France
  • A Nice, Jean-François Malatesta | Crée le 18.07.2016 à 11h20 | Mis à jour le 18.07.2016 à 11h20
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    Fleurs, peluches, messages et objets déposés sur la Promenade des Anglais en hommage aux victimes forment un immense mémorial qui fait écho à la profondeur du choc.
    Attentat. Jamais l’une des plus belles anses du monde n’aura autant mérité son nom. 84 anges, dans une baie ensanglantée, ont rejoint le paradis des victimes du terrorisme. Terrassés par un seul esprit démoniaque, celui de Mohamed Lahouaiej Boulhel.

    Pendant que les enquêteurs dévoilaient la face de l’inhumanité, on découvrait les visages de ses victimes.

    Hier, nous étions Charlie.

    Puis Paris.

    Et Bruxelles.

    Aujourd’hui, nous sommes Nice.

    Pour l’éternité, nous sommes Fatima. Thimothé. Véronique. Robert. Shean. Victoria… Et tant d’autres. Beaucoup. Trop !

    Vies brisées sur la Promenade dézinguée. Familles déchirées en 45 secondes, le temps qu’il a fallu au camion frigorifique pour semer la mort tout au long des 2 km les plus meurtriers de l’histoire de la capitale de la Côte d’Azur…

    Au lendemain du drame, la ville s’était réveillée groggy. Les rues étaient désertes. Aux terrasses de la zone piétonne, à l’heure du petit-déjeuner, pas un mot d’échange. Silence assourdissant. Hagard, le regard dans le vide, chacun semblait revivre l’instant où tout a basculé. Où tout s’est écroulé. A quelques mètres de là, sur la Prom’maudite, des silhouettes fantomatiques hantaient les lieux du drame pour tenter de comprendre l’indicible à quelques pas seulement du camion meurtrier et des hommes de l’identité judiciaire. Images hallucinantes. Comme celle de cette commerçante qui nettoie sa vitrine en sachant que sa ville, jamais, ne pourra laver ce tragique affront.


    Continuer à vivre

    Effacer ce 14-Juillet durant lequel les larmes ont abreuvé les sillons de la folie aveugle et sanglante du terrorisme. Gommer les traces du carnage est devenu la priorité. Faire disparaître les poussettes brisées, un fauteuil roulant écrasé, les serviettes ensanglantées, les centaines de petites tongs et sandales abandonnées par les enfants pour mieux s’enfuir. Pour s’éloigner au plus vite des roues de la mort.

    Et puis certains courent encore. Ils ne savent pas vraiment où mais ils courent. Ils cherchent. Un parent. Un enfant. Un héros. Aussi. Hélas la mort d’un être cher est le plus souvent au bout de cette fuite en avant… « Je viens de perdre mes parents. Je ne trouve plus les mots je suis désolé », sanglotait ce jeune homme de 20 ans, assis sur le sol, la tête enfouie dans ses mains. Un habitant de Gattières, un village de l’arrière-pays niçois, lui, a vu mourir sous ses yeux, et en l’espace de quelques secondes, ses parents, ses beaux-parents, son épouse et son fils de dix-sept ans. Seul au monde !

    A leurs côtés, il y a les survivants. Heureux d’être en vie. Mais pas seulement… Ils culpabilisent face à cette tristesse, cette détresse qu’ils ne peuvent partager. Alors, comme tous les Niçois et touristes présents en cette période estivale, ils se recueillent. Déposent des fleurs, des peluches, des bougies sur le goudron de la Prom’marquée à tout jamais. Certains prient. D’autres pleurent. Encore et encore. Et même si la vie tente de reprendre ses droits, si la baie est à nouveau ouverte à la circulation, le cœur n’y est pas. « On nous dit qu’il faut continuer à vivre sinon le terrorisme vaincra. Mais comment faire ? Regardez, quelques personnes sont en maillot et essaient de prendre le soleil et de se baigner, mais ils ne parlent pas, ne s’amusent pas. C’est impossible ! »

    Comment donner tort à ce Niçois quand on se souvient qu’une centaine de personnes ont été repêchées au même endroit après s’être jetées à l’eau pour échapper au camion et aux tirs de son chauffeur fou ? D’ailleurs, il nous confirme, comme tous ses amis, qu’il sera bien présent lundi à 11 h 45 pour d’un ultime hommage. Une dernière minute de silence en mémoire des victimes. Ce jour-là, le monde entier voudra transmettre un dernier message. « Plus jamais ça ! »

    Comme toujours. Comme le 7 janvier 2015. Le 13 novembre 2015. Le 22 mars 2016.

    Non, Nous ne voulons plus être Charlie.

    Paris.

    Bruxelles.

    Et Nice, désormais…

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