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  • AFP | Crée le 06.06.2019 à 04h25 | Mis à jour le 06.06.2019 à 09h50
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    L’ancien patron du groupe a-t-il profité de la filiale RNBV pour ses dépenses personnelles ? Si oui, elles représenteraient quelque 11 millions d’euros, soit 1,3 milliard de francs. Photo AFP
    ENQUÊTE. L’audit interne mené par Renault et Nissan au sein de leur filiale commune RNBV a identifié 11 millions d’euros de dépenses suspectes engagées par l’ancien patron de l’alliance automobile.

    Le conseil d’administration de Renault, qui se réunissait mardi pour étudier un projet de fusion avec Fiat Chrysler, a pris connaissance dans l’après-midi des conclusions définitives de l’audit mené par le cabinet Mazars, et souhaite que Renault explore avec Nissan les « actions judiciaires » qui pourraient être menées au sein de leur filiale commune RNBV, aux Pays-Bas.

    « Ces conclusions ont confirmé des déficiences au sein de RNBV au plan de la transparence financière et des procédures de contrôle des dépenses, qui avaient déjà été relevées par les auditeurs dans leurs conclusions intermédiaires début avril », a expliqué le conseil.

    « Les conclusions de la mission d’audit conjoint ont également confirmé les questionnements que suscitent un certain nombre de dépenses engagées par RNBV pour un montant total de l’ordre de 11 millions d’euros », ont précisé les administrateurs du constructeur français. Cette somme recouvre des « surcoûts de déplacement de M. Ghosn par avion », « certaines dépenses engagées par M. Ghosn » et « des dons ayant bénéficié à des organismes à but non lucratif », est-il précisé.

    « Sur la base de ces constats, le conseil d’administration a décidé […] de demander aux représentants de Renault de se rapprocher de leurs homologues de Nissan dans les instances de gouvernance de RNBV en vue de la mise en œuvre d’actions judiciaires aux Pays-Bas. »

    Les honoraires de Rachida Dati

    La société RNBV, filiale à 50-50 entre Renault et Nissan, était la structure créée par Carlos Ghosn pour incarner l’alliance au niveau opérationnel. Depuis plusieurs mois, Nissan accusait cette structure de masquer des dépenses au profit personnel de M. Ghosn.

    Arrêté le 19 novembre à Tokyo, Carlos Ghosn fait l’objet de quatre inculpations par la justice japonaise : deux pour des dissimulations de revenus dans des documents boursiers et deux pour des cas différents d’abus de confiance aggravé, dont détournement présumé de fonds de Nissan. Parallèlement, une enquête préliminaire a été ouverte en France après une plainte visant l'ancienne garde des Sceaux Rachida Dati et le criminologue Alain Bauer pour des contrats avec la filiale RNBV. Leurs noms sont cités dans le rapport final de l’audit du cabinet Mazars.

    La plainte a été déposée le 17 avril par une actionnaire de Renault pour « abus de bien sociaux » et « corruption active et passive » et vise également Carlos Ghosn et son épouse, selon l’avocat de la plaignante. « Mes soupçons portent sur l’usage inconsidéré des fonds de Renault, a déclaré Me Jean-Paul Baduel. Les contrats sont douteux de par leurs montants, effectués au profit d’une filiale n’ayant aucune salarié », RNBV.

    Selon une autre source, Rachida Dati aurait touché 900.000 euros d'honoraires d'avocate entre 2010 et 2012, versés par RNBV. Alain Bauer, expert en sécurité, aurait lui touché un million d'euros entre 2012 et 2016. Ces sommes ne font pas partie des 11 millions concernant Carlos Ghosn.

    L’ancien capitaine d’industrie a dénoncé à plusieurs reprises un complot ourdi par Nissan. Il a été libéré sous caution le 25 avril.

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