Nouvelle Calédonie
  • Esther Cunéo / esther.cuneo@lnc.nc | Crée le 16.04.2019 à 04h25 | Mis à jour le 16.04.2019 à 07h10
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    Sur le site de l’Ifremer, à Port Ouenghi, Nelly étudie le métabolisme respiratoire des crevettes. Photo E.C.
    PORTRAIT. Pour les 30 ans du dispositif Cadres avenir, Les Nouvelles vous proposent une série de portraits. Chercheuse en physiologie des crustacés à l’Ifremer, Nelly Wabete a développé un outil de gestion afin de diminuer la mortalité des crevettes d’élevage.

    D’un tempérament discret, Nelly Wabete a hésité un moment avant d’accepter de se prêter au petit jeu du portrait. « C’est bien parce que c’est 400 cadres… » confie la chercheuse en physiologie des crustacés à l’Ifremer. Car si l’éminente scientifique en est là aujourd’hui, c’est notamment grâce à ce dispositif né en 1988 des Accords de Matignon. « A partir du moment où ils m’ont proposé une bourse, j’ai tout fait pour la garder » sourit la quadragénaire. Soit sept ans d’études, et un parcours sans faute pour Nelly, née à Nouméa, où elle a fait toute sa scolarité. Jeune fille, pourtant, elle ne se voyait pas faire de longues études.

    Aînée d’une fratrie de quatre enfants, Nelly est consciente assez tôt de son rôle de grande sœur, et refuse d’être un poids pour ses parents qui, dès son plus jeune âge, la poussent à réussir. « Ils n’ont pas eu la chance de faire de grandes études, ils se sont formés sur le tas », raconte Nelly. Originaire de Tiga, son père alors comptable à NMC (Nickel Mining Corporation), lui montre l’exemple. Travaillant dur, il revient souvent à la maison plusieurs dossiers sous le bras. « On n’a rien sans rien » lui assènent ses parents, soulignant la nécessité pour une femme de gagner son indépendance économique.

    La science chevillée au corps

    « On avait vécu les Evénements petits, on devait montrer ce que l’on était capable de faire, c’était normal » indique Nelly. Persuadé que la filière scientifique lui ouvrira plus de portes, son père l’encourage à passer un Bac C (ancêtre du Bac S, option Maths), considéré à l’époque comme la filière de sélection des élites.

    La jeune fille, de toute façon, a la science chevillée au corps. Inspirée par ses oncles, eux-mêmes anciens étudiants en biologie marine et en agriculture, elle nourrit au fil du temps une grande curiosité pour la science de la vie. « J’aimais tout ce qui était vivant, le médical et la recherche sur les plantes médicinales en particulier. »

    Après un DUT de biologie appliquée à l’IUT de Caen, en Normandie, la jeune fille enchaîne les stages. L’Institut Pasteur de Nouvelle-Calédonie, le laboratoire de biochimie et d’hémostase du CHT, le « procédé de recyclage des tablettes de chocolat » à Nestlé, « l’étude des lactobacilles isolés de poisson fumé » au laboratoire de physico-chimie de Caen. « Je testais un peu les différents secteurs pour savoir ce que je voulais faire ». Pas le temps de s’amuser, ni de parcourir la région. « Ma première année en Normandie, je ne faisais que ça : bosser. Le dépaysement était dur. Il était hors de question pour moi d’être en deuxième session, j’avais trop envie de rentrer chez moi pour les vacances. » Après le DUT, pourtant, et au regard de ses bons résultats, le dispositif 400 cadres la pousse à continuer : un diplôme d’ingénieur en génie biologique à Clermont-Ferrand en 2001, un DEA, puis un doctorat océanographie et écophysiologie à l’Université de Bordeaux (*), avec une thèse sur le métabolisme respiratoire et nutritionnel chez la crevette bleue. « Ça m’intéressait parce qu’il y avait un intérêt économique et une application au cas de la Nouvelle-Calédonie. »

    Deuxième production d’élevage du pays, et deuxième secteur à l’exportation en 2005, la crevette souffre en effet d’une forte mortalité en hiver, conduisant à un arrêt de la production pendant cette saison et constituant un frein au développement. Recrutée en 2006 à l’Ifremer, Nelly se consacre depuis à l’étude de ces petits crustacés, pour les aider notamment à survivre aux variations de température.

    * Une thèse de trois ans financée par la province Nord

    Bio express

    1994 Baccalauréat C

    1997 DUT de biologie appliquée à l’IUT de Caen.

    2001 Ingénieur en génie biologique option génie des protéines à l’Institut des sciences de l’ingénieur de Clermont-Ferrand.

    2002 Des sciences naturelles et DEA environnement et paléoenvironnement océaniques et côtiers, Université de Bordeaux.

    2005 Doctorat océanographie, écophysiologie, Université Bordeaux. Etude écophysiologique du métabolisme respiratoire et nutritionnel chez la crevette bleue.

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