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  Nouvelle-Calédonie > Nickel - 20/11/2009    
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SLN : 300 suppressions d'emploi d'ici 2012
Pour le groupe Eramet, le fonctionnement optimal de la SLN consiste en une production annuelle de 65 000 tonnes
avec 2 100 salariés. Soit 300 de moins qu’aujourd’hui. Le P-DG Patrick Buffet annonce vouloir à tout prix éviter les licenciements.

Ni plus ni moins, « c’est une véritable rupture par rapport au passé que nous allons vivre ». Pour Patrick Buffet, P-DG d’Eramet, la maison mère de la SLN, les prochaines années promettent une concurrence effroyable sur le marché avec le déversement des pig iron (du nickel au coût ultra compétitif) et du produit des nouvelles usines inaugurées dans le monde. Or La Société-Le Nickel est mal, voire très mal placée dans la classe des producteurs mondiaux avec un coût de production complet, le « full cost », autour de 8 dollars US la livre. Présenté hier en comité d’entreprise extraordinaire - auquel le grand patron du groupe n’a pu assister en raison d’un virus exotique attrapé au Gabon -, le Pac, ou plan d’amélioration de la compétitivité, tend vers un objectif clair : passer de 8 à 7 dollars US la livre « le plus vite possible ». Ce programme se veut dans « la concertation et la discussion » pour le rendu d’un avis des partenaires attendu « début mars » prochain.
Point de tension avec les syndicats comme avec les politiques, l’effort portera sur la masse salariale pour « un petit tiers », soit 3 milliards de francs sur les 10,7 milliards d’économies visés en 2012. Le reliquat cible les achats, l’énergie, les frais en sous-traitance…
L’effectif de la SLN, chiffré à la fin octobre à 2 408 salariés, doit avoir atteint 2 100 employés dans trois ans. Soit une coupe non pas de 500 comme annoncé à Paris en juillet, mais de 300 emplois. Non-remplacement des départs à la retraite, départs volontaires aidés… « Nous allons tout faire pour éviter les licenciements », assure Patrick Buffet. « Il faut que cette réduction d’emplois s’opère de la façon la plus négociée avec les syndicats. »

« Il faut que cette réduction d’emplois s’opère de la façon la plus négociée avec les syndicats »

Au regard de la pyramide des âges, la fonte naturelle est déjà estimée à 80 emplois par an. Mais attention, ces dispositions ne pourront être instaurées qu’« à conditions économiques inchangées ». Autrement dit, « à prix de l’électricité inchangé ». En 2011, tombe la renégociation de la grille tarifaire permettant à la SLN de bénéficier aujourd’hui de 90 % de la production électrique du barrage de Yaté, au prix exceptionnel de 2 F du kilowatt. Ces mêmes termes seront-ils à nouveau signés par les pouvoirs publics ? Pas évident du tout. D’âpres échanges s’annoncent avec la province Sud et le gouvernement. « Si on remettait en cause notre prix de l’électricité sur Yaté, lance le P-DG d’Eramet, il faudrait faire plus de 90 millions d’euros d’économies (ou 10,7 milliards de francs) pour se situer dans la moyenne des cash-cost (ou coûts de production totaux) des producteurs de ferro-nickel, et toucher la livre d’économie ! » La ligne jaune des non-licenciements serait alors franchie.
Défini par l’étude de Mars & Co souhaitée par Eramet, le projet d’organisation optimale avec 2 100 salariés évalue à 65 000 tonnes la production annuelle. Voilà le régime de croisière visé « d’ici cinq ans à partir d’aujourd’hui ». Une phase préalable à 60 000 tonnes, contre
51 131 tonnes de nickel en 2008 par exemple, doit être atteinte aux alentours de 2012. Et puis, « dès cette année », de nouvelles études d’avant-projet sur une nouvelle centrale électrique à Doniambo seront lancées, et ce pour une durée estimée de deux ans. « L’objectif est de permettre aux conseils d’administration d’Eramet et de la SLN de disposer de tous les éléments nécessaires à une prise de décision de construction vers la fin 2011-début 2012. » Vu la pression politique mise par la province Sud sur le sujet, le dossier exigera « une collaboration étroite avec les autorités de la Nouvelle-Calédonie ». À l’issue de la journée d’hier, Bruno Heuea, secrétaire du comité d’entreprise, notait avoir obtenu « pas mal de réponses. Mais pas la totalité ». Un autre « CE » extraordinaire est prévu, de fait, lundi prochain.

