Îles
  • LNC | Crée le 01.03.2008 à 21h00 | Mis à jour le 23.07.2016 à 18h25
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    C'est le paradoxe des îles : un rééquilibrage globalement réussi au niveau des infrastructures publiques, mais des tribus qui se vident. Face à cet exode, Maré comme ses voisines loyaltiennes est confrontée à la nécessité de favoriser à l'échelon communal un développement économique théoriquement de compétence provinciale.

    Au recensement 2004, Maré comptait 7 400 habitants. Aux dernières législatives, elle affichait aussi près de 5 800 électeurs. Est-ce à dire que tout le monde vote, même les enfants ? Non, l'anomalie des chiffres traduit seulement le fait que plusieurs milliers de Maréens ne sont pas comptabilisés comme habitants de leur commune, même s'ils en sont restés électeurs. C'est l'image de l'exode. Les gens de Maré ne fuient pas la dureté des conditions de vie. Car globalement, même si rien n'est jamais parfait, les routes sont bonnes, l'eau et l'électricité ne manquent pas, les services publics sont assurés. Il y a sur l'île de quoi scolariser les enfants jusqu'en troisième, de quoi se faire soigner. Des infrastructures qui font même parfois l'admiration des autres Océaniens en visite, notamment des Vanuatais. Mais ce qui manque, c'est le travail, c'est l'argent nécessaire à tous ces nouveaux besoins de consommation qui accompagnent la modernité. à Maré, où les deux tiers des demandeurs d'emploi sont sans formation, il n'y a que deux à trois pour cent de salariés, pour beaucoup agents de la province ou de la mairie. Comme ni l'une ni l'autre ne peuvent donner du boulot à tout le monde, les Maréens cèdent peu à peu à la tentation d'aller à Nouméa chercher ce précieux travail. Les hommes, traditionnellement, mais aussi désormais les femmes, qui emmènent les enfants. Et cette année encore, on a fermé des classes à Maré. Le grand défi est donc moins de construire de nouvelles routes que de créer du revenu non salarié pour permettre aux habitants de rester dans leur commune. C'est d'autant moins facile que l'évolution du mode de vie a largement fait régresser le travail de la terre. Le grand défi : créer du revenu non salarié à Maré, les Vieux disent que si la Monique a coulé, c'est qu'elle était trop chargée de tous les produits que l'île expédiait sur Nouméa. Et qu'aujourd'hui les seuls bateaux qui risquent de couler sont ceux qui viennent de Nouméa avec tout ce que Maré doit importer. Une image que cultive le LKS, dont la ligne politique est anciennement ancrée sur la redynamisation de l'activité et de la production locale. Le parti de Nidoish Naisseline considère à cet égard que la commune est la structure de proximité la mieux placée pour favoriser les interventions socio-économiques. C'était, exemple parmi d'autres, l'objectif du maire sortant Basile Citré lorsqu'il a réalisé la cuisine centrale de restauration scolaire, qui prépare plus d'un millier de repas par jour pour les écoles de l'île : mieux nourrir les enfants, mais tout en écoulant la production locale des agriculteurs de l'île. Reste que l'exercice a ses freins structurels, comme la réglementation sur les marchés publics qui empêche de traiter directement avec les artisans locaux lorsque les travaux dépassent 8 millions, et qu'une commune peut facilement déraper et franchir la ligne rouge dans un secteur qui est de compétence provinciale. C'est arrivé à Maré, qui s'est attirée des observations de la Chambre des comptes. Cette nécessité d'un développement économique propre à fixer les populations, mais aussi « durable » et respectueux de l'homme et de l'environnement, apparaît de manière transversale dans le programme de nombre de listes. S'y ajoutent, selon les cas, d'autres objectifs techniques ou politiques : le désenclavement des terres du plateau, la mise en place d''une démocratie plus participative, le renforcement des compétences du personnel municipal, la création d'un CCAS et d'un office culturel municipal, la formation des jeunes ou encore l'implantation d'une maison de la Femme et d'une maison des Anciens.

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