Nouvelle Calédonie
  • Yann Mainguet | Crée le 13.04.2019 à 04h25 | Mis à jour le 14.04.2019 à 10h26
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    L'accord en le géant Vale et la SPMSC a suscité quelques échanges toniques, sans plus, entre les rangs de Calédonie ensemble et ceux des Républicains calédoniens. Photo Thierry Perron

    Tous les ingrédients propices à de vives empoignades apparaissaient dans l’hémicycle de la Maison bleue : l’ultime séance de la mandature, des ténors de groupe présents - de Sonia Backès à Philippe Gomès -, enfin, et surtout, des données financières sensibles. En fait, il n’en fut rien, pas de graves altercations. Sinon un choc classique de deux visions sur l’industrie du nickel. 
    Au final, un avis favorable s’est dégagé à l’unanimité.
    Les élus se sont penchés hier sur le projet de modification du pacte d’actionnaires entre le groupe Vale et la SPMSC, l’endettée société détenant la participation des trois provinces dans le capital de Vale NC. L’accord intègre quatre points principaux (lire notre édition du jeudi 4 avril). Une réduction de la dette de la SPMSC envers Vale de 26,9 milliards de francs est prévue. En outre, le partenaire local a la possibilité de remonter au capital de 5 à 10 % pour un prix beaucoup plus avantageux : 10 milliards de francs, au lieu de 54 milliards. Ensuite, la garantie d’un versement annuel de Vale à la SPMSC d’une somme entre 150 et 200 millions a été négociée. Enfin, le groupe Vale va abandonner 164 milliards de francs de créances détenues sur sa filiale calédonienne.
    Question majeure, pourquoi tant de sacrifices comptables ? Selon la présentation de la province Sud hier en début de séance, le bilan de Vale NC va être nettement amélioré, ce qui rend beaucoup plus bancable le projet essentiel Lucy, programme intégrant un procédé innovant qui permet de stocker des résidus secs.

    « Cavalerie financière »

    Plus de deux ans de négociations ont été nécessaires pour aboutir à cet accord. « La province, Promosud et la SPMSC ne doivent pas subir les conséquences des dérapages techniques et financiers du projet Goro », appuie Philippe Michel, président de la Maison bleue. « Nous avons fait valoir nos intérêts, sans céder quoi que ce soit du patrimoine commun des Calédoniens ». Pour Philippe Gomès, « on a assaini la situation à tous les étages ». Le député a en outre évoqué des pratiques de Vale Monde, discutables pendant une période, au détriment de sa filiale implantée dans le Sud calédonien.
    Dans les rangs des Républicains calédoniens, la lecture est un peu différente. « La province Sud s’est engagée, lors de la mandature 2004-2009 présidée par Philippe Gomès, dans de la cavalerie financière en décidant de financer sa participation au capital de l’usine du Sud, par nature risquée dans le temps, par de la dette bancaire » a relevé Philippe Blaise pointant « des dividendes incertains », mais aussi, au passage, un peu plus tôt, « la « doctrine nickel ». S’endetter pour prendre à tout prix des parts de capital est dangereux ».
    Les indépendantistes, de leur côté, par la voix de Roch Wamytan, ont félicité le travail des intervenants dans ce dossier inhérent à cette modification du pacte d’actionnaires. Après l’approbation de la SPMSC cette semaine, le comité exécutif de Vale se réunira le 24 avril à Rio, au Brésil, pour valider cet accord. Quelques jours plus tard, le 29, le conseil d’administration de Vale NC doit l’adopter définitivement à Paris.

    Repères

    L’ombre de Prony-Pernod

    « Il n’était pas nécessaire d’attribuer Prony-Pernod pour se mettre d’accord avec Vale » a noté hier avec fermeté le président de la province Sud, Philippe Michel, faisant allusion au « protocole général d’accord » relatif aux gisements miniers et signé le 5 avril 2014 par la présidente Rassemblement de la Maison bleue d’alors, Cynthia Ligeard, et les représentants des sociétés Vale Canada et Eramet. En août de la même année, après les élections, Philippe Michel, arrivé à la tête de l’institution, actait l’annulation de l’attribution de ces massifs remarquables. Et un accord « occulte » était dénoncé.

    Plastique sensible

    Lors de l’étude du schéma de gestion des déchets, la seule véritable prise de bec surprise entre les élus a concerné la loi adoptée en décembre sur l’interdiction notamment des sacs jetables en plastique. Plus précisément, Républicains calédoniens et Calédonie ensemble ne se sont pas entendus sur le terme « biosourcé » propre aux alternatives à terme autorisées.

    Le parc provincial sur la côte Oubliée est créé

    L’adoption de la délibération a été saluée par des applaudissements venus de l’assistance. Sur les bancs, des autorités coutumières ou encore des représentants d’organisations spécialisées dans l’environnement. Les élus de la Maison bleue ont décidé hier, à l’unanimité, de créer le parc provincial de la côte Oubliée. Cet espace s’étend sur 122 000 hectares : une partie terrestre de 93 000 hectares, et 29 000 en zone maritime. La démarche vise bien sûr à la préservation d’une biodiversité exceptionnelle. « 98 % de la végétation est endémique dans la région » a observé, pour souligner la qualité du site, la Calédonie ensemble Nina Julié, un des artisans de l’opération. Ce classement est d’ailleurs « le résultat de plus de quatre années de travail ». Les scientifiques en mission découvrent toujours de nouvelles espèces. D’après le projet, une grande diversité de sites archéologiques témoins d’occupations anciennes remontant à 1 500 ans est recensée. L’élue UNI Ithupane Tieoue, après un bref historique des initiatives dédiées à la protection du lieu, s’est félicitée de l’action entreprise. « Guides touristiques, botaniques... On peut être plus ambitieux », a noté la membre indépendantiste de l’assemblée, qui en est certaine : cette création de parc peut générer des retombées.

    Concertation des mineurs

    Dans cet espace de la côte Oubliée, 238 concessions minières sont répertoriées, et 102 d’entre elles, placées à l’intérieur du périmètre du parc, deviendront inactives et inexploitables. Le Républicain calédonien Harold Martin s’en est inquiété. « Nous avons mené une concertation fine de l’ensemble des mineurs » a répondu le président de la province Sud, Philippe Michel, presque tous les opérateurs du pays étant intéressés. Des zones minières ont d’ailleurs été sorties du périmètre. Titulaire de 43 concessions sur les 102 bientôt gelées, la SLN a adressé une demande de compensation, selon les propos de Philippe Michel. « Il va de soi que je ne vais donner aucune suite », a affirmé le patron de l’institution provinciale, avançant le fait que titre minier ne signifie pas forcément potentiel économique.
    Pour l’indépendantiste Aloisio Sako, la large consultation des populations, des chefferies... est fidèle à l’esprit de l’accord de Nouméa. Ainsi ce projet est « un cas d’école ». Voici « un acte exemplaire », s’est réjouie Nina Julié.

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