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  • | Crée le 08.07.2016 à 11h21 | Mis à jour le 08.07.2016 à 11h21
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    Des salariés de France Télécom s’étaient rassemblés le 26 avril 2012 devant la direction de l’entreprise à Mérignac, à la mémoire d’un de leur collègue qui s’était immolé par le feu. Photo AFP
    SOCIAL. Le parquet de Paris vient de demander le renvoi en procès de l’entreprise France Télécom et de son ex-patron, Didier Lombard, pour harcèlement moral.

    Une série de suicides devenue symbole de la souffrance au travail : après sept ans d’enquête, le parquet de Paris a demandé le renvoi en procès pour harcèlement moral de France Télécom et de son ex-patron Didier Lombard, soupçonnés d’avoir mis en place une politique de déstabilisation des salariés.

    Il appartient désormais au juge d’instruction de suivre ou non ces réquisitions en ordonnant un procès ou en prononçant un non-lieu. Frappée par une vague de suicides en 2008 et 2009, France Télécom, devenue Orange, a été la première entreprise du CAC 40 à avoir été mise en examen pour harcèlement moral.


    Une première

    Dans ses réquisitions datées du 22 juin, le parquet a également demandé un procès pour harcèlement moral de deux autres dirigeants, Louis-Pierre Wenes, ex-numéro 2 et Olivier Barberot, ex-responsable des ressources humaines, et de quatre cadres pour complicité, a indiqué une source judiciaire. Un procès amènerait la justice à trancher la première affaire de harcèlement à grande échelle dans une entreprise de cette taille.

    Le parquet reproche à France Télécom d’avoir mis en place dès 2007, par des « agissements répétés », une politique d’entreprise qui a eu pour effet de « déstabiliser » les employés et de « créer un climat professionnel anxiogène ». Trente-neuf victimes sont notamment citées : dix-neuf se sont suicidées, douze ont tenté de le faire, et 8 salariés ont subi un épisode de dépression ou ont été en arrêt de travail. Selon les syndicats et la direction, 35 salariés s’étaient donné la mort en 2008 et en 2009.

    Le suicide en juillet 2009 d’un technicien marseillais, qui avait évoqué un « management par la terreur », avait donné un énorme retentissement à l’affaire, renforcé par plusieurs actes similaires. Les plaignants, dont la fédération Sud-PTT, y voient la conséquence d’un « système » pour pousser les salariés au départ dans un contexte d’ouverture à la concurrence, après que l’Etat est devenu actionnaire minoritaire en 2004.


    « D’une façon

    ou d’une autre »

    Engagé dans le délicat virage de la privatisation et des nouvelles technologies, le groupe voulait supprimer 22 000 postes entre 2006 et 2008, et procéder à 10 000 changements de métier. « Les maladresses de langage de Didier Lombard ont offert une opportunité de faire un procès fondé sur le harcèlement qui ne repose sur aucun élément sérieux », a réagi son avocat Jean Veil. « En 2007, je ferai les départs d’une façon ou d’une autre, par la fenêtre ou par la porte », avait lâché l’ancien patron, en octobre 2006, devant des cadres supérieurs et des dirigeants de France Télécom.

    Face aux enquêteurs, France Télécom et certains cadres ont nié l’existence d’objectifs de réduction d’effectifs, évoquant de simples « indications », et présenté la restructuration comme une opération de sauvetage.

    Didier Lombard avait quitté la direction opérationnelle du groupe en mars 2010, fragilisé par le scandale et une « énorme bourde », de son propre aveu, lorsqu’il avait évoqué « une mode du suicide ».

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