Nouvelle Calédonie
  • ENTRETIEN AVEC Nathalie Deboucher, docteur en médecine interne au CSSR*
    Propos recueillis par Marion Courtassol / marion.courtassol@lnc.nc | Crée le 10.07.2019 à 05h53 | Mis à jour le 10.07.2019 à 07h22
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    Le Dr Nathalie Deboucher souligne que le microbiote d’une personne est unique que ce soit sur le plan quantitatif ou sur le plan qualitatif. Photo M.C.
    Bactéries, virus, parasites, champignons : ils sont des milliards à se combiner pour former notre flore intestinale, le microbiote le plus important du corps. Cet écosystème unique, formé dès la naissance, est l’un des garants de notre santé.

    Les Nouvelles calédoniennes :

    Qu’est-ce que le microbiote ?

    Le microbiote est un ensemble de plusieurs milliards de micro-organismes qui occupent différents sites du corps. Ce sont des bactéries, des virus, des parasites, des champignons. Il y a plusieurs sortes de microbiotes : buccal, cutané, génital, abdominal… Ce dernier est le plus imposant et le plus important sur lequel on travaille beaucoup. Connaître le microbiote intestinal va permettre de mieux cerner certaines maladies.

    Il intervient sur le plan nutritionnel mais aussi immunitaire.

    Quel rôle joue-t-il dans l’organisme ?

    Le microbiote va intervenir sur le plan nutritionnel mais aussi immunitaire. Un dialogue va se mettre en place avec la cellule intestinale, ce qui va permettre à cette dernière de reconnaître les bactéries amies, et donc de ne pas déclencher la production d’anticorps, ou, a contrario, de déclencher une défense immunitaire en présence de bactéries ennemies.

    Ce qui est assez incroyable.

    Que se passe-t-il si le microbiote est perturbé ?

    Si l’on introduit un changement brutal d’alimentation ou un traitement qui va altérer le microbiote, on va possiblement avoir une émergence de bactéries pathogènes parce que l’équilibre est rompu.

    Dans ce cas, après avoir franchi la barrière intestinale, elles vont peut-être coloniser des tissus et agir dans des domaines beaucoup plus indirects comme l’obésité, les cancers, les allergies ou encore certaines maladies immunitaires.

    On évoque aussi un rôle dans certaines pathologies mentales. Qu’en est-il ?

    On pense en effet qu’il y a un axe cerveau-intestin et que, par le biais de certains médiateurs, on va pouvoir avoir une action directe au niveau cérébral. Il n’y a pas de lien de cause à effet, mais plutôt une association. Des recherches sont en cours pour comprendre comment cela s’associe dans la dépression, la schizophrénie, l’autisme, dans les maladies de l’intestin comme la recto-colite hémorragique ou la maladie de Crohn, ou encore dans l’obésité ou le diabète. On cherche les liens qui existent entre la composition du microbiote, les altérations de son fonctionnement et ce qui se passe au niveau de l’action ventre-cerveau.

    De quand datent les premières recherches sur ce thème ?

    Depuis 2010 environ, grâce au séquençage ADN, on a pu commencer à comparer les microbiotes les uns par rapport aux autres et à les cartographier. Cela a, par exemple, permis d’étudier les différences entre le microbiote d’une personne en bonne santé et celui d’une personne porteuse d’une maladie, en déclinant différentes pathologies. Ce qui a permis d’imaginer de développer la recherche en vue de trouver des moyens thérapeutiques grâce à un microbiote de qualité qu’on pourrait implanter chez un sujet malade pour essayer de voir si cela améliore sa santé.

    Quels sont les premiers résultats ?

    Des tests ont été menés sur des souris. En réalisant une transplantation fécale du microbiote d’une souris mince à une souris obèse, celle-ci a retrouvé un poids normal. Et quand on transplante le microbiote d’une souris obèse à une souris mince, celle-ci devient obèse.

    Au quotidien, à quoi servent ces pistes ?

    Dans mon service, en nutrition, nous avons à la fois de l’obésité et de la dénutrition. Une dénutrition qui intervient de surcroît très souvent à la suite d’une pathologie assez grave. Dans le cadre de l’obésité, cela nous permet d’expliquer au patient qu’en fonction de sa nutrition, il va influencer son microbiote et, donc, agir sur sa santé.

    Quelles recommandations pouvez-vous faire pour « entretenir » son microbiote ?

    Pour être en bonne santé, il faut diversifier son microbiote et éviter de le tuer. Donc, on ne prend des antibiotiques à large spectre que si c’est indispensable.

    Au quotidien, une alimentation variée, que l’on enrichit en fibres, va permettre la diversification du microbiote.

    Pour cela, on privilégie les aliments à l’état brut et on limite les produits industriels qui appauvrissent le microbiote.

    Par exemple, une pomme de terre en robe des champs et une purée industrielle en flocons ne vont pas avoir les mêmes conséquences sur l’index glycémique et donc sur la satiété.

    L’utilisation de produits fermentés comme les yaourts, les fromages ou encore le kéfir est aussi très intéressante.

    CSSR : centre de soins de suite et de réadaptation

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