Nouvelle Calédonie
  • Anthony Tejero | Crée le 08.12.2018 à 04h25 | Mis à jour le 08.12.2018 à 04h25
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    Hier, les drapeaux tricolores ont envahi les abords du haussariat lors du premier rassemblement du collectif Plus jamais sans ma voix. Photo Julien Cinier et A.T.
    Société. Près de 500 Calédoniens se sont rassemblés, hier, devant le haussariat afin de réclamer le droit de vote aux prochaines échéances. A savoir les élections provinciales et le(s) référendum(s).

    Sur le papier, c’était une manifestation « apolitique », mais sur place, hier, la myriade de drapeaux bleu blanc rouge secoués en l’air par une foule qui chante la Marseillaise, donnait le ton. Plusieurs centaines de Calédoniens _ 500 selon les organisateurs _ ont répondu à l’appel du collectif « Plus jamais sans ma voix » qui leur avait donné rendez-vous devant le haussariat. Leurs revendications sont claires : obtenir le dégel du corps électoral tant pour les élections provinciales que pour les prochaines échéances référendaires (lire en page 5).

    « On ne peut pas continuer à passer sous silence 40 000 non-votants sur un territoire qui compte près de 300 000 personnes, a d’emblée lancé leur porte-parole Brigitte Le Gall. Nous voulons un droit de vote pour tous les gens installés durablement en Calédonie. Aujourd’hui, nous sommes dans un déni de démocratie. A part dans les pays totalitaires où effectivement on peut priver des gens de droit de vote, je ne connais aucune démocratie qui accepterait cet état de fait. Si on reporte à la population française cela ferait 9, 4 millions de gens qui aujourd’hui ne pourraient pas voter. »

    Afin d’essayer de peser dans les débats, lors du prochain Comité des signataires, le 14 décembre à Paris, le collectif a ainsi déposé un courrier au haut-commissaire. « C’était notre première action à mener d’extrême urgence. Bien que l’on nous dise que nous n’avons aucune chance que cela aboutisse, nous avons vraiment espoir car nous sommes animés par une foi en nos droits, poursuit la porte-parole, jugeant bon de préciser que « d’autres actions sont possibles ».

    « Cette lettre, c’est une manière de dire à l’Etat : regardez, on existe. Ne nous oubliez pas, renchérit Dominique Lereuil, membre du collectif, débarqué sur le Caillou voilà quatre ans. Aujourd’hui, on veut revendiquer qu’on est des citoyens, qu’on participe au développement du pays et que l’on veut continuer de s’investir, tout en ayant nos droits. »


    « On a fait le dos rond pendant vingt ans »

    Pour ce faire, le collectif interpelle l’ensemble des partis politiques, loyalistes en tête. « Nous sommes apolitiques, et je dirais même différemment : nous sommes tout politique. Nous avons tapé à la porte de tous les partis sans exception. Certains nous ont déjà reçus et écoutés, comme le député Philippe Dunoyer (Calédonie Ensemble) et Virginie Ruffenach (Rassemblement LR), détaille Brigitte Le Gall. Nous demandons le droit de vote pour tous les exclus quelles que soient leur tendance et leurs idées politiques. » Et plus particulièrement pour les nouvelles générations. « Il faut évoquer le cas de ces enfants nés ici de parents qui n’ont pas le droit de vote et qui, à leur tour, ne pourront pas non plus voter aux provinciales (lire par ailleurs), insiste la porte-parole, arrivée sur le Caillou, en 1997. On a fait le dos rond pendant vingt ans au nom de la paix sociale, mais aujourd'hui, au lendemain du 4 novembre, cela ne peut plus durer. Il est temps que cela change. »


    Quid des enfants nés ici ?

    Les règles sont complexes pour les enfants nés en Nouvelle-Calédonie. Ainsi, pour avoir le droit de vote au référendum 2018, il suffisait d’être né ici et d’y avoir ses intérêts moraux et matériels. Pour les élections provinciales, les critères sont plus restrictifs et se basent sur la notion de parentalité : un enfant dont l’un des parents a le droit de vote en Calédonie aura le droit de vote. A l’inverse, un enfant dont aucun parent n’a ce droit, n’a pas non plus de droit de vote.

    &nak;QUE PENSEZ-VOUS Du… gel du corps électoral ?

    P

    Je suis un paria. Je suis complètement investi et je n’ai pas de droit de vote. On veut bien que je participe à l’activité économique du pays, mais pas à la vie du pays. Je suis arrivé ici en 2000 car ma femme voulait rentrer au pays, ce qui est légitime car je l’avais kidnappée pendant 35 ans en la gardant en Métropole ! Nos enfants nous ont rejoints. Tous, sauf moi, ont le droit de vote au référendum. Ma vie est ici désormais. A mon âge, je ne vais pas partir. Et je travaille encore car je n’ai pas de retraite.

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    A

    Cela fait 23 ans que je vis en Calédonie. J’y ai fondé ma famille. Et c’est ici que j’ai vécu le plus dans ma vie. Je suis originaire du Maroc, fille d’émigrés en France. Depuis que je suis Française, j’ai toujours voté. En Calédonie, je peux voter aux provinciales mais pas au référendum. Le 4 novembre, mon fils et mon mari sont allés voter et je suis restée à la maison. Je le prends mal car je me sens exclue. J’aimerais exprimer ma voix aux prochains référendums. Je pense être suffisamment investie dans le pays. Je suis infirmière scolaire, j’apporte ma pierre à l’édifice, alors j’aimerais apporter mon bulletin dans l’urne…

    r

    Je suis là pour obtenir le droit de vote aux provinciales, pas au référendum. Vu le contexte, je comprends. Cela ne fait que cinq ans que je vis ici, mais cela fait vingt ans que je partage cette histoire avec mon mari, originaire de Thio. Je suis vraiment en colère de ne pas voter aux provinciales et je me battrai jusqu’au bout. J’enseigne l’histoire et la géographie et je dis toujours à mes élèves qu’en République, on a des droits et des devoirs, alors que je n’ai pas accès à ces droits. C’est de l’ostracisme et c’est dangereux. Dans l’histoire, cela n’a jamais été bon de diviser un peuple.

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