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  • Francois Becker/AFP | Crée le 20.06.2019 à 04h25 | Mis à jour le 20.06.2019 à 09h38
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    Les jeunes de la cité Félix-Pyat, l’une des plus pauvres de Marseille, ont bénéficié du soutien de la fondation d’Auteuil. Photo AFP
    BOUCHES-DU-RHÔNE. Arpenter les cages d’escalier et ramener, porte après porte, les jeunes vers l’emploi : la recette d’un programme qui a permis d’épauler 800 jeunes des cités.

    « Que ce soit au stade de foot ou sur le canapé de leurs parents, j’ai vu quasiment tous les jeunes de la cité », explique Julie Landon, l’une des responsables du programme Impact Jeunes, dont un premier bilan a été présenté mardi dans le quartier marseillais de Malpassé, touché par la pauvreté et le trafic de drogue.

    Ce programme souhaite rompre avec le « saupoudrage » des aides en concentrant les efforts sur une échelle réduite et faire « basculer positivement » une cité.

    « On est à la fois éducateur, médiateur et grande sœur », explique la jeune femme, ingénieure de formation. Elle a rejoint ce programme piloté par un acteur privé reconnu d’utilité publique, la Fondation d’Auteuil, dès son lancement à Marseille en avril 2017.

    Sur les 4 millions d’euros prévus sur trois ans, 1,7 million ont déjà été dépensés.

    Plus de 450 jeunes de 15 à 30 ans sont de nouveau « en marche vers l’emploi », dont 200 ont signé un CDD ou un CDI, selon la Fondation. Une seconde tranche est prévue en 2020 dans trois autres quartiers. Et le concept a été décliné à Lille.

    Dans les trois quartiers visés dans les Bouches-du-Rhône, cité Félix-Pyat et quartier Malpassé à Marseille, ainsi qu’une grosse partie de Tarascon, la ville la plus pauvre du département, le contact a été établi avec deux jeunes sur trois.

    Créer un effet « tache d’huile »

    Selon la fondation, 600 000 euros d’argent public ont été économisés grâce au programme. Son originalité repose sur les « boosters », des responsables chargés d’aller au-devant des jeunes pour les aider et créer des liens avec les entreprises. Ces « boosters » ont des profils atypiques, à l’image de Lucile Ranger, diplômée d’école de commerce, qui revenait de plusieurs années à l’étranger, lorsqu’elle a emménagé cité Félix-Pyat. Dans son bureau prêté par une association, son téléphone vibre sans arrêt : des dizaines de messages de jeunes qu’elle connaît et qui, souvent, « laissent pourrir leurs démarches administratives ». Elle les aide à rédiger leur CV, trouver un service civique ou remplir un formulaire, avant, peu à peu, de les conduire vers l’emploi.

    « Elle connaît tout le monde dans la cité », explique Fakroudine Ibrahim, un jeune qui cherche du « hazi » (travail en comorien), en intérim. « Ici, on est à l’aise alors qu’avec Pôle Emploi, c’est trop “pro??, on est frustrés », ajoute Nasuf Darovechi, 26 ans. Parmi les jeunes aidés par le programme, Eli Souleymanne, 20 ans, a été accompagné et va partir un an au Japon pour travailler et apprendre la langue, grâce à un mécène.

    Malgré tout, le concept est souvent limité par ses débouchés : intérim ou services civiques rémunérés 600 euros par mois. « Il y a tellement de besoins », concède Lucile Ranger. Mais l’enjeu pour Impact Jeunes est aussi de créer un effet « tache d’huile » à partir d’exemples positifs. Lucile Ranger ne compte plus les jeunes qui l’ont appelée sur les conseils d’un grand frère, une sœur ou un ami qu’elle a suivis.

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