Nouvelle Calédonie
  • ENTRETIEN AVEC Grégoire Bernut, ancien élu des Républicains calédoniens
    Propos recueillis par Philippe Frédière / philippe.frediere@lnc.nc | Crée le 11.07.2019 à 04h25 | Mis à jour le 11.07.2019 à 06h52
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    Grégoire Bernut a longtemps fait route avec Didier Leroux puis a été le suppléant d’Harold Martin aux élections législatives de 2017 dans la deuxième circonscription. Crédit photo : Thierry Perron
    Ancien élu au Congrès dans le groupe Les Républicains calédoniens, Grégoire Bernut a quitté le mouvement au lendemain du référendum du 4 novembre 2018. Il vient de rejoindre le parti créé par Nicolas Metzdorf et Nina Julié. Explications.

    Les Nouvelles calédoniennes :

    Vous avez quitté Les Républicains calédoniens et n’avez pas participé aux élections provinciales. Vous n’êtes donc plus élu au Congrès. Qu’est-ce qui a motivé cette prise de distance ?

    J’ai décidé de me mettre en retrait dès le lendemain du référendum. Depuis des mois je n’étais plus en phase avec leur ligne que je juge trop radicale. Et cela s’est renforcé à l’approche des élections provinciales.

    Générations NC défend l’identité calédonienne au sein de la France. 

    Il y a un écart entre les discours et les actes, j’en veux pour preuve ce qu’il s’est passé avec l’élection de Gilbert Tyuiénon. S’agissant du corps électoral, de la vie chère, du nickel ou de l’avenir institutionnel, des promesses ont été faites, elles me paraissent intenables dans le nouveau contexte post-électoral. Je tiens à préciser que je n’ai jamais adhéré à l’Avenir en confiance.

    Vous avez des exemples concrets de désaccords ?

    Je suis mal à l’aise quand j’entends qu’il ne faut plus faire de concession aux indépendantistes. On entretient des crispations des deux côtés. Sur un sujet crucial comme le corps électoral figé, ce sont plutôt les indépendantistes qui devront faire des concessions, et pas l’inverse. Adopter des postures trop radicales nous met dans l’impasse et dans l’immobilisme.

    Quels sont les points de convergence qui vous ont rapproché de Générations NC ?

    Il y a de nombreuses raisons objectives. Générations NC veut un renouveau dans la méthode de travail et de réflexion, notamment avec des comités thématiques. On est loin des partis actuels où le plus souvent la décision tombe d’en haut. C’est un mouvement résolument tourné vers l’avenir, il défend l’identité calédonienne au sein de la France, contre le danger du repli communautaire qui s’est malheureusement renforcé. Il défend un projet non indépendantiste qui ne se résume pas à être contre l’indépendance. Enfin, il défend la valeur travail comme un des fondamentaux de la société calédonienne. C’est le cœur de mes convictions. Donc je ne pouvais qu’adhérer. Dans le passé, mes profonds désaccords avec Calédonie ensemble portaient d’abord sur le fonctionnement, ensuite sur la politique économique et fiscale, et enfin sur l’ambiguïté de leurs relations avec les indépendantistes.

    Si ce mouvement ne s’était pas créé, qu’auriez-vous fait ?

    J’aurais attendu car je me doutais bien qu’à l’approche de la sortie de l’accord de Nouméa, il ne serait plus possible de tenir des positions aussi radicales, d’un côté comme de l’autre. J’avais la conviction qu’à un moment donné, les modérés pourraient à nouveau être entendus. C’est ce qui arrive. Face au danger que représentent les replis communautaires, il est grand temps de promouvoir une identité calédonienne au sein de la France.

    Quel regard portez-vous sur l’installation du gouvernement ?

    J’ai envie de dire « tout ça pour ça ». Ça me conforte complètement dans ma démarche. Les alliances qui se sont nouées étaient prévisibles notamment à cause du mode de scrutin. Mais alors pourquoi mener des campagnes électorales aussi radicales et aussi crispantes. C’est ça aussi qui alimente le rejet de la chose politique par les électeurs.

    Quelle analyse faites-vous de la défaite de Calédonie ensemble ?

    Je m’attendais à ce qu’ils soient devancés par l’Avenir en confiance qui est la réunion de trois partis, mais pas à une défaite d’une telle ampleur. Cela dit, il y a un réel problème de fonctionnement à Calédonie ensemble, tout le monde a pu s’en rendre compte. Il y avait aussi une ambiguïté dans les rapports entre les leaders de Calédonie ensemble et les indépendantistes. Je pense enfin que leur politique économique et fiscale leur a fait beaucoup de mal.

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