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  • AFP | Crée le 21.06.2019 à 04h25 | Mis à jour le 21.06.2019 à 10h17
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    Pour Matignon, il n’y a pas lieu à débat pour l’instant. Edouard Philippe a réaffirmé dans son discours de politique générale que la lutte antistupéfiants serait une « priorité ». Photo AFP
    SOCIÉTÉ. De plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer la légalisation du cannabis. Hier, c’est un rapport en ce sens qui a été remis au gouvernement par des économistes.

    Légaliser le cannabis et réinvestir les profits générés : dans un rapport publié hier, des économistes chargés de conseiller le Premier ministre fournissent un vade-mecum pour en finir avec « l’échec » de la prohibition. Cette note, intitulée « Cannabis : comment reprendre le contrôle ? », émane du Conseil d’analyse économique (CAE), un groupement d’économistes rattaché à Matignon et dirigé par Philippe Martin, proche d’Emmanuel Macron.

    Purement consultatif, le document étrille 50 ans de politiques gouvernementales et appelle à créer un « monopole public de production et de distribution du cannabis ».

    Un débat nouveau dans les allées du pouvoir, porté quelques mois après la légalisation du cannabis par le Canada fin 2018. Mardi, plusieurs députés, dont cinq « marcheurs », ont également dévoilé une proposition de loi transpartisane pour une « légalisation contrôlée ».

    Comme pour le tabac

    « Le système de prohibition promu par la France depuis 50 ans est un échec », estiment les auteurs de la note du CAE, Emmanuelle Auriol et Pierre-Yves Geoffard.

    Malgré une des législations les plus répressives du Vieux continent, la France est championne d’Europe de la consommation de cannabis : avec 5 millions d’usagers en 2017 et une consommation « préoccupante » chez les mineurs.

    Selon la littérature scientifique, une « consommation modérée » de cannabis n’a « pas d’effets nocifs sérieux avérés » sur la santé des adultes, rappelle la note. Cette drogue augmente en revanche le risque de schizophrénie des plus jeunes. Le CAE recommande donc une légalisation accompagnée d’une interdiction de vente aux mineurs.

    Pour cela, les économistes souhaitent une « gestion étatique centralisée ». Concrètement, l’État délivrerait des licences à des « producteurs et distributeurs agréés », comme pour le tabac. Mais contrairement à la cigarette, le cannabis serait vendu dans des boutiques spécialisées, interdites aux mineurs et plus faciles à surveiller. Ce système serait chapeauté par une « autorité administrative indépendante », chargée de réguler le marché et de créer les conditions pour assécher le marché noir.

    Des milliers d’emplois

    La note recommande un prix final de 9 euros pour un gramme d’herbe, contre environ 11 euros dans la rue.

    Le CAE a aussi estimé les retombées économiques. En émettant l’hypothèse d’une consommation annuelle de 500 à 700 tonnes, les économistes estiment qu’une légalisation pourrait créer entre 27 500 et 80 000 emplois en France et générer des recettes fiscales de 2 à 2,8 milliards d’euros. Une manne qu’ils recommandent de réinvestir dans la prévention, la politique en faveur des quartiers populaires et la lutte contre le trafic.

    L'appel des 70 dans l'Obs

    Quelque 70 personnalités, dont les ex-têtes de liste aux européennes Yannick Jadot et Raphaël Glucksmann, ont appelé mercredi les pouvoirs publics « à agir vite » pour légaliser le cannabis au nom du « pragmatisme », dans une tribune publiée dans l’Obs. « Il faut en finir avec le statu quo. La France doit légaliser le cannabis, qu’il soit utilisé à des fins thérapeutiques comme récréatives, pour les consommateurs de plus de 18 ans », réclament les signataires, parmi lesquels figurent des élus de gauche, trois députés LREM, des chercheurs, des médecins et les anciens ministres Bernard Kouchner et Daniel Vaillant.

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