Nouvelle Calédonie
  • Charlie Réné | Crée le 20.08.2018 à 06h10 | Mis à jour le 20.08.2018 à 07h49
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    L’agence de la Victoire est ouverte en 1992 et accueille le siège de la banque en 1994. Entre ces deux dates, douze agences de Nouméa et de Brousse sont ouvertes.
    Créée au moment des Accords comme un outil de relance de l’activité et un outil de rééquilibrage, la Banque calédonienne d’investissement, toujours dans le giron public, est devenue leader de la place.

    «Savoir concilier. » Voilà les maîtres mots fixés par Jacques Iékawé, premier président du conseil d’administration de la BCI, en 1988. Concilier « rigueur et imagination », « saine gestion et attitude promotionnelle », rentabilité et objectifs de rééquilibrage… Le défi est de taille pour le modeste établissement, tout juste né de la scission de la vénérable Société immobilière et de crédit de la Nouvelle-Calédonie, créée en 1953. À la SIC les activités immobilières, à la Banque calédonienne d’investissement (BCI), détenue à 50 % par le pays, les activités de crédit. Cette nouvelle organisation, rendue obligatoire par la loi bancaire de 1984, aura dû attendre la fin des événements pour être actée. Et si les signataires des Accords ont placé le dossier sur le dessus de la pile, c’est qu’il est soutenu d’un côté comme de l’autre : « Les élus et dirigeants calédoniens demandaient déjà depuis les années soixante-dix une banque publique qui puisse investir là où d’autres ne le faisaient pas », note l’historien Louis-José Barbançon. Au siège du Mont-Coffyn, en 1988 et dans les deux antennes de Brousse, à Poindimié et Koné, se croisent alors 64 employés. Trente ans plus tard, près de 400 salariés animent 32 bureaux et agence dans le pays. Et la BCI peut prétendre au titre de première banque du pays, en termes de réseau, de dépôts, de clients, et de volume de prêts.

    En 1990 devant le premier siège, au Mont-Coffyn. « Ce succès tient d’abord sur des équipes fières de ce qu’elles font », insistent les dirigeants. photo BCI

    D’UNE BANQUE SANS CLIENT À UN LEADER DE MARCHÉ

    Le projet n’était pourtant pas une évidence pour tout le monde. Les cinq autres banques du territoire soupçonnent la nouvelle venue, d’abord uniquement financée par des fonds publics, de vouloir faire du dumping sur les taux d’intérêt. « C’était une opposition ferme et assumée », se souvient Thierry Cornaille, alors à l’IEOM et aujourd’hui président du conseil d’administration de la BCI. « Si le projet a tenu c’est que l’attente était particulièrement forte ». La structuration prend du temps et ce n’est qu’en 1992 que la BCI ouvre ses premiers comptes de dépôts, émet ses premiers chéquiers. « L’exemple de la Socrédo polynésienne a beaucoup aidé », note Didier Leroux, longtemps membre ou président du conseil d’administration qui rappelle que l’un des artisans de la première heure, le directeur Jean Vernaudon, venait, justement, de la banque publique tahitienne. « L’idée c’était de s’adresser à toutes les clientèles, y compris les plus populaires, et de faire des choix d’investissement moins frileux que les autres établissements ». Une recette qui marche : surfant sur les années fastes de l’après Accords et sur l’afflux d’investissements publics, la BCI, ouvre les premières agences bancaires dans nombre de communes, du Sud aux îles, devient le premier prêteur du territoire dès 1995, dépasse les 30 000 comptes avant le tournant des années 2000 et les 100 milliards d’encours de crédit trois ans plus tard.

    "FIERTÉ" PAS ÉPARGNÉE PAR LA CRITIQUE

    Etait-ce la vocation de la BCI, outil de développement, de prendre une telle place sur le marché face aux banques privées ? « L'appétit vient en mangeant, sourit Thierry Cornaille. Mais la taille a son importance : plus vous avez de clients plus les coûts unitaires sont bas, plus vous avez de dépôts, plus vous pouvez investir. Et les défis d’hier, les inégalités territoriales ou la diversification de l’économie, sont aussi ceux d’aujourd’hui ». Première de la classe, « réussite dont les Calédoniens peuvent être fiers » pour ses dirigeants, la BCI, qui affichaient en 2017 le meilleur résultat net de la place, n’échappe pas aux critiques apportées à l’ensemble du secteur, sur les tarifs bancaires, ou sur la timidité de certains financements. Preuve que le vide qu’elle devait remplir n’est pas entièrement comblé, beaucoup poussent pour la naissance d’une banque postale

     Notre ligne de conduite n’a pas changé

    Thierry Charras-Gillot, à la tête de la BCI depuis 4 ans, partira à la fin du mois. Il doit prendre les rênes de la filiale de la BRED à Fidji. Archives LNCThierry Charras-Gillot, DIRECTEUR GÉNÉRAL DE LA BCI

    La BCI avait été créée avec des missions très spécifiques. Est-ce qu’elle n’est pas devenue une banque comme les autres ?

