Grand Nouméa
  • Sophie Boltz / sophie.boltz@lnc.nc | Crée le 15.05.2019 à 04h25 | Mis à jour le 15.05.2019 à 07h29
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    À première vue, on se croirait dans un magasin. Mais le dépôt-vente Telle mère, telle fille est bien situé dans une maison. Photo Thierry Perron
    COMMERCES. Certaines boutiques s’installent à domicile plutôt que dans des locaux commerciaux. Selon les patrons, qui vivent souvent sur place, ce choix présente plusieurs avantages.

    Ici, le client est accueilli dans un jardin ou sur une terrasse. Comme d’autres commerçants, Corinne Fernandez a installé sa boutique de dépôt-vente de vêtements, Telle mère, telle fille, dans sa maison du Haut-Magenta. Une tendance qui semble se développer et qui permet, notamment, de contourner le prix élevé des loyers commerciaux du centre-ville. « Ça me coûte quatre fois moins cher. En plus, je ne paie qu’une seule fois l’eau, l’électricité et le téléphone », explique Corinne Fernandez.

    Après avoir recherché en vain un local, Véronique Beer, gérante de Compagnie du vrac, a choisi la même option. L’argent qu’elle ne dépense pas dans un bail commercial peut être réinvesti dans l’achat de marchandises ou l’aménagement de sa boutique, située au Receiving. « La nôtre est petite, ce qui lui donne un côté intime », commente-t-elle. Et c’est ce côté intime qui plaît aux clients.

    « C’est plus chaleureux et plus humain. On reçoit beaucoup de compliments », confie Anne-Cécile Humeau, qui a niché son atelier de confection de robes de mariée, de vêtements en wax et de produits d’hygiène lavables dans une maison coloniale de la Vallée-du-Tir. Passée de 25 mètres carrés au centre-ville à une centaine de mètres carrés, l’artisane dispose de plusieurs pièces. Cuisine, salle de bain, etc. Un agencement « plus confortable que dans un bureau » et qui se prête bien à ses besoins : atelier et salon d’essayage. De quoi tisser un rapport à la clientèle plus chaleureux.

    « Les clients peuvent prendre leur temps »

    Même constat à Dans ma bulle, savonnerie artisanale installée à la Vallée-des-Colons. Laboratoire et boutique à la fois. « J’ai tout ce qu’il faut pour recevoir ma clientèle », se réjouit Cindy.

    Autre avantage pour les clients, il est plus aisé d’y garer sa voiture. « Ici, il n’y a pas de verbalisation. Les clients peuvent prendre leur temps », poursuit Véronique Beer, qui déplore « la politique répressive » pratiquée en la matière au centre-ville.

    De plus, les commerçantes se sentent en sécurité. En vivant sur place, Véronique Beer garde en permanence un œil sur sa boutique. « Nous avons une chambre avec vue sur une coursive qui donne sur la boutique », décrit-elle.

    Des boutiques en sécurité, mais isolées des zones de chalandise ? Lorsqu’on leur pose la question, les commerçantes ne se sentent pas pour autant éloignés de la clientèle. « Cela ne nous a pas porté préjudice », affirme Anne-Cécile Humeau. Une page Facebook régulièrement mise à jour permet de maintenir le lien. « Mes clientes me suivent », assure Corinne Fernandez.

    Un phénomène qui pourrait prendre de l’ampleur selon cette dernière : « Ça se développera tant que les propriétaires ne réaliseront pas que les loyers commerciaux sont trop chers. »

     

    Repères

    Une pratique encadrée

    Installer un commerce dans sa maison ne s’improvise pas. Il faut en faire la demande à la municipalité. « C’est le plan d’urbanisme directeur qui donne capacité à ouvrir certains commerces, explique François Breugnon, directeur de l’urbanisme à la ville. Le commerce doit être compatible avec l’habitat. Il peut être limité en surface dans certains secteurs pour ne pas perturber le quartier et le stationnement. » C’est d’autant plus important s’il y a des travaux à mener pour accueillir du public.

    Un phénomène en progression ?

    Selon François Breugnon, il n’y a pas de boom des boutiques à domicile « de manière probante ». La ville reçoit cinq à six dossiers par an. Mais l’étendue du phénomène n’est pas facile à mesurer sans réseau de surveillance. La ville peut intervenir après un signalement. Les manquements peuvent être sanctionnés.

    Des bureaux délaissés

    Président de la Confédération des professionnels de l’immobilier, Cédric Bérode constate une désertion des bureaux au centre-ville et à Ducos. « Beaucoup le sont à cause du télétravail. Il y a aussi beaucoup de coworking [espaces de travail partagé, NDLR]. »

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