Nouvelle Calédonie
  • Frédérique Ollivaud | Crée le 09.07.2019 à 07h04 | Mis à jour le 09.07.2019 à 07h04
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    Soeur Mary Lembo en visite sur le territoire afin d’encourager les victimes d’abus sexuels à sortir du silence. Photo FO
    RELIGION. Sœur Mary Lembo était en Nouvelle-Calédonie pour faire de la prévention contre les abus sexuels au sein des structures liées à l’Eglise catholique. Un problème qui est, selon elle, sociétal.

    C’est la fin d’un périple de deux mois pour soeur Mary Lembo, qui s’est envolée vers la Polynésie dimanche dernier. Sur invitation de la Conférence des Evêques du Pacifique (CEPAC), cette doctorante en psychologie de l’Université pontificale grégorienne de Rome a été envoyée dans la partie francophone de la région. Au Vanuatu, à Wallis, en Nouvelle-Calédonie puis à Tahiti, la sœur a pour mission de sensibiliser et éduquer à la lutte contre toute forme de maltraitance.

    « Nous encourageons les gens à parler. Les personnes doivent s’exprimer, pour dire leur colère, leur déception, ou leur tristesse par rapport à ce qu’il s’est passé dans l’Eglise pendant des années, et dont la gestion a été négligée. Et nous écoutons ». Car trop longtemps resté silencieux, l’épiscopat a enfin décidé de mesurer l’ampleur du fléau qui ébranle les fondements même de son église. Depuis une vingtaine d’années, l’on recense près d’un millier de personnes qui auraient été victimes d’abus par des membres du clergé dans le monde entier. Le centre de protection des mineurs à Rome, rattaché à l’Université pontificale, a été créé pour traiter les cas d’abus dans les églises locales. De vastes programmes d’écoute et d’aide aux victimes se sont déployés dans le monde. Soeur Mary Lembo insiste sur la nécessité pour les victimes d’obtenir justice. « Par le passé, il n’y avait pas de directive élaborée pour les victimes. Aujourd’hui, il existe des commissions de recours dans chaque pays ». La doctorante précise toutefois qu’il n’y a pas de cas d’abus actuels sur le territoire. « Je suis là pour la pédagogie et la psychologie clinique. Ma mission est de sensibiliser et d’informer par rapport à toute forme d’abus physique ou émotionnel, de maltraitance, de négligence, d’inceste, tout ce qui contribue à réduire ou à humilier l’humain. Cela s’applique par ailleurs à l’ensemble de la société. Il faut restituer aux victimes d’abus sexuels leur dignité en tant qu’être humain ».

    La question du célibat

    De nombreux débats sont centrés autour de la question du célibat des prêtres. Ne serait-ce pas en inadéquation avec la nature humaine, et cela pourrait-il favoriser la pédophilie ? « Possible, répond Mary Lembo. Peut-être que la pédophilie est due au fait que la personne consacrée qui n’est pas mariée gère difficilement ses pulsions sexuelles ou les réprime. Or, en dehors de l’Eglise, un pédophile pourrait être n’importe qui, en réalité. Alors effectivement, ce serait probablement une solution. Il n’est pas sûr selon moi que cela réglera le problème de fond des abus en tous genres. Il faut creuser. Car la sexualité ne se limite pas à sa dimension purement génitale, c’est aussi une relation affective avec une autre personne. Acceptation, confiance, consentement... avant d’entrer dans une relation profonde d’intimité. Il y a un vrai travail de fond à effectuer sur ces questions, d’où ma venue, et ce que je continuerai de faire. »


    La confession ne suffit pas à obtenir le pardon

    Différentes sanctions sont appliquées par l’Eglise en fonction de la gravité du crime. L’institution religieuse dispose d’un ensemble de lois et de règlements réunis sous le nom de Code de droit canonique de rite latin, qui se présente comme un véritable système de droit. Récemment, l’abbé Bernard Preynat, accusé d’agressions sexuelles sur de jeunes scouts en région lyonnaise, a été condamné à la peine la plus lourde par la justice ecclésiastique. Il a été réduit à l’état laïc. Concrètement, cela signifie qu’il lui est désormais impossible d’exercer tout ministère, quel qu’il soit, de manière définitive. Une manière inédite pour le pape de signifier que de tels actes ne seront plus tolérés.

    Curie romaine et justice civile

    Du côté de la justice civile, qui prime sur la loi canonique en cas de conflit (même si elle a une obligation de respect des cultes), le cardinal Barbarin a été condamné à six mois de prison avec sursis pour ne pas avoir dénoncé Preynat.

    Concernant le jugement, si la victime n’est pas en accord avec la condamnation de la curie romaine, elle peut se tourner vers la justice civile sans que l’institution catholique, en théorie, ne s’interpose.

    Suffit-il de se confesser pour être pardonné ? A cette question soeur Mary se montre claire « Dans le droit canonique sont mentionnés des péchés dont la gravité est telle qu’il faut les réparer. Il ne suffit donc pas de se confesser pour obtenir la miséricorde de Dieu. Il est vrai que celui à qui l’on se confesse est tenu au secret. Il peut néanmoins demander à un agresseur de lui retenir l’absolution et lui suggérer de réparer son acte, en l’invitant à se dénoncer, par exemple. Mais l’Eglise agit comme une mère, il s’agit également de restaurer la dignité de ces personnes par la suite. Ce seront toujours des enfants de Dieu »F.O

    Les victimes peinent encore à se faire entendre

    C’est par cette phrase de Saint Paul que le pape François a ouvert sa Lettre au peuple de Dieu en 2018. Le chef de l’Eglise a ainsi démontré qu’il avait pris en compte les faits gravissimes d’abus sexuels, qu’il ne peut aujourd’hui plus dissimuler. En agissant en conséquence et faisant preuve de fermeté, il réagit face à l’omerta qui règne sur le monde catholique depuis des décennies. Il est temps pour l’institution de lever le voile de l’horreur des abus sexuels et de se donner les moyens d’éradiquer la pédocriminalité dans les rangs du clergé. Un an après avoir réfuté les accusations contre un évêque soupçonné d’avoir couvert des actes de pédophilie, le pontife argentin a convoqué en février 2019 à Rome plus d’une centaine d’évêques et de cardinaux venus des cinq continents. Il était question de débattre des abus et des moyens d’y mettre fin.

    Pour autant, les associations de victimes (enfants, nonnes ou jeunes séminaristes...) peinent encore à se faire entendre.

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