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  • Cédric Simon/AFP | Crée le 14.09.2018 à 04h25 | Mis à jour le 14.09.2018 à 09h04
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    Viktor Orban, le Premier ministre hongrois, n’a pas tenté de convaincre son auditoire. Photo AFP
    UNION EUROPEENNE. Le Parlement a dénoncé mercredi la menace « systémique » pesant sur les valeurs de l’UE en Hongrie, et activé une rare procédure qui pourrait, à terme, conduire à des sanctions contre Budapest.

    Décision politiquement symbolique, le vote du Parlement européen déclenche une longue procédure dont l’issue est incertaine, mais qui peut en théorie mener à des sanctions sans précédent à l’encontre de Budapest. « La décision d’aujourd’hui n’est rien de moins qu’une petite vengeance des politiciens pro-immigration contre la Hongrie », a réagi le ministre des Affaires étrangères Peter Szijjarto, à l’issue d’une réunion gouvernementale.

    La procédure de l’article 7 est rarissime dans l’histoire de l’UE. Néanmoins, c’est la deuxième fois en un an qu’elle est déclenchée.

    La résolution votée par le Parlement « invite le Conseil à constater s’il existe un risque clair de violation grave, par la Hongrie, des valeurs visées à l’article 2 du traité de l’UE et à adresser à la Hongrie des recommandations appropriées à cet égard ».

    « Fausses accusations »

    Le débat précédant le vote a donné lieu à un âpre face-à-face entre le Premier ministre Viktor Orban, venu défendre « l’honneur » de son pays, et les parlementaires. M. Orban n’a pas cherché à convaincre son auditoire, dont il estimait que l’opinion était « déjà faite ».

    « Je n’accepterai pas que les forces pro-immigration nous menacent, fassent un chantage et calomnient la Hongrie sur la base de fausses accusations », a lancé le dirigeant national-conservateur.

    Le rapport Judith Sargentini établit une longue liste de « préoccupations » portant sur le bafouement des libertés et valeurs prônées par l’UE dans la presse, au sein des universités, contre les minorités, contre les migrants, mais aussi en matière de corruption et d’indépendance de la justice. Soutenue par les sociaux-démocrates, les libéraux, les Verts et la gauche radicale, mais dénoncée par les groupes souverainistes qui siègent au Parlement, le sort de la résolution dépendait surtout du vote du PPE (Parti populaire européen).

    « Aucune volonté » de « faire un pas » vers l’EU

    La principale formation politique dans l’hémicycle accueille en effet en son sein le Fidesz de Viktor Orban (12 représentants sur les 218 eurodéputés du groupe). Incapable de s’accorder en interne, la formation de droite n’avait pas donné de consigne de vote. Mais son chef, l’Allemand Manfred Weber, avait annoncé son intention de voter en faveur de la résolution.

    « J’ai toujours été favorable à construire des passerelles, et je veux continuer à le faire, mais hier (mardi) je n’ai vu aucune volonté de la part du Premier ministre hongrois de faire un pas vers ses partenaires de l’UE et de répondre à nos inquiétudes », a expliqué M. Weber sur Twitter.

     

    Pour ou contre Orban ? La droite française est divisée

    La droite française, comme d’autres en Europe, s’est montrée divisée sur le cas du Premier ministre hongrois Viktor Orban, qu’elle côtoie au sein du Parti populaire européen (PPE).

    Sur les 20 parlementaires français membres du PPE, neuf eurodéputés ont voté pour l’activation de l’article 7 du traité de l’UE.

    « Rien ne justifie les multiples violations de l’état de droit », a expliqué Françoise Grossetête (LR). Michèle Alliot-Marie, Arnaud Danjean, Rachida Dati, Geoffroy Didier, Brice Hortefeux et Hervé Juvin se sont abstenus. « Je fais partie de ceux qui ont été déçus : à aucun moment Viktor Orban n’a tendu la main », a expliqué M. Hortefeux. Jeudi dernier, le président des Républicains (LR) Laurent Wauquiez avait refusé de diaboliser le Premier ministre hongrois, qui incarne la vague populiste déferlant en Europe. « Moi je parle aussi bien à Angela Merkel qu’à Viktor Orban », avait déclaré M. Wauquiez. Mais après le discours offensif du Premier ministre hongrois mardi à Strasbourg, le N. 2 du parti, Jean Leonetti, avait regretté mercredi une « attitude de défi ».

    L’extrême droite a aussitôt fustigé la « trahison » envers le « courageux » M. Orban, selon les mots de l’eurodéputé du Rassemblement national (RN) Nicolas Bay.

    « M. Wauquiez doit maintenant cesser de jouer la partition de l’opposition à l’immigration », a tweeté la présidente du RN, Marine Le Pen.

     

    448 votes pour,

    97 contre et 48 abstentions, le résultat du vote au sujet de l’utilisation de l’article 7, mercredi, au Parlement.

    Repères

    La procédure la plus radicale

    L’article 7 du traité de l’UE, activé mercredi par les eurodéputés contre la Hongrie, est la procédure la plus radicale contre un pays bafouant les règles européennes, pouvant déboucher en théorie sur une suspension de ses droits de vote.

    La procédure de l’article 7 est rarissime dans l’histoire de l’UE. Néanmoins, c’est la deuxième fois en un an qu’elle est déclenchée. En décembre, la Commission avait initié la procédure contre la Pologne.

    « Le Parlement prend ses responsabilités »

    Dans un communiqué, le Parlement explique que la phase de la procédure déclenchée est « préventive », et doit permettre un dialogue avec le pays concerné pour « éviter de possibles sanctions ».

    « C’est un signe positif que ce Parlement prend ses responsabilités », s’est félicitée l’eurodéputée Judith Sargentini (Verts), rapporteure du dossier.

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