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  • AFP | Crée le 12.06.2019 à 04h25 | Mis à jour le 12.06.2019 à 09h59
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    L’installation de verre brisé dénonçant le silence face aux crimes est exposée sur la place de Bolivar, devant le parlement et à deux pas du palais présidentiel. Photo Juan Barreto/AFP
    COLOMBIE. Des défenseurs des droits humains se sont unis à une artiste pour rappeler les près de 500 militants assassinés depuis 2016 en Colombie, par un « deuil monumental » : une installation de verre brisé dénonçant le silence face à ces crimes.

    Un hommage singulier s’est tenu, lundi, au cœur de Bogota, sur la place de Bolivar, devant le parlement et à deux pas du palais présidentiel.

    La sculptrice Doris Salcedo, déjà auteure d’un monument constitué d’armes fondues des ex-guérilleros des Farc qui ont signé la paix en 2016, a supervisé l’œuvre Quebrantos (Brisés, ndlr) à laquelle ont participé des centaines de leaders communautaires et de bénévoles.

    Les noms de 165 défenseurs des droits tués ont été transcrits en lettres géantes sur les pavés de la place, à l’aide de pochoirs. Puis ils ont été recouverts de verre que des militants ont ensuite piétiné. « Ainsi comme ce verre se brise, ils nous ont détruits », a déclaré Aida Quilcué, une leader indigène, dont l’époux, également dirigeant communautaire, a été assassiné par l’armée en 2008 lors d’une manifestation de peuples autochtones dans le sud-ouest de la Colombie.

    Crime pour lequel l’Etat colombien a été condamné et a demandé pardon. Violée pendant le conflit armé, Dolly Vinasco dirige pour sa part une organisation de femmes qui comme elle ont été victimes de sévices sexuels aux mains de groupes armés illégaux dans le centre du pays. « A mesure que je brise ce verre, je regarde comme il se fragmente, mais aussi comment nous pouvons parvenir à rompre les chaînes qui nous maintiennent dans un moment du passé », explique-t-elle, visiblement émue.

    Doris Salcedo espère que son initiative contribue à rompre le silence face à cette campagne d’assassinats menée, entre autres, par des gangs du trafic de drogue et des rebelles dissidents des Farc, selon le Parquet colombien.

    « C’est un acte de deuil qui cherche à nous faire réfléchir sur ces pertes survenant à une fréquence inhabituelle. En brisant le verre, nous brisons le silence. Si nous parvenons à rompre le silence autour de ces morts déchirantes, nous obtiendrons peut-être qu’elles cessent », a déclaré l’artiste à la presse.

    Le Défenseur du Peuple, entité publique chargé de la protection des droits humains, a enregistré 470 cas de leaders communautaires et militants des droits assassinés entre janvier 2016 et le 25 mai dernier. Le gouvernement du président Ivan Duque s’est engagé à renforcer la sécurité dans les territoires les plus affectés par ce type de violence.

    L’ONG internationale Front Line Defenders a dénoncé la Colombie comme le pays où le plus d’assassinats de défenseurs des droits ont été commis en 2018.

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