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  • Alexandra Lesieur/AFP | Crée le 25.06.2019 à 04h25 | Mis à jour le 25.06.2019 à 09h35
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    L’exposition dévoile des trésors insoupçonnés nés du mariage entre la BD et la mode. Photo Yohan Bonnet/AFP
    EXPOSITION. Bande dessinée et mode se regardent et se copient dans une exposition consacrée, à Angoulême, à ces deux univers.

    La combinaison noire moulante de Catwoman par Thierry Mugler, un album de BD signé par un tout jeune Yves Saint Laurent, un pull Mickey de Castelbajac… la BD et la mode se rejoignent, à Angoulême jusqu’au 5 janvier.

    « C’est un thème qu’on n’a jamais traité. Il y a bien eu une exposition au Moma à New York, mais uniquement sur les superhéros et la mode. Nous, on a élargi à l’ensemble de la BD, de Bécassine à nos jours », explique Pierre Lungheretti, directeur général de la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image.

    En quelque deux cents pièces, principalement des dessins originaux et des vêtements de célèbres couturiers, on découvre ces dessinateurs qui ont collaboré a des magazines de mode, inspiré ou caricaturé depuis plus d’un siècle ce monde de crinolines et de corsets.

    De ses traditionnels croquis de robe, Yves Saint Laurent se révèle là où on ne l’attend pas. En 1967, il publie son unique BD, La vilaine Lulu, où « il met en scène une petite fille assez diabolique, une vraie satire des années soixante », précise le directeur.

    Des poupées de papier avec les vêtements à découper, munis d’onglets rabattables pour les habiller, inspireront les premières collections au futur couturier, alors adolescent.

    « La Joconde de la BD »

    Le jeune Yves trouve dans ces poupées ses premiers mannequins et « l’origine de sa vocation », estime le commissaire de l’exposition « Mode et bande dessinée ».

    « Il découpe une paperdoll dans les journaux de sa mère et compose une garde-robe complète », détaille Thierry Groensteen, avant de montrer d’autres pépites.

    « On a une page originale, très rare, considérée comme la Joconde de la BD », dit-il, en montrant une planche Little Nemo de Winsor McCay quand le petit garçon est présenté pour la première fois à la reine de Slumberland. Certains illustrateurs ont élargi leur coup de crayon aux magazines de mode comme Lorenzo Mattotti (Docteur Jeckyll et Mister Hyde, Stigmata), dont neuf pastels très colorés pour l’édition italienne de Vanity Fair sont exposés.

    D’autres se sont directement emparés d’accessoires des couturiers comme le chapeau noir et blanc de Chanel par Lagerfeld, croqué par Nicole Lambert dans Les triplés.

    Cette fascination pour la mode se retrouve jusque dans la création de bijoux. Le Belge Claude Renard (Métamorphoses) a fait réaliser pendentif et broches en os d’après ses dessins de costumes pour le spectacle Le rêve créé en 2005.

    Des personnages qui prennent vie

    L’exposition joue aussi sur les extrêmes : de l’élégance - une robe de soirée Dior avec en arrière fond un grand dessin d’Annie Goetzinger sur la maison de couture - à la caricature de La famille Illico de George McManus. Cabu s’amuse aussi dès 1967 à se moquer des styles vestimentaires du chanteur Johnny Hallyday.

    Cette plongée dans les influences mode et BD permet de découvrir de nouvelles histoires, notamment d’avant-guerre. Flapper Fanny puis Mopsy connaissent un tel succès auprès des lectrices américaines que la dessinatrice de comics, Gladys Parker, en vient à créer sa propre marque de vêtements. Un film montre aux visiteurs son premier défilé en 1935 « comme si les personnages de BD avaient pris vie et sortaient du papier », précise M. Groensteen.

    Cette exposition se termine « Plus près du corps », en explorant la BD érotique des maîtres italiens en la matière, Nick Guerra, Roberto Baldazzini et Guido Grepax dans une « grande cabine » d’essayage aux murs rouges. Un festival de soie, dentelle, cuir et talons aiguilles de la superhéroïne oubliée, Miss Fury, au bondage des aventures de Gwendoline.

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