Nouvelle Calédonie
  • Par Yann Mainguet / yann.mainguet@lnc.nc | Crée le 25.06.2019 à 06h36 | Mis à jour le 25.06.2019 à 11h47
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    Les questions financières et économiques, comme celles de la Cafat, se placent au coeur des dossiers urgents aujourd’hui sur le bureau du gouvernement. Photos Archives LNC
    Tant que le gouvernement n’a pas de président élu, l’exécutif calédonien peut uniquement traiter les affaires courantes. Les dossiers les plus urgents n’entrent pas dans ce champ, et sont de fait paralysés. Les perspectives de voir un dénouement vendredi s’estompent au fil des jours.

    Sauver le Ruamm

    « Le problème immédiat n’est absolument pas réglé », constate amèrement un partenaire social. Géré par la Cafat, le Régime unifié d'assurance maladie-maternité, ou Ruamm, est dans le rouge, vif. Si aucun versement complémentaire de l'Agence sanitaire et sociale, de la Nouvelle- Calédonie, ou de toute autre source n’intervient, le déficit de trésorerie s’élèvera à 7 milliards de francs à la fin de l’année 2019. En outre, 4 milliards de dettes seront générés, auprès des hôpitaux publics - à près de 95% - pour leur fonctionnement, les médicaments coûteux, etc, ainsi qu’auprès des provinces. Conclusion, ce fléchissement du régime est intenable.

    D’autant qu’à très court terme, des urgences clignotent. Dès le mois prochain, les salaires des employés du Centre hospitalier du Nord à Koné - un CHN en pleine montée en charge - pourraient ne pas être versés. Dans la foulée, en août ou septembre, le Médipôle sera aussi dans l’embarras.

    Ainsi « il nous faut trouver rapidement des ressources » notent en choeur des administrateurs de la Cafat. Des pistes ont été évoquées : déplafonnement des cotisations, relèvement de la Contribution calédonienne de solidarité (CCS), versement d’une fraction de la TGC, réductions de dépenses, emprunt d’urgence auprès d’un fonds excédentaire, etc. Quoi qu’il en soit, les prélèvements et/ou les réductions demandent une convergence politique.

    Préparer le « BS »

    La préparation par les services du gouvernement, puis le vote du budget supplémentaire, ou « BS », au Congrès, constituent un acte fort d’une année politique. Et pour cause, ces ajustements comptables postbudget primitif, ou « BP », sont autant attendus qu’essentiels pour des programmes et projets. Bref, pour des avancées de tout ordre. Or cette présentation du budget supplémentaire est hors champ des affaires dites courantes dont le traitement est aujourd’hui assuré par l’exécutif sortant. Un gouvernement installé doit donc être en place pour concevoir ce « BS ».

    Assurer la relance

    Il y a une semaine, l'Institut d'émission d'outre-mer a évoqué « une économie à « marée basse » » ayant atteint une sorte de « plancher » en début d’année. Un climat des affaires historiquement bas, des prix à la baisse mais une morosité de la consommation, le BTP très inquiet... L’économie n’est pas en récession, toutefois un retour de confiance est souhaité pour doper l’activité, et ainsi dégager des marges de manœuvre financières. L’impulsion du gouvernement dans ce contexte est bien sûr clé.

    Travailler sur la TGC

    Deux pans de la Taxe générale sur la consommation intéressent dès aujourd’hui l’exécutif. Tout d’abord, le rendement de la TGC qui doit être fidèle aux prévisions. Enfin, la sortie du régime de contrôle des marges instauré depuis la mise en place de la TGC doit être préparée, afin d’éviter un choc inflationniste. La mesure d’encadrement prendra fin le 30 septembre prochain.

    Négocier avec la SLN

    Un des trois leviers du plan de sauvetage de la SLN reste en suspens : la réduction à court terme du prix de l’énergie. Le tarif de l’hydroélectricité de Yaté est à l’heure actuelle de 16 francs le kilowattheure. Une baisse est souhaitée. Les discussions ont débuté avec le précédent exécutif. La Société-Le Nickel attend « que le nouveau gouvernement soit installé pour pouvoir aboutir à un traitement rapide du sujet ».


    Sauf miracle, il n’y aura pas de président élu vendredi

    Par Philippe Frédière

    Philippe Germain ne va sans doute pas céder le flambeau à Thierry Santa dès vendredi.

     

    C’est dans trois jours, vendredi à 9 heures, que le haut-commissaire réunira pour la deuxième fois les onze membres du gouvernement élus jeudi 13 juin par le Congrès de la Nouvelle-Calédonie. Mais cette séance a aussi peu de chances d’aboutir que la précédente.

