Nouvelle Calédonie
  • Par Anthony Tejero, à Port-Vila | Crée le 13.04.2019 à 04h25 | Mis à jour le 15.04.2019 à 09h49
    Imprimer
    Les deux délégations, hier matin, lors des négociations qui ont eu lieu au centre de congrès de Port-Vila. Et qui se sont terminées par la signature de l’accord sur l’aérien (lire en page 4). Photos A.T.
    L’accord de libre-échange commercial entre le Vanuatu et la Calédonie devrait finalement être signé au lendemain de Pâques, à Nouméa. Lors de cette visite de deux jours à Port-Vila, Philippe Germain en a profité pour insister sur le besoin d’étendre les coopérations économiques avec nos voisins du Pacifique.

    «On a fait un bon bout de chemin ensemble. Et on est encore loin d’avoir parcouru le chemin que nous devons faire. » Cette phrase du président du gouvernement, Philippe Germain, depuis la résidence de l’ambassade de France au Vanuatu en dit long. Tant sur ses ambitions de coopération avec nos voisins, que sur la complexité parfois à mettre en place un tel partenariat. Comme en témoigne la visite de la délégation calédonienne, jeudi et hier à Port-Vila, qui aurait dû se solder par la signature d’un accord de libre-échange commercial de quatre-vingts produits (lire par ailleurs) entre les deux archipels. Et qui s’est finalement terminée par un couac. Car c’était sans compter sur « les procédures administratives » du côté du gouvernement vanuatais - le sujet n’ayant pas été mis à l’ordre du jour du dernier Conseil des ministres - et du côté de l’Etat français - le ministère des Affaires étrangères n’ayant pas encore donné son accord.

    Vers un accord avec le Vanuatu… et Salomon ?

    Toujours est-il que le sujet est loin d’être enterré. Bien au contraire. Alors que les échéances électorales approchent en Calédonie, l’affaire semble des plus pressées. Et le Premier ministre du Vanuatu, Charlot Salwai, a d’ailleurs assuré à maintes reprises « donner sa parole » et « des instructions » à ses directions pour que cet accord soit fin prêt à être signé au lendemain de Pâques à Nouméa où il se rendra spécialement pour l’occasion. Une annonce fortement applaudie, en particulier par Philippe Germain qui ne voit que des avantages à la coopération régionale. « Pendant trop longtemps, chaque territoire de la zone Pacifique est resté dans son coin, laissant faire les grands opérateurs de la région, dont nos amis Australiens et Néo-Zélandais, estime le président, ravivant même les débats d’un forum en 2015 où était née l’idée d’un partenariat élargi avec les îles Salomon. On s’était dit que ce serait bien de faire un grand triangle commercial. On est 300 000 Vanuatais, 300 000 Calédoniens et il y a presque 700 000 personnes aux Salomon, donc cela donnerait un marché important pour nos entreprises. On a des niveaux de développement où chacun a ses avantages. »

    Quant au risque de concurrence pour le marché local ? Philippe Germain le balaie d’un revers de manche, évoquant une formule on ne peut plus souvent employée : un accord « gagnant-gagnant ». Un traité « avec la volonté pour les partenaires de privilégier leurs échanges, sans porter atteinte à la fragilité de leur propre développement économique : de leur agriculture, de leur industrie de transformation, de leur artisanat, etc., insiste le président du gouvernement. Les acteurs économiques tant du Vanuatu que de la Nouvelle-Calédonie sont pressés que cet accord commercial aboutisse. Il y a beaucoup d’opportunités entre nos deux territoires amis. »

    « Rien d’éternel »

    Pour autant, rien n’est gravé dans le marbre comme a tenu à le rappeler Charlot Salwai : « Les produits ont été déterminés par les acteurs économiques et non pas par le gouvernement seul. Cette convention est donc dans leur intérêt. C’est un accord de principe, mais il est bien stipulé qu’il n’est pas éternel. Il sera analysé par un comité technique chaque année, dans chaque pays et on pourra l’améliorer, le faire évoluer », insiste le Premier ministre vanuatais, visiblement ravi de « réanimer une amitié historique avec la Calédonie. C’est un rêve depuis plusieurs années du gouvernement du Vanuatu de vouloir travailler économiquement et administrativement avec nos premiers voisins, qui sont nos cousins, nos frères de la Mélanésie. »

    Enseignement

    Une visite était organisée hier sur la future université nationale bilingue du Vanuatu. Plus d’informations dans votre journal de lundi.>

    20 %

    La Calédonie n’assurant que 20 % de sa couverture en besoins alimentaires, il y a a priori de la marge pour les importations de produits vanuatais.

