France
  • | Crée le 18.07.2016 à 11h20 | Mis à jour le 27.07.2016 à 11h11
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    Attaqué sur sa gestion de l’attentat par des politiques de tous bords, le gouvernement fait front commun. Photo Patrice Lapoirie
    Politique. Le président a lancé un appel à la « cohésion » et à « l’unité » nationale, alors que le semblant de concorde qui avait suivi les attaques jihadistes de janvier et novembre 2015 a fait long feu. Il subit aujourd’hui des critiques sur son manque de préparation face au risque terroriste dans une ville aussi touristique que Nice.

    Conseil de sécurité

    François Hollande présidera un nouveau Conseil restreint de sécurité et de défense aujourd’hui à 9 heures, heure de Paris, à l’Élysée. Ce conseil aura « une présence ministérielle similaire » à celle de samedi, a indiqué l’Élysée : aux côtés du chef de l’État, le Premier ministre Manuel Valls, le ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault, le Garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas, la ministre de la Santé Marisol Touraine, mais aussi les responsables de la police, de la gendarmerie, des services de renseignement et le chef d’état-major des armées Pierre de Villiers. Le président de la République a déjà présidé deux Conseils de défense, vendredi et samedi, depuis l’attentat à Nice de jeudi soir.

    Manuel Valls, lui, recevra les présidents de l’Assemblée et du Sénat, les présidents des groupes parlementaires et les présidents des commissions concernées lundi soir. Pour contrer la menace, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a appelé « tous les Français patriotes » à rejoindre la « réserve opérationnelle » qui compte 12 000 volontaires (9 000 de la gendarmerie nationale, 3 000 de la police). L’effectif de l’opération militaire Sentinelle, maintenu à 10 000 hommes contre 7 000 prévus initialement après la fin de l’Euro-2016, restera à ce niveau « jusqu’à la fin de l’été », a annoncé le ministre de la Défense Jean-Yves le Drian. « Nous n’en avons pas terminé » avec le « terrorisme », avait-il prévenu vendredi, annonçant une prolongation pour trois mois de l’état d’urgence, instauré après le 13 novembre et qui devait s’achever le 26 juillet.

     

    L'attentat revendiqué par l'EI

    Le groupe jihadiste Etat islamique (EI) a revendiqué l’attentat de Nice samedi. Le tueur « est un soldat de l’État islamique » qui a agi « en réponse aux appels lancés pour prendre pour cible les ressortissants des pays de la coalition qui combat l’EI », a affirmé samedi l’agence Amaq. Liée au groupe jihadiste, celle-ci avait déjà revendiqué les attentats parisiens du 13 novembre. Pour le procureur de Paris, François Molins, patron des magistrats antiterroristes français, cette attaque correspond « très exactement aux appels permanents au meurtre des jihadistes ». Si cette revendication semble « vague », des experts soulignent que l’EI ne s’est jamais jusqu’ici attribué des attaques de manière « opportuniste ». Il semble que le chauffeur-livreur tunisien se soit « radicalisé très rapidement », a dit samedi Bernard Cazeneuve.

    Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, père de famille de 31 ans, est décrit par ses voisins à Nice comme n’ayant aucune pratique religieuse affichée, taciturne, violent notamment envers son ex-femme, voire comme un déséquilibré. En instance de divorce, il était « totalement inconnu des services de renseignement […] et n’avait jamais fait l’objet de la moindre fiche ni du moindre signalement de radicalisation ». Il était en revanche connu de la justice pour des « faits de menaces, violences, vols et dégradations commis entre 2010 et 2016 ». Cinq personnes de son entourage - son ex-épouse et quatre hommes - sont toujours en garde à vue. Deux nouvelles interpellations ont eu lieu dimanche.

     

    Polémique sécuritaire

    Samedi, le président a lancé un appel à la « cohésion » et à « l’unité » nationale alors que la polémique enfle. « Je voudrais savoir ce qui était pris comme mesure en situation de guerre, en état d’urgence, pour que l’on ne tue pas avec cette arme-là dans une grande ville de France », a demandé Christian Estrosi, président Les Républicains de la région Paca. « La police nationale était très présente sur la Promenade des Anglais », lui a répondu, samedi, Bernard Cazeneuve. La préfecture des Alpes Maritimes a indiqué que 64 policiers nationaux avaient été mobilisés, en plus de 42 policiers municipaux et 20 militaires de la mission Sentinelle. Un chiffre contesté par Christian Estrosi, qui s’exprimait devant la police municipale. « On était très loin du chiffre annoncé par Manuel Valls de 64 policiers. C’est un mensonge d’État », a-t-il lancé estimant qu’ils n’étaient « pas plus de la moitié ». La présidente du FN Marine Le Pen a elle dénoncé les « carences gravissimes de l’État ». Alain Juppé, candidat à la primaire de droite pour 2017, a estimé vendredi que « si tous les moyens avaient été pris, le drame n’aurait pas eu lieu ».

     

    Colère et peur

    Dix enfants et adolescents figurent parmi les morts, ainsi que plusieurs étrangers, dont trois Allemands, quatre Tunisiens, deux Américains et dix Russes au moins. Le bilan pourrait encore s’alourdir, car 121 des quelque 300 blessés restaient hospitalisés samedi, dont 26 en réanimation. Sur la Promenade, des passants ont déposé des messages dans lesquels percent la peine et la colère. La ville de Nice est, après Paris, celle qui reçoit le plus de visiteurs en France. En 2015, elle avait accueilli 2,26 millions de touristes. Les professionnels du secteur craignent une baisse d'environ 25%.

     

    10

    adolescents et enfants figurent pour l’instant au nombre des victimes de l’attentat de Nice. Un chiffre qui pourrait encore s’alourdir.

     

     

    Repères

     

     

    Des indemnisations rapides

    La secrétaire d’Etat chargée de l’Aide aux victimes, Juliette Méadel, a déclaré samedi soir que les premières indemnisations interviendraient « dès la fin de la semaine prochaine ». Compte tenu du nombre très élevé de victimes, les associations s’inquiètent que de nombreuses personnes en soient privées. Pour faire établir leur préjudice, les victimes, y compris les étrangers, devront fournir une preuve d’examen psychiatrique ou un dépôt de plainte dans un commissariat.

     

    Le mémorial déplacé

    Le mémorial improvisé sur la Promenade des Anglais depuis l’attentat va être déplacé vers un kiosque à musique à proximité. Situé dans le jardin Albert 1er, tout au bout de la Promenade des Anglais, il avait déjà accueilli les hommages au moment de la mort d’Hervé Gourdel, guide de haute-montagne niçois enlevé et décapité en Algérie en septembre 2014. Les objets seront par la suite conservés en mémoire de l'événement.

     

    Le film Bastille Day retiré des salles

    A la suite de l’attentat de Nice, le film d’action Bastille Day « a été retiré des salles par respect pour les victimes et leurs familles », a annoncé samedi, un porte-parole du distributeur Studiocanal. La coproduction américano-franco-britannique raconte comment Sean Briar, un agent de la CIA a empêché un attentat à Paris la veille du 14 juillet, jour surnommé « Bastille Day » aux Etats-Unis. Le film était sorti mercredi 13 juillet.

     

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