    Les missions qui ont été définies en 1988 - accompagner le développement, favoriser l’accès aux services bancaires - sont toujours d’actualité et je crois qu’elles donnent un supplément d’âme à l’activité de la BCI par rapport à ses concurrents. Il n’y a rien qui ressemble plus à un découvert qu’un découvert et un prêt qu’à un prêt. Mais la BCI se démarque en ce qu’elle est la seule banque ouverte à tous les Calédoniens et présente sur tout le territoire. Nous sommes les seuls à être présents sur les îles, nous avons le plus grand réseau d’agence, bien installé à l’Ouest comme à l’Est. Il y a des banques très concentrées sur le Grand Nouméa et sur les populations les plus aisées, ce n’est pas notre cas. Quand d’autres réseaux ferment des agences, on en ouvre pour être au plus près des Calédoniens. Notre ligne de conduite n’a pas changé.

    Faire du résultat est indispensable pour pouvoir continuer à prêter

    Les entreprises, petites en particulier, dénoncent les difficultés de financement auprès des banques. La BCI ne devrait-elle pas être exemplaire ?

    Elle l’est : nous sommes les premiers prêteurs de l’économie calédonienne. Nous avons 280 milliards de francs d’encours de crédit, avec un record atteint l’année dernière, où nous avons accordé plus de 71 milliards de francs de prêts amortissables. On ne s’interdit aucun domaine d’activité – nous sommes présents dans des secteurs difficiles où d’autres ne vont pas comme l’aquaculture - et nous avons une prépondérance forte chez les TPE, ou les patentés. À ce sujet, je veux rappeler qu’on a été la première banque à signer des partenariats avec la CMA ou la CCI pour fluidifier le parcours bancaire de leurs ressortissants. On oriente vers eux ceux qui viennent nous voir avec un projet qui doit encore être « bonifié », et ils nous conseillent auprès des porteurs de projets prêts à être financés. Cela dit, nous restons une banque : on accorde des prêts, pas des subventions, et il nous faut systématiquement analyser le risque et les capacités de remboursement.

    Vous avez enregistré un résultat en hausse en 2017, 3milliards après impôts. Est-ce cohérent avec la demande de baisse des tarifs bancaires exprimés par les Calédoniens ?

    Il faut le prendre dans l’autre sens : on est la preuve qu’en affichant les tarifs les plus bas, en ne prenant pas de frais de tenue de compte pour les particuliers - contrairement à 90% des banques au niveau national - on peut faire du résultat. C’est indispensable pour pouvoir continuer à prêter. Je rappelle que la BCI conserve en fonds propres au moins 70% de son résultat. Dans les 30% restants, la moitié revient au territoire, notre actionnaire de référence.

    Vous quittez bientôt la tête de la BCI que vous avez dirigée pendant quatre ans. Y a-t-il pour vous des changements stratégiques à entreprendre dans les années à venir ?

    Le monde bancaire change très vite, via la digitalisation, l’utilisation des smartphones, l’arrivée de concurrents de l’extérieur du secteur bancaire… Les adaptations doivent être permanentes, mais je crois que la BCI a été innovante et va le rester. On a la chance de s’appuyer sur un système d’information propre et qui n’est pas dépendant de la Métropole ou d’ailleurs, ce qui ajoute à notre capacité d’adaptation. Pour ma part cela, a été une fierté de travailler pour cet établissement dont le parcours est remarquable. C’est rarissime de voir une banque créée de zéro et devenir leader. La BCI, c’est un succès calédonien, dont il faut être fier.


    REPÈRES

    Le pays et la Bred

    La Nouvelle-Calédonie détient, depuis 1988, 50% des parts de la BCI. Associée fondatrice représentant l’État, la caisse centrale de coopération économique, devenue Agence française de développement, a peu à peu cédé l’autre moitié des parts à la Bred à partir de 2005. Se croisent donc au conseil d’administration experts et élus nommés par le gouvernement et représentant de ce groupe français qui a apporté l’expérience d’un réseau de 350 agences. « Il y a alignement des points de vue au conseil, assure la direction. La Bred est une banque mutualiste détenue par ses clients, elle a elle aussi des visées de développement ».

    L’activité « reste soutenue »

    Si la BCI a connu une année 2017 exceptionnelle, compensant un certain retrait de la Casden et de la BNC, 2018 ne « battra pas les records » en matière de crédit. Pourtant, les chiffres resteront hauts, y compris en matière immobilière. « On est étonné par la demande qui reste très soutenue », note le directeur.

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