    Pendant trop longtemps, chaque territoire de la zone Pacifique est resté dans son coin

    Philippe Germain, président du gouvernement.

    Repères

    Le principe de l’accord

    Ce futur accord se veut bilatéral et concernera près de 80 produits, soit une quarantaine par pays. Afin de faciliter ces échanges, cette liste de marchandises sera exonérée des droits de douane. Un principe qui peut être cependant révisé. En cas de menace identifiée sur un secteur d’activité donné, l’un des deux pays a la possibilité de réaugmenter ses tarifs douaniers après en avoir averti son partenaire. Enfin, un comité de suivi doit être créé pour gérer la mise en place de l’accord et l’évolution du périmètre des listes de produits et services.

    Les produits concernés

    Du Vanuatu vers la Calédonie : fève de cacao, arachides, kava, agrumes, ananas, tubercules, ignames, manioc, patate douce, carotte, sauce tomate, jus, vinaigre, confiture, café de Tanna, eau de source, jus de noni, déchets d’aluminium, artisanat de bois, paréo…

    De la Calédonie vers le Vanuatu : espèce porcine, thon frais, thon congelé, corned-beef, thon conserve, cassoulet, saucisson, jambon, pâtes alimentaires, fromage, yaourts, farine, agrégats, ciment, scories, poutres béton, charpente en bois, élingues, tubes PVC, cuves à eau, piscines, aérosols, peintures, textiles imprimés…

    Cornella Wyllie, présidente directrice générale de Fine Food, à Port-Vila

    « Nous ne serons pas en compétition avec des produits calédoniens »

    « Je suis à la tête d’une entreprise de fabrication de plats préparés. Cet accord commercial est une grande opportunité pour moi, mais aussi pour mes fournisseurs et cela touchera plus généralement tout le secteur privé, soit environ 13 000 personnes.

    Je tiens à préciser que nous ne serons pas en compétition avec des produits calédoniens car ma société propose des produits déjà transformés. Mais cet accord me permettra également d’exporter du kava vert, ce qui n’est aujourd’hui pas possible. Les Calédoniens auront ainsi le choix entre du kava sec ou vert, qui est plus authentique. Je serais également intéressée pour importer des produits de Calédonie, en particulier du porc, car nous n’avons pas beaucoup de cochons ici.

    Actuellement, mon entreprise compte 30 salariés, mais comme je m’ouvre de plus en plus à l’export, notamment vers l’Australie, nous serons 90 avant la fin de l’année et 120 d’ici 2020. »

    Sandrine Wallez, directrice du centre Activ, à Port-Vila

    « On est grandement intéressé »

    « Le centre Activ est une organisation non gouvernementale qui travaille avec les communautés locales pour les aider à trouver des marchés et développer des produits qui sont principalement agricoles : cacao, noix de coco, épices et artisanat. On a été sollicités pour se pencher sur ce premier accord qui va être signé.

    On est grandement intéressés car la Calédonie est un système protectionniste difficile à pénétrer. Cela nous permettrait d’y accéder plus facilement pour rendre nos produits plus disponibles aux Calédoniens qui sont assez demandeurs. Cela leur donnerait la chance de goûter à des produits de grande qualité venant du Vanuatu.

    Il y a pour l’instant encore certaines contraintes pour le chocolat du fait qu’il y a de grosses compagnies comme Biscochoc qui font déjà du chocolat transformé. C’est un produit sur lequel des discussions se mettent en place et on espère trouver un accord sans porter préjudice aux autres produits calédoniens.

    Pour le reste, il n’y a pas de risque de concurrence. On a déjà des demandes sur l’huile de coco, qui est surtout utilisée en savonnerie en Calédonie, or nous c’est une huile extra-vierge. On produit aussi de la farine de coco, je ne crois pas qu’il y ait une production chez vous. On viendra avec des produits valorisés qui sont un peu différents de ce qui est fait en Nouvelle-Calédonie. »

     

  • MEDIAS ASSOCIÉS
  • DANS LA MÊME RUBRIQUE
  • VOS RÉACTIONS