Monde
  • AFP | Crée le 17.06.2019 à 04h25 | Mis à jour le 17.06.2019 à 10h32
    Imprimer
    Un mort et 80 blessés, dont 22 policiers. Hier matin, avant une nouvelle manifestation, des habitants ont déposé des fleurs sur les lieux des violences de mercredi dernier. Photo AFP
    HONG KONG. Une nouvelle manifestation monstre était attendue hier dans l’ancienne colonie britannique malgré la suspensionla veille du projet de loi visant à autoriser les extraditions vers la Chine.

    Les contestataires entendent maintenir la pression sur la cheffe de l’exécutif pro-Pékin de Hong Kong, Carrie Lam, qui a annoncé samedi la suspension du projet controversé. Ils réclament le retrait définitif de ce texte jugé dangereux pour les droits de l’homme, ainsi que la démission de Mme Lam et ses excuses pour la répression musclée des manifestations par la police ces derniers jours.

    Hier après-midi, la manifestation devait avoir lieu sur l’île de Hong Kong entre un parc et le siège du Parlement. Il s’agit du même parcours que celui de la marche qui, une semaine plus tôt, avait, selon ses organisateurs, rassemblé un million de personnes dans ce territoire de sept millions d’habitants.

    « Continuer sur cette lancée »

    Déclenché par le projet de loi sur les extraditions, le mouvement de protestation exprime aussi un ressentiment beaucoup plus large de la population de Hong Kong contre Carrie Lam et contre Pékin, accusés de rogner depuis des années les libertés dont jouit l’ancien territoire britannique. Les propos de Mme Lam, qui a récemment qualifié les manifestants d’émeutiers, n’ont rien arrangé. « Les groupes pro-démocratie ne vont pas s’arrêter là. Ils veulent profiter de la dynamique contre Carrie Lam, note l’analyste politique Willy Lam. Ils vont maintenir la pression et continuer sur cette lancée. »

    Nommée à la tête de l’exécutif par une commission largement composée de loyalistes pro-Pékin, Carrie Lam a affirmé que cette loi sur les extraditions était nécessaire pour empêcher la place financière asiatique de devenir un refuge pour criminels, tout en admettant que son administration avait sous-estimé l’opposition populaire.

    Selon ses détracteurs, ce projet placerait la population à la merci du système judiciaire de Chine continentale, opaque et sous influence du Parti communiste. Les milieux d’affaires craignent, eux, que la réforme nuise à l’image internationale et l’attractivité du centre financier.

    L’opposition au projet de loi réunit notamment avocats, organisations juridiques influentes, capitaines d’industrie, chambres de commerce, journalistes, militants et diplomates occidentaux.

    L’affaire des libraires

    En vertu du principe « un pays, deux systèmes », l’ancienne colonie britannique continue à jouir de libertés inconnues dans le pays 22 ans après son retour dans le giron chinois. Mais ces dernières années, la disparition de plusieurs libraires et d’un milliardaire chinois critiques envers Pékin ont semé le trouble. Ils sont ensuite réapparus en Chine, où ils ont été visés par des poursuites judiciaires.

    La suspension, mais non le retrait, du projet de loi est une rare concession de la part du gouvernement de Hong Kong. Si la manifestation de dimanche se déroule dans le calme, « on devrait connaître une trêve dans les mois qui viennent, estime l’analyste politique Dixon Sing. Mais la crainte que la loi revienne devant le Parlement et finisse par être votée va rester présente un bon moment. »

    Repères

    Un mort et 80 blessés

    Mercredi, Hong Kong a connu les pires violences politiques depuis sa rétrocession à la Chine en 1997 : un mort et 80 blessés, dont 22 policiers. Des dizaines de milliers de personnes ont été dispersées par la police à l’aide de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc. La police a justifié la vigueur de son action par les actes de violence perpétrés par certains manifestants. Mais l’opposition l’accuse de prendre prétexte des violences d’une infime minorité pour se déchaîner sur l’ensemble des protestataires, en grande majorité pacifiques.

    Double discours

    Après la suspension du projet de loi controversé, Pékin a réagi de façon ambiguë : « Nous soutenons, respectons et comprenons cette décision », a déclaré un communiqué du ministère chinois des Affaires étrangères, parlant de la nécessité de « restaurer le calme au plus vite » dans le territoire. Mais dans un communiqué séparé, l’agence chinoise chargée des relations avec Hong Kong a redit que la loi sur l’extradition était « nécessaire et justifiée ». Pékin continue à la soutenir, tout en étant « très attentif » à l’opposition à cette loi.

  • DANS LA MÊME RUBRIQUE
  • VOS RÉACTIONS