Nouvelle Calédonie
  • Par Jean-Alexis Gallien-Lamarche et Julien Cinier | Crée le 18.08.2018 à 04h25 | Mis à jour le 20.08.2018 à 11h29
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    Les protestataires, dont Hollando Nimoiri (en gris) est le porte-parole, ont installé leur camp à côté de l’accès à la mine qu’ils bloquent depuis le 6 août. Outre le rejet de l’exploitation de deux nouveaux gisements par la SLN, ces « jeunes » dénoncent
    Depuis l’annonce de la SLN de fermer le centre minier, le village de Kouaoua a pris des allures de ville fantôme. Les discussions entre les manifestants, les coutumiers et l’industriel sont au point mort. Face à ce conflit inextricable, l’État veut jouer le rôle de médiateur.

    A Kouaoua, le silence règne en maître. Dans une commune qui vit au ralenti depuis une dizaine de jours et le blocage de l’accès aux mines de Méa et Kiel, le bruit des camions et le bourdonnement de la Serpentine ont laissé place au vide donnant au temps l’impression qu’il passe plus lentement. Le village, déserté par les salariés de la SLN redéployés en urgence sur les mines de Tiébaghi (Koumac), Kopéto (Népoui) et du Plateau (Thio) a des allures de ville fantôme : l’unique restaurant reste portes closes, la mairie est ornée de graffitis injurieux contre le maire et il faut de la chance pour trouver âme qui vive dans les rues. Il n’y a peut-être qu’un endroit à Kouaoua où le silence n’est pas roi. Il faut emprunter une petite route en terre, à peine carrossable, à une dizaine de minutes de l’entrée du village, pour rencontrer « les jeunes ». Ceux qui ont protesté il y a une dizaine de jours en bloquant l’accès à la mine de Kouaoua, forçant ainsi la SLN à annoncer mardi la fermeture du centre minier jusqu’à nouvel ordre. Un désastre économique pour l’industriel en situation de pertes financières depuis six ans et qui lutte chaque jour pour « sa survie », selon ses propres termes.

    Les protestataires, « conscients de l’impact sur l’économie, sur l’activité du four de Doniambo, sur les familles de Kouaoua », estiment que leur « combat est plus fort » : celui de faire plier la SLN pour qu’elle renonce à exploiter trois gisements, « Mont-Calm », « Chêne-gomme » et « Byrza », qui représenteraient près de 40 % de la production de minerai à Kouaoua pour 2019.

     

    La SLN promet « 2 % de chênes-gommes impactés »

    « On ne peut pas détruire tout un écosystème, il faut protéger la mère nature. Ces montagnes abritent des chênes-gommes qui sont des arbres endémiques, des nids de cagous, de roussettes… Et puis ces endroits sont tabous pour nous ». Assis sur un banc en bois sous un arbre, Hollando Nimoiri, une tasse de café dans une main, un acte d’huissier de justice ordonnant l’expulsion de leur campement sur ses genoux, tient à préciser. « On n’est pas là pour demander que la mine de Kouaoua ferme. Pas du tout. On sait que des familles vivent grâce à la SLN. Ce qu’on veut, c’est qu’elle n’exploite pas les montagnes au-dessus de la tribu », revendique-t-il. Le porte-parole des protestataires évoque, pêle-mêle, « les rivières polluées où l’on ne trouve plus de crevettes mais des pneus de camions », « les promesses de la SLN de construction d’un terrain de foot et d’une église jamais tenues », « l’écosystème qui vaut bien plus que les milliards de la SLN ».

    Il semblerait qu’un manque de dialogue évident ait conduit à cette situation qui met désormais la commune à genoux. En réponse aux revendications des « jeunes », la SLN rappelle que « 2 % des chênes-gommes, soit 717 sur plus de 33 000 estimés sur Kouaoua, seront impactés par la mine », que « quatre fois plus d’arbres seront réintroduits que le nombre de ceux coupés » et qu’« une zone de conservation de la biodiversité » sera créée.

    Si les manifestants se font appeler « les jeunes » - certains ont pourtant une quarantaine d’années -, c’est pour marquer leur différence avec ceux qu’ils surnomment « les vieux » à l’encontre desquels ils ressentent beaucoup de colère.

     

    Les « vieux » pointés du doigt par « les jeunes »

    « Ça fait du mal de voir que les coutumiers ne pensent pas à nos montagnes, qu’ils les abandonnent contre de l’argent », dit Steeve. Roland s’interroge : « Qui se cache derrière qui ? Les coutumiers derrière la SLN ? La SLN derrière les coutumiers ? On veut connaître la vérité, on ne connaît pas les petits arrangements entre eux, les accords du contrat ». Hollando Nimoiri reprend la parole et évoque « un protocole d’accord » entre eux, la SLN et les coutumiers comme seule sortie de conflit.

    En attendant, le bras de fer se poursuit. Que seul un acteur, perçu comme neutre par tout le monde, peut résoudre : l’État. Si la solution de l’expulsion par la force n’est pas envisagée, l’État privilégie pour l’instant le dialogue et la négociation entre toutes les parties (lire en page 5). Inutile de dire que la sortie de crise n’est pas une option. Elle est indispensable à la survie de Kouaoua.

     

    1 452

    habitants à Kouaoua en 2014 contre 1 586 en 2004. Au village, environ 400 personnes vivent dans les maisons de la SLN. La commune est gérée par le maire Alcide Ponga, élu en 2014.

    18 mois ferme

    C’est la peine infligée à un homme pour avoir incendié le 11 juin la Serpentine. Le prévenu avait été remis en liberté après son jugement.

    600 000 tonnes

    de minerai sont produites à Kouaoua par an. Cela représente 20 % des 3 millions de tonnes envoyées, tous sites confondus, à Doniambo.

    Nous n’envisageons pas de fermer le centre

    Bernard Laflamme, directeur général de la SLN, en juin dernier.

    Repères

    Une autorisation d’exploiter en 2017

    La SLN a précisé les conditions et les autorisations d’exploitation de « Chêne-gomme » et « Mont-Calm ».

    « Les coutumiers et les riverains ont été consultés (10 réunions dont 6 avec les coutumiers du district entre 2014 et 2018). La province Nord, après avoir imposé de nombreuses conditions à la SLN, a délivré un arrêté d’autorisation d’exploiter en juin 2017 ». Et d’ajouter : « la SLN a répondu à chacune des conditions et a commencé la préparation du chantier (pistes…) qui permettra l’exploitation. Une visite de l’avancement du chantier a eu lieu avec les coutumiers le 31 juillet 2018 ».

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