Grand Nouméa
  • Gédéon Richard | Crée le 15.05.2019 à 05h40 | Mis à jour le 15.05.2019 à 07h50
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    Tuane (à gauche) a fait ses premiers tatouages à 17 ans. Peu à peu, sa passion est devenue son métier. Photo G.R.
    PAÏTA. Rencontre avec Tuane Magoni, l’une des gloires de la section volley-ball de l’AS Païta, qui a ouvert son salon de tatouage il y a tout juste un an et qui va participer, à partir de vendredi, au Calédonie tattoo festival.

    Né le 18 avril 1986 à Nouméa, Tuane est le deuxième garçon d’une fratrie de quatre enfants. Dès son plus jeune âge et sans quitter la maison familiale des Magoni, il baigne dans l’art. Son père, Samoan, est peintre et dessinateur et sa mère, d’origine wallisienne, confectionne des tenues traditionnelles et danse au sein de la troupe Luaniva.

    « Chez nous, c’est un tout, explique-t-il. Mes grands-parents, déjà, faisaient la danse du feu et de la hache. Aujourd’hui, nous continuons à faire vivre cette culture. » Après la classe, à l’école d’Auteuil, c’est tout naturellement, qu’il commence la danse, à 7 ans. Mais déjà, ses mains le démangent. « Il fallait fabriquer nos percussions et j’ai commencé à peindre dessus », raconte-t-il. Affinant son coup de crayon des années durant, il perfectionne sa technique et sa connaissance du matériel, avant de se lancer dans ses premiers tatouages, à 17 ans. Son corps est son premier support. « Aujourd’hui, cela recouvre mes deux jambes, mes bras, mon torse et mon ventre », énumère Tuane. Ensuite, il passe à la famille : sa sœur, ses frères, ses oncles, ses beaux-frères « et puis, ça a été le tour des copains. J’aime le fait de dessiner, l’échange avec les autres, apprendre et rencontrer d’autres cultures », sourit le colosse à la force tranquille. « Un tatouage raconte une histoire, c’est le récit d’une vie », insiste Tuane. Avant de commencer quoi que ce soit, il fait parler ses clients de leur parcours « quitte à y passer une heure » et propose en conséquence une esquisse. Il en explique la signification de chaque symbole, de chaque motif. Ainsi, les flèches évoquent la force, les tresses rappellent une famille soudée quand la tortue évoque la fécondité. « Même si chacun a son style, sa manière de faire et ses traits, les symboles restent toujours les mêmes », précise-t-il.

    Sportif, Tuane s’est mis au volley-ball en 2005, à la mort de l’un de ses frères. Avec l’équipe de l’AS Païta, il engrange les titres et intègre logiquement la sélection calédonienne. Il participe aux Jeux du Pacifique et aux Oceania. « J’ai beaucoup voyagé et c’est comme ça que nous nous sommes rencontrés à Fidji », glisse-t-il en tournant la tête vers Lena, sa compagne.

    Un retour aux sources

    Après avoir travaillé dans la menuiserie et la maçonnerie, Tuane change de voie. « A un moment, j’ai eu envie de voler de mes propres ailes, de découvrir autre chose », confirme-t-il. Alors qu’il intègre la réserve de la gendarmerie, avec un poste de sous-officier en ligne de mire, le couple se prépare un business plan pour transformer sa passion en métier. A Tuane l’encre, et à Lena les tâches administratives pour faire tourner l’entreprise. Ils se rendent à des salons de tatouage au Vanuatu, à Rotorua (Nouvelle-Zélande) et à Bondi beach, à Sydney (Australie).

    En 2016, le couple emménage à La Foa, où Tuane commence à travailler chez Jimmy tatoo. Il y passe six mois avant que Jimmy ne rentre en Métropole et ne lui vende son matériel. Tuane, aidé par Christophe Besnard, rêve alors d’ouvrir son salon. Il suit la formation hygiène et salubrité dispensée au Centre de formation des apprentis (CFA). Le couple trouve ensuite un local à l’étage du Centre de beauté et de bien-être Anastasia & co, au lotissement SLN de Normandie. Après l’aval de la Direction des affaires sanitaires et sociales (Dass-NC), Tutu tattoo islanders ouvre en avril 2018. « Ma femme a beaucoup investi. Nous avons fait ça petit à petit et là, nous venons de fêter notre premier anniversaire », salue Tuane.

    S’initiant aux styles maori et polynésien, il a hâte d’échanger avec les invités du Calédonie tattoo festival et tient à remercier Cynthia, l’organisatrice, de l’avoir invité.


    Savoir +

    Lire « Le Fale fono accueillera la première convention de tatouage du pays » sur lnc.nc.

    Le Calédonie tattoo festival au Fale fono

    Première convention du genre, le festival ouvrira vendredi, à 9 heures, au Fale fono. Outre Makalio Folituu, Paul Burns, Teiki Huukena et Ike Proctor, les invités, des tatoueurs locaux seront sur place pour honorer rendez-vous et réalisations « à la minute ». Danse, musique, prêt-à-porter et pratiques traditionnelles du Pacifique seront à l’honneur. Plats cuisinés, paréos, tatouages éphémères, maquillages, barbe à papa et animations pour enfants seront proposés.

    Vendredi, les lieux seront ouverts de 9 heures à 22 heures et un concours du plus beau tatouage sera lancé. Samedi, le festival se tiendra sur la même tranche horaire, et Teiki Huukena animera une conférence sur le tatouage marquisien, à 19 heures, avant une danse du feu de la troupe Temonoroa. Dimanche, une projection du documentaire Patutiki : l’art du tatouage des îles Marquises aura lieu à 19 heures, avant la fermeture du site, vers 20 heures.

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