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  • Camille Bas-Wohlert/AFP | Crée le 07.06.2019 à 04h25 | Mis à jour le 07.06.2019 à 11h01
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    « Elle est obsédée par la chose publique depuis qu’elle a 6 ans, confiait son père Flemming Frederiksen. Membre des jeunesses socialistes à 15 ans, elle réglait alors une cotisation à l’ANC sud-africain. » Photo AFP
    DANEMARK. Future Première ministre après la victoire de son parti aux législatives, mercredi, elle incarne cette nouvelle social-démocratie acquise à la rigueur migratoireau nom de la défense de l’Etat-providence.

    Mette Frederiksen, quadra de province « s’est préparée pendant des années à conduire ce parti qu’elle connaît si bien », rappelle le quotidien Politiken.

    Députée à 24 ans, en 2001, elle a été ministre de l’Emploi puis de la Justice avant de prendre la tête de la plus grande formation du Danemark en 2015. Elle profitait du départ d’Helle Thorning-Schmidt, première femme Premier ministre du pays vaincue aux législatives par le libéral Lars Løkke Rasmussen.

    Si la campagne des législatives 2019 s’est concentrée sur les questions du climat et de la protection sociale dans un pays de plein-emploi à la population vieillissante, Mme Frederiksen « s’est refusée à faire des promesses concrètes, sauf en matière d’immigration ».

    Elle, qui dénonçait au début des années 2000 une politique d’accueil « parmi les plus dures d’Europe », s’est convertie à la rigueur à l’œuvre au Danemark depuis près de deux décennies. Usant d’une sémantique désormais courante dans le royaume, elle a même présenté l’an dernier un projet de réforme prévoyant de renvoyer les migrants « non occidentaux » dans des camps africains sous supervision de l’ONU.

    Santé et éducation

    « Mette Frederiksen sait que pour avoir du succès au Danemark, elle doit présenter une politique de l’asile et de l’immigration stricte », résume Ulf Hedetoft, professeur à l’Université de Copenhague. « Je constate qu’aujourd’hui 75 % des parlementaires soutiennent une politique de l’immigration dure », justifiait l’intéressée dans un livre d’entretiens publié au printemps, Un portrait politique.

    Mette Frederiksen devrait former un gouvernement minoritaire, une habitude au Danemark où le système est proportionnel. Elle s’appuiera au cas par cas sur la gauche, par exemple sur l’éducation, ou la droite, notamment sur la politique migratoire.

    Mais elle devra être humble en abordant les négociations en vue de former un gouvernement. Sa victoire tient moins au score de son parti, arrivé en tête mais en recul par rapport à 2015, qu’à la progression des autres partis de gauche et au repli des alliés de droite du Premier ministre sortant, le libéral Lars Løkke Rasmussen.

    Depuis son arrivée à la tête de la formation sociale-démocrate, elle a su unir les différents courants du parti. « Pour la première fois depuis Anker [Jørgensen, président des sociaux-démocrates danois de 1972 à 1987], nous avons un chef que tout le monde dans l’organisation soutient », confiait au journal Altinget un vétéran du parti Bjarne Laustsen.

    Tandis que sa prédécesseure a pratiqué une politique d’austérité en réponse à la crise économique de 2008, Mme Frederiksen défend un projet beaucoup plus à gauche avec de plus grandes dépenses pour le système social.

    Elle entend notamment permettre un départ anticipé à la retraite pour les carrières longues et pénibles et arrêter les coupes budgétaires dans la santé et l’éducation.

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