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  Provinces > Province Nord > Canala - 20/11/2009    
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Marche des enseignants contre la délinquance
À l’initiative des enseignants de l’école publique du village, une centaine de personnes ont défilé dans les rues de Canala, mercredi après-midi, pour manifester contre la recrudescence de la délinquance

Des membres de tous les établissements publics et privés, primaires et secondaires de la commune, rejoints par des parents d’élèves, ont voulu manifester leur inquiétude croissante au regard de la multiplication des incivilités et des actes de délinquance par une marche dans les rues du village, mercredi.
Le directeur de l’école publique du village a commencé par établir un constat : « La montée en puissance de la délinquance se manifeste à l’égard de l’école et de ses enseignants. Et plus particulièrement auprès de ceux qui ne sont pas natifs de Canala. Il y a une perte de respect de l’école et de ses acteurs. » Et d’énumérer : « Au cours des cinq derniers mois, cinq logements ont été la cible d’effractions et six baies vitrées ont été brisées à l’école. Et je ne parle pas des caillassages. C’est pourquoi nous avons voulu pousser ce cri d’alarme. »
Et Florian Cossa de poursuivre en cherchant des explications à cet inquiétant engrenage : « L’école publique du village et les villas dévolues aux enseignants se situent dans un quartier “ artificiel “ , un peu retiré du village. Si bien que lorsque les enseignants sont absents, il est facile de s’introduire dans les logements. »
Et le jeune chef d’établissement de tirer les conséquences : « Les enseignants sont fragilisés et le taux d’absentéisme est très élevé. Cela nuit au suivi et à la qualité de l’enseignement. On peut parler de gâchis, vu le potentiel qui existe ici. » Pour anticiper la rentrée 2010, Florian Cossa s’est fendu d’une lettre adressée à Philippe Gomès, le président du gouvernement pour demander à ce que « soient nommés à Canala des enseignants expérimentés. Car, à l’heure actuelle, les gens s’en vont dès que possible. »

« S’il n’y a plus d’enseignants, que vont devenir nos enfants ? C’est inquiétant, car l’avenir c’est eux. »

Son collègue de l’école publique de Nakety, en poste depuis quatre ans, connaît un peu les mêmes problèmes, « l’absentéisme en moins, mais notre équipe est très solidaire et la plupart des enseignants n’habitent pas Nakety ». Et d’analyser ainsi la situation : « Nous manquons d’interlocuteurs. Il faudrait se retrouver autour d’une table et mettre les problèmes à plat. »
Pour le président de l’association des parents d’élèves de l’école publique du village : « Face aux dégradations et aux vols, le sentiment d’insécurité est tel que les enseignants se sentent rapidement impuissants. Notre crainte est de les voir partir. Nous les aidons en soutenant leurs projets pédagogiques. Tout le monde est d’accord dans le discours. Restent que, dans les faits, parents, coutumiers et mairie doivent faire des efforts. Nous en sommes au même point que l’an passé. » Même inquiétude du côté des parents d’élèves. Un papa qui a tenu à se joindre à la marche se pose des questions qui lui semblent primordiales : « S’il n’y a plus d’enseignants, que vont devenir nos enfants ? C’est très inquiétant parce que l’avenir c’est eux. Je constate qu’il y a un réel manque d’autorité de la part des parents qui fuient leurs responsabilités. Il faut réagir, et vite. »
Provoquée pour tenter « d’activer les discussions », cette marche aura-t-elle des répercussions positives ? La rentrée 2010 sera là pour le dire.

  Des profs « militants » 
Parfois mise en cause, à l’issue de la marche de mercredi, pour l’inaction dont elle ferait preuve en matière d’enseignement, la mairie, par la voix de son directeur de cabinet, Philippe Fagot-Barrally, s’en défend. « Il est faux de dire que la mairie reste inactive. Nous avons eu des échanges et des discussions avec les enseignants. Pour ce qui est des logements, nous les mettons gratuitement à leur disposition. Nous leur avons même proposé de revoir la sécurité en janvier et février. Pour cela, il fallait qu’ils nous rendent les clés. Ils ont refusé. »
Par ailleurs, la mairie conçoit que les enseignants du primaire éprouvent un réel sentiment d’abandon. « L’institution provinciale et le vice-rectorat sont loin. Quant à la mairie, sa compétence pour le primaire s’arrête au bâti. Et nous consacrons pour chaque enfant, en début d’année, un peu plus de 5 000 F destinés aux fournitures scolaires. De plus, nous proposons une nouvelle carte scolaire et nous ouvrirons la nouvelle école publique primaire du village, à côté du collège, en 2011. »
Mais pour la mairie, l’autre problème crucial se situe au niveau des affectations. Ainsi, Philippe Fagot-Barrally, se plaît à citer une expression régulièrement employée par Gilbert Tyuienon, le maire : « Il nous faut des enseignants militants. » Et le directeur de cabinet de préciser : « A Canala, il nous faut des enseignants recrutés sur profil. Qu’ils viennent ici en toute connaissance de cause. »
Une banderole explicite, tenue par des écoliers, résumait à elle seule la crainte des parents face à la montée d’une délinquance qui s’attaque à l’école. Celle délinquance pourrait bien être due, en partie, à l’échec scolaire, car les établissements secondaires sont également touchés.



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