Grand Nouméa
  • | Crée le 16.05.2019 à 04h25 | Mis à jour le 16.05.2019 à 04h25
    Imprimer
    Dans l’affaire du pic aux Morts, les audiences ont été reportées à une dizaine de reprises.Photo Archives A.P
    DUMBéA. Après maints reports depuis le 19 décembre, un jugement a été rendu dans l’affaire du pic aux Morts. Le GDPL Taku crie victoire mais la Secal ne compte pas en rester là.

    Enfin ! Une décision a été rendue dans l’affaire du pic aux Morts, qui a été reportée à une dizaine de reprises depuis le 19 décembre dernier. Pour rappel, elle oppose le GDPL Taku, qui revendique le pic aux Morts, endroit tabou et sacré pour le groupement, dont il a été expulsé en décembre, et la Secal qui souhaite achever le chantier Apogoti, qui prévoit plus de 200 logements au pied de ce même site. Dans ce conflit, le groupement demandait la rétractation de la décision judiciaire ordonnant l’expulsion des voies d’accès au chantier. Elle a été rejetée par le juge civil des référés. Une satisfaction pour Maître Philippe Dupuy, l’avocat de la Secal. « Comme cela avait déjà été fait, que nous avions déjà reculé de cent mètres et que nous ne savons pas, aujourd’hui, les limites exactes des terrains, il n’y avait pas, de toute façon, nécessité de rétracter cette ordonnance », tient à préciser Maître Philippe O’Connor, l’avocat de la partie adverse.

    En revanche, l’aménageur souhaitait, quant à lui, poursuivre les travaux. La fin du blocage n’a pas été validé par le juge. Pour l’avocat du GDPL, « la Secal a été déboutée de ces demandes. Le juge nous a suivis sur le fait qu’il y avait une contestation sérieuse des personnes signataires de la convention du 25 janvier 2018. Selon lui, la décision doit revenir au juge du fond ». En effet, selon les membres du groupement, ce document autorisant le lancement des travaux a été validé sans qu’ils soient consultés. « Surtout, le juge n’a pas désiré se prononcer sur cette annulation », ne manque pas de répondre Maître Philippe Dupuy. « Il y a également un souci au niveau de la délimitation du terrain où doit débuter le chantier, qui se révèle floue, le juge des référés a estimé que cela ne relevait pas de sa compétence mais de celle du juge du fond, selon Maître O’Connor, la Secal affirmait que le GDPL Taku , apportait un éventuel dommage imminent ou un trouble manifestement illicite. Mais le juge a estimé qu’aucune preuve concrète, ou des éléments chiffrés, n’est présentée pour étayer cet argument. Nous avons gagné assurément. »


    « Nous nous battrons jusqu’au bout »

    Une grande joie s’est emparée du groupement de droit particulier local, hier, dès l’annonce du jugement. « On n’était pas totalement optimiste, mais là vraiment, c’est une grande victoire. Nous avons toujours tenté de passer par la voie légale pour remporter ce combat. Ça a marché. Cela nous pousse à croire à une justice qui n’est pas dominée par l’argent. C’est un grand bonheur », indique Karyl Mavoui, le porte-parole du GDPL Taku. De son côté, la Secal relativise totalement. « Une grande partie du chemin a été accomplie. Le GDPL Taku demandait une expertise pour délimiter le terrain (cette décision doit revenir au juge du fond, selon le juge des référés), la présence d’assesseurs coutumiers dans la juridiction, la condamnation à des dommages et intérêts et à une amende civile à hauteur globale de 8,3 millions de francs. Toutes ces demandes du GDPL ont été rejetées par le juge civil des référés. Concrètement, des enfants risquent de ne pas avoir d’école près de chez eux à la rentrée 2022, et de nombreux logements destinés aux familles risquent de ne pas être construits s’il n’est pas mis fin très rapidement à ce blocage. Nous comptons faire appel en référé », indique Maître Philippe Dupuy, motivé. « Nous nous battrons jusqu’au bout », conclut Karyl Mavoui.

    Aurélien Pol


    n 1978 : le clan Tee Waka revendique la zone de Dumbéa-sur-Mer et Panda, historiquement liée à la tribu disparue de Dumbéa.

    n Années 1990 : le Groupement de droit particulier local Waka est créé.

    n 2003 : création du GDPL Taku, également issu du clan Tee Waka, qui s’oppose au GDPL Waka. Le premier souhaite préserver ses terres taboues et sacrées et le second désire travailler avec les aménageurs.

    n 2009 : les deux GDPL trouvent un accord. Waka garde le pic aux Chèvres et Taku, le pic aux Morts.

    n 2009-2010 : au pic aux Morts, les bois tabous et une case, installés en signe de revendication, sont brûlés à plusieurs reprises.

    n 13 décembre 2018 : le GDPL Taku est chassé d’une partie du pic aux Morts, par la gendarmerie, afin de laisser la place aux constructions prévues par la Secal. Mais le groupement continue à gêner les travaux sur le site.

    n 19 décembre 2018 au 24 avril 2019 : l’affaire du pic aux Morts, opposant la Secal au GDPL Taku, fait face à plusieurs reports. A chaque audience, le groupement effectue une marche au centre-ville.

  • DANS LA MÊME RUBRIQUE
  • VOS RÉACTIONS