France
  • | Crée le 05.07.2016 à 11h20 | Mis à jour le 05.07.2016 à 11h20
    Imprimer
    Un hommage national sera rendu jeudi à Michel Rocard lors d’une cérémonie à l’Hôtel des Invalides, à Paris. Photo AFP
    idées. Michel Rocard, décédé samedi, avait livré le 8 juin au magazine un entretien-fleuve dans lequel il donnait sa vision du « véritable socialisme ». Extraits.

    n Socialisme

    Dans un pays où « l’on ne sait plus ce qu’est la droite et la gauche », le « vrai signal de gauche […] consiste à donner à l’homme plus de temps libre pour la culture, les choses de l’esprit, le bénévolat associatif, etc. Le capitalisme doit ménager cet espace. C’est le modèle du socialisme démocratique à la scandinave ».

    « Le véritable socialisme, c’est, comme je l’ai dit, l’accès pour tous aux activités de l’esprit. » « Les pays scandinaves montrent la voie, celle d’une organisation sociale plutôt harmonieuse, sans trop de conflits, et respectueuse des biens collectifs : éducation, santé, transports publics et environnement. »

    La gauche française est-elle la plus rétrograde d’Europe ? « Dans toute l’Europe, la gauche française est celle qui a été la plus marquée par le marxisme. Elle en porte les traces. On peut penser que la pensée politique marxiste, ou ce qu’il en reste, est rétrograde. »

    Critiquant la fiscalité française et le « poids excessif de l’administration », Michel Rocard déplorait que « les détenteurs de fortunes préfèrent désormais jouer avec leur argent qu’investir », et que les actionnaires aient « réclamé plus d’argent », « d’abord aux dépens des sous-traitants […] puis des employés maison ».

    n Brexit

    Deux semaines avant le référendum britannique, Michel Rocard disait souhaiter le Brexit, « parce que la Grande-Bretagne ne conçoit pas l’Europe comme une entité politique… Elle ne souhaite pas qu’elle soit un pouvoir de régulation mondiale ». Cependant, « il n’est pas sûr que nous sachions en profiter ».

    Plus largement, le « monde tel qu’il est aujourd’hui ne comporte pas d’Europe. Elle est absente ».

    n Migrants

    « (Angela) Merkel a été courageuse, mais nos opinions publiques n’ont pas été très correctes. Elles n’ont délivré qu’un seul message à ces élus politiques : “On s’en fiche, on ne veut plus les voir??. C’est assez abominable », jugeait Michel Rocard, pour qui les maires « ont les clés de l’acceptation ».

    n COP21

    « Il faut classer le réchauffement climatique et les grandes épidémies comme des menaces pour la sécurité internationale. »

    « La COP21 a instauré une rupture et une opportunité considérables », et s’il n’en est pas sorti de « mesure collective contraignante », « on peut donner une traduction juridique à tous ces engagements ».

    n Héritiers

    Michel Rocard « remercie » Emmanuel Macron et Manuel Valls de revendiquer son héritage. « Mais il n’ont pas eu la chance de connaître le socialisme des origines, qui avait une dimension internationale et portait un modèle de société […] La conscience de porter une histoire collective a disparu, or elle était notre ciment. Macron comme Valls ont été formés dans un parti amputé. Ils sont loin de l’histoire. » Il affirmait aussi en avoir « beaucoup voulu à Manuel Valls de vouloir changer le nom du parti. L’histoire nous a dotés du seul mot qui fait primer le collectif sur l’individu : le “socialisme?? ».

    François Hollande n’était pas épargné. « Le problème de François Hollande, c’est d’être un enfant des médias. Sa culture et sa tête sont ancrées dans le quotidien. Mais le quotidien n’a à peu près aucune importance. » « Cet excès de dépendance des politiques aux médias est typique de la pratique mitterrandienne, dont François Hollande est l’un des meilleurs élèves. Or le petit peuple de France n’est pas journaliste. Ils sent bien qu’il est gouverné à court terme et que c’est mauvais. »


    Cérémonie au temple protestant, hommage aux Invalides et hommage au siège du Parti socialiste. Michel Rocard, doté du sens de l’histoire, avait laissé un testament « très précis » sur le triple hommage qu’il souhaitait à sa mort, a indiqué le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis.

    La cérémonie aux Invalides sera présidée par François Hollande, et l’ancien secrétaire général de la CFDT Edmond Maire devrait également prendre la parole. L’hommage du PS rue de Solférino aura lieu vers le 11 juillet.

    L’ancien Premier ministre doit être incinéré dans la semaine à Paris, selon son fils, Francis.

  • DANS LA MÊME RUBRIQUE
  • VOS RÉACTIONS