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  • Sabine Colpart/AFP | Crée le 14.06.2019 à 04h12 | Mis à jour le 14.06.2019 à 10h13
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    Auteur de nombreux ouvrages, films et documentaires, Laurent Ballesta est une référence mondiale dans l’exploration marine. Photo AFP
    PLONGÉE. Sillonner des heures durant des zones crépusculaires de la Méditerranée, observer les poissons sans jamais se soucier de la décompression : c’est l’exploration inédite que Laurent Ballesta et trois autres plongeurs vont réaliser lors d’un long voyage de quatre semaines dans les grandes profondeurs.

    Laurent Ballesta, le célèbre photographe sous-marin et trois comparses – Antonin Guilbert, Thibault Rauby, Yannick Gentil – descendront le 1er juillet à 120 mètres de profondeur à bord d’une capsule pressurisée, utilisée dans l’industrie pétrolière. De là, ils sortiront chaque jour équipés de scaphandres pour une plongée de huit heures, de Marseille à Monaco.

    « Le but est de montrer qu’il y a une Méditerranée encore très belle, des sortes de paradis perdus, d’oasis secrètes quand on a dépassé une certaine profondeur. Il y a encore des animaux à décrire et à illustrer pour la première fois », explique le plongeur.

    La mission Gombessa V Planète Méditerranée, présentée mercredi soir à la Maison des océans à Paris, est une première du genre.

    Des cosmonautes

    « Pendant 28 jours, on va pouvoir rester à notre guise à 120 mètres de profondeur et explorer cette zone aussi longtemps qu’on le voudra ou qu’on le pourra. On n’aura plus cette angoisse de se dire qu’à chaque minute passée à 120 m de fond, ce sont des heures à attendre car à cette profondeur, il faut une journée pour remonter. C’est cher payé », raconte Ballesta, qui a eu l’idée d’utiliser un caisson pressurisé de l’INPP (Institut national de plongée professionnelle).

    Depuis une barge, chaque jour, une cloche en acier d’un mètre carré à la pression des 120 mètres (soit 13 fois la pression atmosphérique) descendra dans la zone mésophotique (dite zone crépusculaire avec 1 % de lumière du soleil). Après chaque sortie, les plongeurs retourneront dans la cloche qui sera remontée à la surface pour être connectée à un petit caisson de deux mètres carré faisant office de sanitaires (douche et wc). Un troisième caisson de cinq mètres carré servira d’espace de vie avec quatre banquettes, une petite table et un sas pour faire entrer la nourriture.

    « A partir de cartes biologiques des fonds marins, on imagine des itinéraires, c’est un trek sous-marin », détaille Laurent Ballesta, qui entend mener à bien plusieurs missions, entre photographies, recueil de données scientifiques, étude physiologique et exploration archéologique avec l’épave du sous-marin Protée, coulé en 1943.

    Les plongées seront un pur bonheur. Les quatre hommes, qui ont eu un avant-goût avec une plongée de 50 heures à 60 mètres, en sont certains. « C’était génial, inoubliable, on était comme des cosmonautes, on s’y croyait vraiment ! Je flânais à grande profondeur. J’étais fébrile comme un débutant. C’était bouleversant », se souvient le naturaliste. En revanche, la vie à quatre dans un espace confiné et pressurisé sera une toute autre aventure !

    Craintes

    L’atmosphère sera rempli d’hélium, ce qui veut dire que les voix seront déformées au point de ne plus se comprendre. L’audition aussi sera altérée.

    « L’autre inconvénient, c’est l’inconfort thermique. L’hélium est un gaz non isolant. A 28 degrés on va suffoquer, à 27,5, on va greloter », relève Ballesta. La nourriture n’aura pas de saveur et, l’atmosphère étant saturée d’humidité, les occupants de la capsule sont exposés aux infections.

    « Le froid, la pression, la densité du gaz qu’on respire : tout ça fait partie de nos craintes. On s’épuise très vite sous l’eau, on déplace un objet et on s’essouffle. Et on va déplacer beaucoup de gros matériel », remarque Antonin Guilbert, pour qui la « plus belle histoire sera déjà humaine ».

    Cette aventure singulière, qui mobilise une équipe de 25 personnes pour un coût total de 2,6 millions d’euros (300 millions de francs), ne peut légalement durer plus de 28 jours. Les quatre hommes quitteront leur « caisson-maison » après quatre jours de décompression.

    L’exploration sera alors racontée dans un premier film de 90 minutes produit et diffusé sur Arte.

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