Îles
  • Henri Lepot | Crée le 04.03.2008 à 21h00 | Mis à jour le 23.07.2016 à 18h25
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    Confort matériel des habitants, développement économique pour fixer les populations, mais aussi aménagement de l'espace autour de Wé : à Lifou, les enjeux du scrutin de dimanche dépassent le cadre strict de la municipalité. La cinquième commune du territoire doit aussi faire face à la croissance que lui impose son statut de chef-lieu de province.

    Elle a beau être aussi grande que la Martinique, Lifou n'est pas la plus grande commune de Calédonie en termes de superficie. Elle est battue de 131 km2 par Yaté et son immense domaine foncier. La comparaison s'arrête là car, en termes de population, avec ses 10 300 résidents sur 37 tribus (plus les 7 000 qui vivent sur la Grande Terre), Lifou est la cinquième commune calédonienne, la première après les quatre cités du Grand Nouméa. Elle est aussi chef-lieu de Province, avec cette particularité d'être gérée sur place, au plan communal et provincial, par le même homme, Neko Hnepeune. Avoir les clés des deux maisons : il n'y a pas mieux pour harmoniser l'action des deux collectivités. Car comme à Maré, deux préoccupations majeures s'imposent à la commune. La première est classique : le bien être des administrés, au sens large. Les routes, l'eau, l'électricité, la couverture téléphonique, les écoles, les transports. Beaucoup a été fait. Reste à électrifier 5 % des foyers, à intégrer l'enseignement catholique, à développer le réseau informatique des écoles, etc. Des programmes que rien de majeur ne peut empêcher dans une commune à la situation financière assainie, qui brasse tout compris un budget annuel de l'ordre de deux milliards et dégage jusqu'à 800 millions l'an en section d'investissement. Une nécessaire collaboration entre les deux collectivités La seconde est à la limite des compétences municipales : freiner l'exode, fixer la population, par le développement économique, par la création de revenus dans le tissu local. L'île, par exemple, manque de petits artisans pour ses programmes de logements sociaux, ou même l'entretien de son patrimoine immobilier. Il faudrait aider les jeunes à se lancer, faire de la formation. Est-ce le rôle de la commune ? Pourquoi pas. Certes, il y a des lignes rouges à ne pas franchir. Mais le maire sortant le dit « fortement » : même si le développement est de compétence provinciale, il est accueilli par la commune et il faut une nécessaire collaboration entre les deux collectivités, qui doivent réfléchir ensemble et en amont à toutes les initiatives. C'est sans doute plus facile à Lifou qu'à Maré et Ouvéa, compte tenu de la superposition géographique et humaine de la commune et de la province. Fixer la population, leur apporter du bien vivre... Lifou doit faire face à un troisième enjeu, qui tient à son statut de chef-lieu. Il lui faut en effet répondre et s'adapter, rapidement, au développement de la commune directement lié à la provincialisation qui bouleverse les anciennes priorités. Wé, capitale provinciale, se métamorphose. La commune, estime son maire actuel, a besoin de réfléchir à l'aménagement de son espace, de déterminer des zones à vocation administrative, économique, semi-industrielle. Sans aller jusqu'à l'élaboration d'un véritable plan d'urbanisme directeur, considère-t-il, il faut réfléchir, et en particulier avec les coutumiers puisqu'ils sont maîtres du foncier, à un plan d'aménagement de l'espace. Réfléchir aussi au réseau de transport public organisé dont une commune développée a besoin, dans le « grand Wé » comme des tribus vers Wé. Transport public : c'est aussi le problème majeur de la toute petite île soeur de Lifou, Tiga l'enclavée, Tiga l'isolée, toujours en retard d'un avion ou d'un bateau pour assurer son ravitaillement ou transporter ses scolaires. Administrativement, Tiga dépend de Lifou. Mais le règlement du problème dépasse techniquement et financièrement le cadre municipal. La solution à l'étude, qui sortira après les municipales, passera par une action conjointe avec la province dans le cadre d'une desserte interîles pour le fret et les passagers. Aux îles, où tous les problèmes aboutissent toujours sur le bureau le plus proche, celui du maire, même quand il n'est pas directement concerné, communes et province ne peuvent décidément pas marcher sur des chemins séparés.

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