Grand Nouméa
  • Clémentine Guenot / clementine.guenot@lnc.nc | Crée le 16.05.2019 à 04h25 | Mis à jour le 16.05.2019 à 08h18
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    Les villas des Hauts de Marconi sont toutes sujettes à des fissures traversantes. Un processus qui inquiète leurs propriétaires. Photos C.G.
    DUCOS. Cela fait vingt ans que les propriétaires des villas des Hauts de Marconi bataillent pour faire reconnaître les nombreuses malfaçons de leurs logements. Philippe Michel a évoqué une « urgence sanitaire ».

    Des fissures, de la moisissure, des boiseries rongées par les termites, des fondations hors du sol, voilà ce que l’on peut voir lorsque l’on se promène dans le lotissement des Hauts de Marconi, situé à Ducos. Joseph Sineimene nous guide à travers les logements tout autant dégradés les uns que les autres. Il vit dans l’une des villas du lotissement depuis dix-neuf ans. Il se rappelle encore du jour où il a emménagé avec sa famille, le 22 décembre 1999, quand il a découvert « un soi-disant F4, sans enduits, sans peinture, sans isolation, sans faux plafonds, sans canalisations, sans même de séparations des pièces et avec un sol nu. La catastrophe ».

    L’humidité des murs et le manque d’étanchéité empêchent la peinture de tenir et accélèrent la moisissure.

     

    Il a rapidement monté une association pour défendre les droits des habitants des Hauts de Marconi.

    « On avait peur que le toit s’envole »

    « A la fin des années 90, la province Sud s’essaye à un nouveau genre de construction de logement social, rappelle Philippe Michel, président de l’institution, ils étaient bruts, et il revenait au locataire de finir les travaux. » L’idée est de faciliter l’accession à la propriété. Les contrats de bail comportent ainsi une promesse de vente, à l’issue de quatre ou cinq ans de location.

    Pour les nouveaux locataires qui n’avaient pas conscience de l’état des villas, c’est le choc. « C’était très dur au début, se souvient Evelyne. Quand il faisait chaud, c’était impossible de rester à l’intérieur et quand il pleuvait, des gouttes passaient à travers le toit. » En repensant à cette période, les voisins en rigolent « et la rosée, tu t’en souviens ? Elle nous tombait dessus tous les matins », renchérit Joseph. « Oui, et le vent qui s’engouffrait sous les toits, on avait toujours peur qu’ils s’envolent ! », lance Georgie.

    Pendant cinq ans, les locataires des Hauts de Marconi ont dû supporter ces conditions de vie, car ils n’avaient le droit de faire « aucune démolition, aucun percement de murs ou de cloison, sans le consentement exprès et par écrit du bailleur », précise le contrat. Et on leur a refusé les demandes de travaux, affirment-ils en chœur. Pour Philippe Michel, c’est le manque de moyens et de connaissance technique des familles qui est aussi en cause dans la dégradation des logements.

    Innombrables malfaçons

    L’histoire ne s’arrête pas là. Au-delà de n’être pas finies, les maisons livrées sont situées sur un terrain en pente qui s’érode. Elles sont aussi remplies de malfaçons. Cela, les habitants s’en rendent compte très vite, mais il faut attendre les conclusions du rapport d’expertise ordonnée en 2013, dans le cadre d’une procédure judiciaire menée par l’association de Joseph, pour le prouver. Elles sont rendues le 11 mars 2019. Vingt ans après les premiers emménagements, et donnent raison aux habitants.

    Parmi les constats de l’expert, le béton utilisé était sous-dosé, avec une proportion de sable excessive, les fondations trop superficielles. Aujourd’hui, avec l’érosion du sol, certains poteaux de soutènement ne touchent plus terre. C’est aussi pour cela que les murs se fissurent et que les parties basses des villas se décrochent, petit à petit, de la partie supérieure. Par ailleurs, les termites se sont installées dans les charpentes et dans les boiseries. « Au début, on nous appelait tout le temps pour que l’on applique une lasure antibactérienne sur les toits, parce que le bois utilisé n’était pas traité », affirme Joseph.

    Les habitants des Hauts de Marconi ont désormais des portes et des faux plafonds, mais qui menacent à tout moment de leur tomber dessus. Un souci qui les inquiète plus que la rosée du matin.

     

    Des maisons qui menacent de tomber

    Le rapport d’expertise a été rendu le 11 mars 2019. Il a fallu six ans pour le rédiger. Les conclusions décrivent un « état d’urgence, affirme Philippe Michel, président de la province Sud, mais la procédure n’est pas finie, elle prendra encore au moins cinq ans. On ne peut pas prendre le risque qu’il arrive un drame ». Ainsi, un protocole d’accord a été signé, la semaine dernière, entre l’association des propriétaires des Hauts de Marconi, la Sic, la province Sud et la Sem Agglo, pour mettre en place un calendrier des travaux à réaliser en urgence sur les villas dégradées « qui menacent de tomber ». La province Sud a dégagé une enveloppe exceptionnelle de 350 millions de francs pour faire les premiers chantiers. Joseph Sineimene, président de l’association est catégorique, « ce sont les toitures qu’il faut refaire en premier, car elles ne tiendront pas lors du passage d’un cyclone ». C’est une véritable avancée pour les riverains qui se battent depuis vingt ans pour obtenir gain de cause. Toutefois, les travaux ne commenceront pas avant la fin de l’année. Car avant cela, il faut faire l’inventaire, maison par maison, des besoins et des urgences. Il faut aussi faire un plan de financement précis, car à l’issue de la procédure judiciaire, les responsabilités de chacun devront être endossées.

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