Nouvelle Calédonie
  • Frédérique Ollivaud | Crée le 25.06.2019 à 06h43 | Mis à jour le 25.06.2019 à 06h43
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    Philippe Garbay, devant l’hélicoptère Puma SA330 dont il a pris soin depuis plusieurs années. Photo F.O
    PORTRAIT. Au terme d’une carrière militaire exceptionnellement longue, avec plus de 43 ans sous les drapeaux, le major Philippe Garbay quittera la base aérienne 186 Lieutenant Paul-Klein de La Tontouta le 14 juillet. Mais il n’oubliera pas l’armée puisqu’il officiera au sein de la réserve et participera aux Journées défense et citoyenneté.

    A son actif, quarante-trois années « et demie ! » au sein d’une institution qu’il chérira toute sa vie. A 59 ans, il est désormais temps pour Philippe Garbay de rendre les armes. C’est la raison pour laquelle sa carrière militaire a été mise à l’honneur il y a quelques jours sur la base aérienne de La Tontouta.

    Tout commence en septembre 1975. Philippe a 15 ans et demi et sa vie vient de prendre un tournant décisif. Les résultats du concours de l’armée de l’air sont tombés : il est reçu à la base aérienne 722 de Saintes-Paban, en Charente-Maritime. Petit-fils de poilu de la Première Guerre mondiale, fils de résistant de la Seconde, qui plus est, né un 14 juillet, il semblait prédestiné à une carrière militaire. Pourtant, c’est plutôt par « nécessité alimentaire » qu’il se lance. Cinquième né d’une fratrie de six enfants, sa famille n’avait pas les moyens de lui offrir des études. « À l’époque, j’étais jeune et rebelle, en perte de repères, je me cherchais. L’armée a donné un sens à ma vie », se souvient-il, nostalgique. Il y découvre les joies de la camaraderie, des complicités fraternelles, un cadre dans lequel il s’épanouit et s’intègre dès son premier jour d’école, le 6 janvier 1976. L’armée a rendu son existence passionnante. « Chaque jour est différent, il n’y a pas de place pour l’ennui », s’exclame Philippe. Croquer la vie à pleines dents, prendre du plaisir à ce que l’on fait au quotidien, « avoir constamment la patate », s’amuse celui que l’on appelle affectueusement « major patate ».

    Le sous-officier Garbay entre officiellement dans les forces armées en 1979 comme jeune mécanicien. Il comprend rapidement qu’il ne veut pas être pilote, mais « l’écuyer pour ces chevaliers du ciel que j’admire ». Car « il n’y a rien de plus noble que de prendre soin des autres et, au travers de la réparation et de l’entretien des machines, je jouais mon rôle pour la sécurité des vols, donc pour la sauvegarde de mes pilotes. J’ai toujours été fier de les voir partir en mission, mais surtout comblé de les voir revenir ». Même si cela n’a malheureusement pas toujours été le cas.

    « Un soldat de la paix »

    En 1990, la menace latente d’un conflit armé devient réelle : il est envoyé en tant que chef d’équipe au Moyen-Orient, lors de la première guerre du Golfe. Or, Philippe ne s’est « jamais senti comme un guerrier d’élite, plutôt comme un soldat de la paix ». En tant que technicien, il n’est pas en première ligne, même si le danger n’est pas écarté. C’est le cas au Tchad en 1991, où, encerclé par une milice locale armée, il a cru que c’était la fin : « j’avais l’impression que la densité de l’air avait changé. Le temps s’est arrêté ».

    Fort heureusement pour lui, il a toujours pu compter sur l’appui de sa femme, rencontrée alors qu’il était muté à Strasbourg, « Mado, sans qui je n’aurais pu vivre cette merveilleuse aventure humaine ». Le major reconnaît malgré tout avoir parfois raté de précieux moments en famille. Avec le soutien indéfectible de sa femme, Philippe parcourt le globe. A travers dix-neuf opérations, seul ou en famille, il a l’occasion de découvrir Djibouti, le Tchad, la République centrafricaine, les Balkans, l’Arabie saoudite, la Turquie, le Tadjikistan ou encore l’Afghanistan. Autant d’opportunités qui lui permettent de « Profiter de l’instant présent, car on ne sait pas ce qu’il peut nous arriver demain ». En 2014, l’armée fait appel à Philippe, en Nouvelle-Calédonie en qualité d’adjoint au chef des services techniques à La Tontouta. Initialement, il devait y rester trois ans « puis quatre, puis cinq… ».

    Amoureux du pays

    Au fil du temps, Philippe et Mado tombent amoureux du pays, achètent une maison à Païta et décident d’y terminer leur carrière. « A 59 ans, l’institution a décidé qu’il fallait que j’arrête de jouer, pourtant, je n’aspire pas au repos car je n’ai jamais eu la sensation de travailler, mais plutôt celle de remplir mon devoir pour notre pays. » Le titulaire de nombreuses décorations (Médaille militaire, chevalier de l’ordre national du Mérite) se considère chanceux. « L’armée, c’est toute ma vie. Les gens qui y adhèrent sont avant tout passionnés, ils n’exercent pas un métier, mais une véritable vocation. » Le mécanicien qui a oeuvré sur de prestigieuses flottes de l’Armée de l’air achèvera officiellement sa carrière le 14 juillet prochain, jour de son anniversaire, à bord de l’Alphajet, lors du défilé national à Bordeaux. Son engagement au sein du monde militaire ne s’arrête pas pour autant. « Je me tiendrai toujours disponible, en réserve, si par bonheur on avait encore besoin de moi ». Éternel enfant, Philippe souhaite transmettre sa passion aux jeunes, notamment par le biais des Journées défense et citoyenneté.

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