Nouvelle Calédonie
  • | Crée le 06.07.2019 à 04h25 | Mis à jour le 06.07.2019 à 04h25
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    Le centre médical dans lequel exerçait Jean-Luc Archinard est fermé depuis jeudi. Photo DR
    Faits divers. Victime de multiples vols de voitures et de cambriolages, Jean-Luc Archinard a décidé de quitter Kouaoua et la Calédonie, écœuré par cette situation d’insécurité.

    Il est normalement tenu par le devoir de réserve. Mais « l’omerta qu’on nous impose dans les dispensaires est insupportable ». A 68 ans, Jean-Luc Archinard a pourtant décidé de témoigner, malgré les consignes, de son « écœurement et de son effarement… et encore les mots sont faibles » sur la situation à Kouaoua et sur celle de son dispensaire. « Je suis un médecin de campagne qui aime le contact des gens, précise-t-il. Si je voulais faire de l’argent, j’aurais fait autre chose, en Métropole. J’aurais eu facilement un poste car, là-bas aussi, on manque de médecins. C’était donc un choix humain. Et pourtant, cette fois-ci, je jette l’éponge. »

    Le centre médical où il exerçait est fermé depuis jeudi en réaction à une nouvelle série d’incivilités. Une énième incivilité qui l’a poussé à quitter la Calédonie et son poste, qu’il occupait depuis maintenant trois années.

    « Après avoir été caillassé, cambriolé et m’être fait voler deux voitures en moins de huit jours, je ne supporte plus la situation. Et si ce n’était que ça… Ils m’ont volé mon ordinateur dans lequel j’avais cinq ans de ma vie ! J’y avais stocké cinq livres que j’avais écrits, toutes mes photos et 400 prescriptions. Et pas plus tard que vendredi dernier, j’ai retrouvé ma voiture sur des cales, sans roues ! »

    « Ils auront du mal à trouver un médecin »

    Lui-même n’en revient pas. « Ils m’ont même volé mes papiers ! » Et ce départ est vécu comme un grand gâchis. Car le médecin y voit le harcèlement d’une minorité. « Alors que le reste de la population est attristé par cette situation », tient-il à souligner. « Je ne sais pas pourquoi ils font ça et je vais vous l’avouer, je n’ai même plus envie d’essayer de comprendre ».

    Pour lui, il s’agit du fait de quelques jeunes, la plupart mineurs, qui « se sentent intouchables. Et c’est bien là le problème. Ce sentiment d’impunité et le fait qu’ils sont de fait hors la loi. » Son constat, même s’il refuse de parler d’un seul responsable, est sans concession : « Il y a un déficit d’éducation et d’autorité, affirme-t-il. Quelques personnes suffisent à tout détruire. Je vais le dire : j’ai l’impression de vivre dans une zone de non-droit. Cela met beaucoup de choses en péril. » Car, aux yeux du médecin, le dispensaire est indispensable.

    « Mais ils auront du mal à retrouver un autre médecin, assure Jean-Luc Archinard. Et Dieu sait qu’il y en a besoin. Il y a beaucoup de gens charmants qui vont se retrouver sans soins et cela représente un vrai risque sanitaire. Il faut vraiment que tout cela change, car d’autres personnels soignants, dans d’autres centres, ne sont également pas loin d’abandonner. » Sa décision est donc prise. Jean-Luc Archinard, qui s’était encore donné trois ans d’activité pour le dispensaire de Kouaoua, rentre bien en Métropole. Définitivement ? « J’ai une partie de ma famille ici et je connais la Calédonie depuis 1973, alors je reviendrai certainement. Mais je n’irai plus à Kouaoua ni dans un dispensaire. »

    J.-F.G.

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