Yann Mainguet et Mickaël Guillon

 

  « Des mesures de nature à rétablir la confiance » 
Contrairement à l’ambiance qui avait prévalu depuis quelques jours, les rencontres entre la direction d’Eramet et les partenaires sociaux se sont tenues sans heurt et dans une ambiance jugée constructive par le patron de la branche nickel. Explications.

Les Nouvelles calédoniennes : Dans quel climat se sont déroulées les discussions avec les organisations syndicales ?
Bertrand Madelin, directeur de la branche nickel d’Eramet :
Elles se sont déroulées dans un climat incroyable, d’une grande sérénité au regard des mouvements auxquels nous avons assisté depuis le début de la semaine. En réalité, nous avons fait un gros effort pour rencontrer et écouter tout le monde, et cette volonté de concertation a été appréciée. Et puis nos interlocuteurs ont perçu que nous allions vers de bonnes nouvelles : le départ d’environ 300 personnes en limitant au maximum les licenciements ; un niveau de production à 60 000 tonnes en 2012 puis une montée à 65 000 tonnes en 2014 ; et le lancement immédiat des études sur la nouvelle centrale électrique. Voilà autant d’éléments à même de rassurer ceux qui doutaient.

Comment expliquer le décalage entre ce qui avait été annoncé il y a quelques semaines - 500 suppressions d’emploi - et les mesures finalement présentées hier dans le cadre du PAC ?

En réalité, le cabinet Mars & Co s’était fait l’avocat du diable en imaginant les hypothèses les plus extrêmes comme la fermeture d’un centre minier et/ou celle d’un four. Mais des mesures d’équilibre ont pu être trouvées sans arriver à ces extrémités. Donc je suis content que nous ayons trouvé le bon équilibre pour tout le monde, pour le personnel, pour la Nouvelle-Calédonie, pour les administrateurs et pour les actionnaires.

Aviez-vous senti que la confiance à l’égard d’Eramet pouvait s’éroder en Calédonie si les mesures avaient été plus drastiques ?

On essaie en permanence de trouver la meilleure solution pour le personnel, pour les autorités publiques, pour la compétitivité. Il y a des jours où on ne la trouve pas, mais là, nous y sommes parvenus et c’est tant mieux. Je suis donc très content que nous ayons trouvé cette solution qui convient à tous. C’est un grand jour pour la SLN. Car désormais, et après une période de doute, tout le monde sait où l’on va. Tout ceci est donc de nature à rétablir la confiance, même s’il devra y avoir des suppressions d’emploi  mais avec des mesures d’accompagnement et de la façon la plus négociée possible avec les syndicats.

Concernant l’avenir de la SLN, Patrick Buffet a estimé que le gisement de Prony Ouest était « vital ». Comment réagissez-vous à la décision du tribunal administratif qui vous retire le permis de recherche sur ce gisement ?
On nous retire le permis de recherche de Prony Ouest - permis qui est encadré par la convention minière passée entre la SLN et la province Sud - et, dans le même temps, on estime que cette convention est bonne puisqu’elle reste valable. Pour l’heure, nous nous interrogeons. Nous n’avons pas encore analysé tous les moyens juridiques qui se présentent à nous, mais on espère que la raison sera la plus forte. D’autant que ce que nous avons proposé sur Prony est meilleur pour la Calédonie que la future usine de Goro puisque nous pourrons traiter les latérites et les garniérites pauvres, alors que l’usine de Goro ne traitera que les latérites.
  Repères 
Prony, « vital » pour la SLN
Alors que le tribunal administratif vient de retirer à la SLN le permis de recherche sur Prony Ouest accordé par la province Sud, Patrick Buffet a déclaré que la SLN « n’a pas d’autre survie à terme que le gisement de Prony Ouest. Si la SLN ne l’obtient pas, elle est condamnée à une mort certaine dans vingt ans ». Et d’ajouter : « Nous espérons que la belle aventure de la SLN ne s’arrêtera pas en 2030. »

Doniambo au secours d’Enercal
Insistant sur l’importance de la centrale électrique de Doniambo pour intervenir « en secours » d’Enercal sur le réseau de distribution public, Bertrand Madelin, directeur de la branche nickel d’Eramet, a affirmé que « si la SLN n’était pas là, il y aurait deux pannes d’électricité par mois en Calédonie. Deux coupures qui pourraient aller de quelques minutes à plusieurs jours ».
Hier après-midi, Pierre Alla a rencontré les syndicats pour leur présenter les grandes lignes du plan d’amélioration pour la compétitivité concocté par les responsables de l’entreprise. - Thierry Perron



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