    Le 13 juin, sitôt élus, les membres du gouvernement avaient été convoqués par le haut-commissaire pour désigner leur président et leur vice-président. Cette formalité est la condition indispensable pour que l’exécutif soit pleinement en exercice et pour que ses membres puissent se répartir les différents secteurs d’animation. Tant qu’il n’y a pas de président, c’est l’exécutif précédent (dirigé par Philippe Germain) qui expédie les affaires courantes. Ce jour-là, trois candidats avaient postulé. Thierry Santa pour l’Avenir en confiance allié à l’Eveil océanien, Gilbert Tyuiénon pour l’UC, et Jean-Pierre Djaïwé pour le Palika, signe de divergences de vue côté indépendantiste.

    Divergences

    Mais côté loyaliste, la divergence s’est manifestée par l’abstention de Philippe Germain. Thierry Santa n’a obtenu que cinq voix sur les six que compte le camp non-indépendantiste. Il y a toutes les chances pour que Philippe Germain adopte la même posture vendredi. Entre Calédonie ensemble et l’Avenir en confiance, les discussions ont été brèves, rares et lapidaires ces dix derniers jours. Le parti de Philippe Gomès attend qu’une vice-présidence lui soit octroyée à la province Sud, ce que refuse l’entourage de Sonia Backès bien qu’il ait revu sa position sur un point identique envers l’Eveil océanien.

    Les mouvements indépendantistes se réunissent ce week-end

    Les indépendantistes ne débloqueront pas non plus la situation dès vendredi. Samedi, l’Union calédonienne se réunira en comité directeur. Dimanche, le Palika tiendra une assemblée générale. La semaine prochaine, les deux mouvements se réuniront d’abord entre eux pour tenter d’adopter une position commune. On prête à une partie de l’UC (celle du Sud) la tentation de donner un coup de pouce à Thierry Santa. Mais au Palika, la ligne est beaucoup axée sur une démarche unitaire vers l’indépendance, avec une préférence avérée pour d’éventuels rapprochements avec Calédonie ensemble.

    Seule certitude, les deux mouvements indépendantistes prendront leur temps. En 2015, puis en 2017, ils étaient intervenus pour débloquer des gouvernements à majorité loyaliste. Mais c’était à chaque fois au bout de trois mois et demi de paralysie.


    Douzièmes

    Si aucun président n’était élu avant la fin de l’année, le budget 2020 ne pourrait être adopté, ni la politique économique voulue par l’Avenir en confiance.


    Trois mois et demi

    C’est la durée qui a été celle de chacun des deux précédents blocages : de décembre 2014 à avril 2015 et d’août à décembre 2017.


    Deuxième

    C’est la deuxième fois qu’un gouvernement issu directement des provinciales est empêché de s’installer. La première fois, c’était à cause de l’impossibilité d’élire, non pas le président, mais le vice-président, et c’était le fait du camp indépendantiste.

     

    Les précédents blocages

    Le 14 décembre 2014, le gouvernement présidé par Ligeard depuis six mois est renversé par Calédonie ensemble. Au lendemain des élections provinciales de mai 2014, un « contrat de gouvernance solidaire » avait été conclu entre les principales formations non-indépendantistes. A Philippe Michel (CE) la présidence de la province Sud, à Cynthia Ligeard (Rassemblement) celle du gouvernement, et à Gaël Yanno (MPC) le perchoir du Congrès.

    La belle entente fait long feu. Sauf que renverser un président est une chose, en élire un nouveau en est une autre. Pendant des mois, les membres Rassemblement de l’exécutif ainsi que Sonia Backès refusent d’apporter leurs voix à Philippe Germain.

    Il faut attendre le 1er avril 2015 pour que les quatre partis du FLNKS décident « sans contrepartie » d’apporter leur soutien à Philippe Germain qui est élu avec six voix et plusieurs absents…

    En août 2017, c’est la démission de Philippe Dunoyer, élu député, qui provoque un remaniement gouvernemental. Le seul changement est l’arrivée de Nicolas Metzdorf. Mais il faut en passer par la réélection de Philippe Germain. Problème, Christopher Gygès, qui a remplacé Sonia Backès, ne lui apporte pas sa voix. Il faut attendre décembre 2017 pour que les indépendantistes, cette fois à l’unisson, ne sauvent le soldat Germain.

    Cette fois, c’est lui qui joue le rôle du grain de sable. A une différence politique près : le blocage frappe un gouvernement issu des élections provinciales. Pas un exécutif en cours de remaniement.

    Le gouvernement élu le 13 juin n’a toujours pas de président. Photo Archives

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