France
  • AFP | Crée le 19.06.2019 à 04h30 | Mis à jour le 20.06.2019 à 13h15
    Imprimer
    Tenus à l’écart des arbitrages, les partenaires sociaux devaient être reçus à Matignon hier matin pour présentation de la réforme. Photo AFP
    RÉFORME. Indemnisation des chômeurs, bonus-malus pour les entreprises abusant des contrats courts : Matignon devait présenter, hier, un programme qui ne plaît à personne.

    Après l’échec des négociations entre patronat et syndicats cet hiver, l’Etat, pour la première fois depuis 1982, redéfinit seul les règles qui régissent l’indemnisation des demandeurs d’emploi. Objectifs : inciter au retour à l’emploi - et donc retoucher certaines règles d’indemnisation considérées comme un frein - mais aussi soulager l’Unédic plombé par 35 milliards d’euros de dette. Et en arrière-plan, réussir à atteindre les 7 % de chômage d’ici 2022.

    Depuis le début, les syndicats protestent contre les 1 à 1,3 milliard d’économies à faire par an, dénonçant un impératif uniquement budgétaire. « Notre objectif, ce n’est pas de faire des économies mais de faire en sorte que le travail paie plus que l’inactivité », s’est défendu le Premier ministre lundi soir sur France 5.

    Matignon a déjà prévenu que l’indemnisation pour les hauts revenus (actuellement plafonnée à 7 700 euros brut) allait être retouchée pour se mettre dans des standards européens.

    Une proposition de dégressivité qui fait hurler la CFE-CGC, les cadres cotisant davantage, en proportion, au régime d’assurance chômage. Les seniors, comme les jeunes mal lotis sur le marché du travail, ne seront pas concernés.

    Autre sujet controversé : le bonus-malus, c’est-à-dire la modulation de la cotisation assurance chômage d’une entreprise en fonction des ruptures de contrats, pour essayer de juguler l’explosion des contrats courts. L’idée était inscrite dans le programme du candidat Macron mais a eu du mal à cheminer depuis deux ans, même au sein de l’exécutif.

    Au final, le bonus-malus ne s’appliquera qu’à certains secteurs d’activité, entre 5 et 10, les plus consommateurs de contrats courts, comme l’hôtellerie-restauration, l’hébergement médico-social, la santé et l’action sociale… Le Medef, vent debout depuis des années à l’idée d’une pénalité financière, a quand même vu dans la limitation à quelques secteurs une « bonne nouvelle dans la mauvaise ». Les « CDD d’usage », des contrats qui se sont développés de manière anarchique, vont eux aussi faire l’objet d’une taxation forfaitaire.

    Changer les règles

    Sur l’indemnisation, les mesures ont moins filtré. Parmi les pistes, celle d’un durcissement de l’accès à l’assurance chômage en faisant passer de 4 mois travaillés sur les 28 derniers à 6 mois sur 24, a fait bondir les syndicats. « Une mesure purement budgétaire, en contradiction avec le discours du gouvernement soi-disant d’incitation de retour à l’emploi », a averti Marylise Léon (CFDT).

    Depuis le début, l’idée est aussi de changer les règles de la « permittence », celles qui permettent de cumuler un petit salaire avec un bout d’allocation. Sur 3,6 millions de demandeurs d’emplois indemnisables, 1,7 million travaillent et parmi eux 800 000 cumulent allocation et salaire. Au nom de l’équité, l’exécutif veut revoir la méthode de calcul pour éviter une allocation supérieure au revenu mensuel moyen.

    A priori, ces mesures ne s’appliqueront qu’aux nouveaux entrants à partir de 2020.

  • DANS LA MÊME RUBRIQUE
  • VOS RÉACTIONS