Nouvelle Calédonie
  • Esther Cunéo | Crée le 15.08.2018 à 04h25 | Mis à jour le 15.08.2018 à 04h25
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    Bien que vecteur d’un cortège de maladies dont le paludisme, l’espèce n’a pas la réputation d’être très habile, à en croire les rares études qui la décrivent.Crédit photo archives LNC
    Santé. Introduite l’année dernière, l’Anopheles bancroftii s’est vraisemblablement acclimatée à la Nouvelle-Calédonie, après avoir survécu à l’hiver et à un vaste plan d’éradication.

    Un an après sa découverte à Païta, puis à La Tontouta, l’Anopheles bancroftii est toujours là. Et il a fait des petits. En témoigne la découverte lundi, de l’Institut Pasteur, dont les pièges lumineux à dégagement de CO2 ont capturé par hasard trois femelles du côté de La Ouenghi. Soit à 12 kilomètres du tout premier point de détection. Aucun doute pour l’institut. La bestiole « décrite en Australie comme une espèce qui pullule », est bel et bien en train de coloniser le pays. « Elle n’a pas juste été introduite, elle a fait quelques cycles et elle a résisté à l’hiver », commente Nicolas Pocquet, entomologiste à l’institut.

    Mais l’insecte a aussi survécu au plan de lutte antivectorielle lancé l’année dernière afin d’éradiquer deux espèces. L’Anopheles bancroftii certes, mais aussi l’Aedes scutellaris, introduite au même moment. Des épandages de Delthamétrine et de BTI (un larvicide biologique) avaient alors été pulvérisés sur un rayon de trois kilomètres autour des zones de détection.

    « C’est plutôt rare d’éradiquer complètement une espèce», nuance l’entomologiste, pointant « le taux de reproduction très important » de l’anophèle.


    « Une espèce pas très compétente »

    En témoigne la découverte d’autres individus, capturés un peu partout sur la Grande Terre par les autorités sanitaires. En l’occurrence à Koné, à Moindou, à La Foa, et à Boulouparis. Vecteur d’un cortège de maladies infectieuses telles que le paludisme, la filariose lymphatique, le virus Ross River, ou encore le virus Sindbis, le nouveau venu et son installation sur le Caillou ne présagent rien de bon.

    Reste à déterminer sa « compétence vectorielle », c’est-à-dire « sa capacité à s’infecter par le virus, à assurer le développement du parasite dans la salive, et à le retransmettre » développe Nicolas Pocquet. « L’espèce n’est pas réputée pour être très compétente, et les traitements contre le paludisme sont aujourd’hui d’une grande efficacité » rassure Vincent Richard, directeur de l’Institut Pasteur de Nouvelle-Calédonie. Opportuniste, l’Anopheles se contente de piquer ce qu’elle trouve entre les hommes et les animaux. Sa distance de vol peut atteindre trois kilomètres, d’où son développement dans des gîtes naturels.

    Cependant les données sur l’écologie de l’espèce, très peu étudiée, donc très peu connue, restent fragmentaires. Fort heureusement, l’Anopheles compte un expert chez nos voisins de l’Île-Continent.

    esther.cuneo@lnc.nc

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