Pour le groupe Eramet, le fonctionnement optimal de la SLN consiste en une production annuelle de 65 000 tonnes
avec 2 100 salariés. Soit 300 de moins qu’aujourd’hui. Le P-DG Patrick Buffet annonce vouloir à tout prix éviter les licenciements.
Ni plus ni moins, « c’est une véritable rupture par rapport au passé que nous allons vivre ». Pour Patrick Buffet, P-DG d’Eramet, la maison mère de la SLN, les prochaines années promettent une concurrence effroyable sur le marché avec le déversement des pig iron (du nickel au coût ultra compétitif) et du produit des nouvelles usines inaugurées dans le monde. Or La Société-Le Nickel est mal, voire très mal placée dans la classe des producteurs mondiaux avec un coût de production complet, le « full cost », autour de 8 dollars US la livre. Présenté hier en comité d’entreprise extraordinaire - auquel le grand patron du groupe n’a pu assister en raison d’un virus exotique attrapé au Gabon -, le Pac, ou plan d’amélioration de la compétitivité, tend vers un objectif clair : passer de 8 à 7 dollars US la livre « le plus vite possible ». Ce programme se veut dans « la concertation et la discussion » pour le rendu d’un avis des partenaires attendu « début mars » prochain.
Point de tension avec les syndicats comme avec les politiques, l’effort portera sur la masse salariale pour « un petit tiers », soit 3 milliards de francs sur les 10,7 milliards d’économies visés en 2012. Le reliquat cible les achats, l’énergie, les frais en sous-traitance…
L’effectif de la SLN, chiffré à la fin octobre à 2 408 salariés, doit avoir atteint 2 100 employés dans trois ans. Soit une coupe non pas de 500 comme annoncé à Paris en juillet, mais de 300 emplois. Non-remplacement des départs à la retraite, départs volontaires aidés… « Nous allons tout faire pour éviter les licenciements », assure Patrick Buffet. « Il faut que cette réduction d’emplois s’opère de la façon la plus négociée avec les syndicats. »
« Il faut que cette réduction d’emplois s’opère de la façon la plus négociée avec les syndicats »
Au regard de la pyramide des âges, la fonte naturelle est déjà estimée à 80 emplois par an. Mais attention, ces dispositions ne pourront être instaurées qu’« à conditions économiques inchangées ». Autrement dit, « à prix de l’électricité inchangé ». En 2011, tombe la renégociation de la grille tarifaire permettant à la SLN de bénéficier aujourd’hui de 90 % de la production électrique du barrage de Yaté, au prix exceptionnel de 2 F du kilowatt. Ces mêmes termes seront-ils à nouveau signés par les pouvoirs publics ? Pas évident du tout. D’âpres échanges s’annoncent avec la province Sud et le gouvernement. « Si on remettait en cause notre prix de l’électricité sur Yaté, lance le P-DG d’Eramet, il faudrait faire plus de 90 millions d’euros d’économies (ou 10,7 milliards de francs) pour se situer dans la moyenne des cash-cost (ou coûts de production totaux) des producteurs de ferro-nickel, et toucher la livre d’économie ! » La ligne jaune des non-licenciements serait alors franchie.
Défini par l’étude de Mars & Co souhaitée par Eramet, le projet d’organisation optimale avec 2 100 salariés évalue à 65 000 tonnes la production annuelle. Voilà le régime de croisière visé « d’ici cinq ans à partir d’aujourd’hui ». Une phase préalable à 60 000 tonnes, contre
51 131 tonnes de nickel en 2008 par exemple, doit être atteinte aux alentours de 2012. Et puis, « dès cette année », de nouvelles études d’avant-projet sur une nouvelle centrale électrique à Doniambo seront lancées, et ce pour une durée estimée de deux ans. « L’objectif est de permettre aux conseils d’administration d’Eramet et de la SLN de disposer de tous les éléments nécessaires à une prise de décision de construction vers la fin 2011-début 2012. » Vu la pression politique mise par la province Sud sur le sujet, le dossier exigera « une collaboration étroite avec les autorités de la Nouvelle-Calédonie ». À l’issue de la journée d’hier, Bruno Heuea, secrétaire du comité d’entreprise, notait avoir obtenu « pas mal de réponses. Mais pas la totalité ». Un autre « CE » extraordinaire est prévu, de fait, lundi prochain.
Yann Mainguet et Mickaël Guillon
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