’enfant. Tout le monde, même dans ce quartier déshérité, fête la nouvelle année. Paul s’impatiente de plus en plus car la mère du petit n’arrive pas. Frustré de devoir rester seul un soir de fête, il a confessé hier qu’il n’avait pas su résister à l’envie qui le tenaillait, et qu’il était parti finalement s’acheter de l’alcool. Il laisse seul son fils de 18 mois, sur un matelas à même le sol, avec une bougie posée sur une assiette, « pour ne pas qu’il ait peur, au cas où il se réveillerait », racontera plus tard le père, à la barre, la voix brisée par les sanglots.
Car la vie de Paul a basculé cette nuit-là, le feu ayant pris dans la cabane… Il est environ 2h30 lorsque l’incendie se déclare, en ce 1er janvier. Certains habitants font encore la fête, un peu plus bas, d’autres sont déjà endormis…
Personne ne se doute qu’une terrible tragédie est en train de se jouer un peu plus haut, sur la petite butte où sedressent quelques farés faits de bois et de tôles. Des farés si proches. Trop proches…
Et soudain, l’horreur… « C’est la chaleur de la fournaise qui nous a réveillés », se souvient une voisine, qui aura juste eu le temps de s’enfuir avec son mari et ses enfants, loin du brasier, à quelques mètres… Lorsque les pompiers arrivent, il est déjà trop tard, le feu dévore la maison, et menace les habitations voisines.
Un homme brisé devenu SDF, Paul, qui n’est plus que l’ombre de lui-même depuis la tragédie, se souvient avoir hurlé, comme fou : « mon bébé est dedans ! », devant les voisins et les pompiers, à la fois incrédules et horrifiés...
Un homme brisé devenu SDF, Paul, qui n’est plus que l’ombre de lui-même depuis la tragédie
La priorité des soldats du feu est de circonscrire l’incendie pour sécuriser la zone et les habitants… Impuissante, la population de la petite servitude regarde, épouvantée, ce brasier, qui finit de dévorer les hauteurs de la petite butte. Plus tard, parmi les décombres, un pompier découvrira le corps de la petite victime de 18 mois, au milieu d’un amas de cendre, de bois et de tôles, d’où émerge du mobilier noirci, des effets personnels, une petite savate, un paquet de couches à demi calciné…
En ce lendemain habituellement placé sous le signe de la fête et du renouveau, les gens sont comme hébétés, sous le choc, glacés d’effroi et de douleur.
Une femme se souvient avoir vu le petit corps emporté dans un drap blanc par les services mortuaires.
Lors de l’enquête, l’expert chargé de déterminer l’origine du sinistre émettra l’hypothèse que l’enfant se serait réveillé ou aurait bougé, ce qui aurait eu pour conséquence de renverser la bougie, qui aurait mis le feu au revêtement de sol en plastique du faré.
L’incendie se serait alors propagé très vite, causant une asphyxie rapide et mortelle de l’enfant.
Aujourd’hui renié par sa famille et ses amis, Paul, rongé par le chagrin, est devenu SDF.
À la barre, il s’exprime avec difficulté, aussi bien en polynésien qu’en français. Il réussira néanmoins à dire que sa vie a basculé ce soir-là, et qu’il regrette chaque jour son inconscience.
Un homme brisé par la culpabilité, accusé d’homicide involontaire, que le tribunal a condamné à un an de prison avec sursis, assorti d’une mise à l’épreuve de trois ans, avec obligation de soins.
Avec La Dépêche de Tahiti (www.ladepeche.pf)
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