Nouvelle Calédonie
  • Par Yann Mainguet et Charlie Réné | Crée le 14.09.2018 à 04h25 | Mis à jour le 14.09.2018 à 07h08
    Imprimer
    Laurent Wauquiez a repéré des éléments positifs dans la visite du président de la République sur le Caillou en mai. Toutefois, dès qu’Emmanuel Macron « est revenu à Paris, il avait oublié la Nouvelle-Calédonie » tacle le président des Républicains, faisant référence à l’absence de mention au Congrès de Versailles. Photo Thierry Perron
    Cinq jours. Pour s’imprégner d’une Calédonie en pleine mutation. Pour échanger avec des partenaires politiques divisés mais aussi les adversaires indépendantistes. Et surtout pour défendre le maintien du territoire dans l’espace tricolore le 4 novembre prochain. Le président des Républicains, Laurent Wauquiez, le martèle, la France n’est plus aujourd’hui un carcan, mais une protection et une liberté.

    ♦ Référendum

    « La France n’a pas à rougir »

    Vous souhaitez, le soir du 4 novembre, « un score clair, net ». Pourquoi cette précision ?

    Je ne fais pas campagne contre, mais pour. Pour la Nouvelle-Calédonie dans la France. C’est un message de soutien, de choix et c’est un choix du cœur. Ma conviction, c’est que la Nouvelle-Calédonie française, c’est l’avenir de la Nouvelle-Calédonie. J’aime les messages clairs et sans ambiguïté. Je suis le seul responsable d’un parti politique national à prendre la peine de venir ici pendant la campagne du référendum. C’est une marque de respect.

    Jugez-vous la campagne à la hauteur de l'enjeu ?

    Elle est, ici, pour moi, à l’image du cheminement assez exceptionnel qu’a construit la Nouvelle-Calédonie en trente ans. La France n’a pas à rougir de ce qu’elle a fait en Nouvelle-Calédonie. Aujourd’hui, la reconnaissance de la culture kanak n’a rien à voir avec ce qu’elle était il y a trente ans. Idem avec le rééquilibrage. Ce serait de la folie de casser tout cela.

     

    J’aime les messages clairs. 

    L'État doit, selon vous, prendre position ?

    Le président de la République et le Premier ministre, oui, évidemment.

    Il y a une neutralité de l’État, mais il n’y a pas la neutralité du président de la République. Nous sommes à un moment où se joue une question aussi essentielle que de savoir si un bout de la France quitte la France ! On a besoin d’un message clair de sa part. Et on ne laisse pas seuls les habitants de Calédonie.

    Calédonie ensemble a défendu la nécessité du dialogue avec les indépendantistes avant le référendum. Contrairement au Rassemblement-Les Républicains et aux Républicains calédoniens. Comprenez-vous ce choix ?

    Cette position, à mon avis, était la bonne. Il y a des moments pour discuter, essayer de trouver des projets en commun. On ne peut pas reprocher à Pierre Frogier de ne pas avoir tendu la main plusieurs fois. Et puis il y a le moment de l’élection. Aux habitants de décider de leur destin. Cela ne doit pas être confisqué par des partis politiques qui ne doivent pas continuer à décider, en faisant comme s’il n’y avait pas de référendum.

     

    ♦ Division des Républicains

    « Je veux rapprocher toutes les composantes de la famille gaulliste loyaliste »

    Plusieurs partis se revendiquent des Républicains en Calédonie. Ça ne pose pas un problème de lisibilité ?

    Si, et c’est une des choses auxquelles je me suis employé. Pierre Frogier est une figure de référence et, derrière, il y a une jeune génération que je veux voir pousser : Thierry Santa, Sonia Backès, Gil Brial, Virginie Ruffenach, Alcide Ponga… J’ai tenu à ce qu’ils soient tous à mes côtés. Car la division du camp loyaliste affaiblit sa parole. Je veux rapprocher toutes les composantes de la famille gaulliste loyaliste.

    Cela peut s’illustrer aux provinciales ?

    Ça s’illustre déjà dans le fait qu’au référendum on partage une vision de la Calédonie française, une vision de l’avenir, où sur l’essentiel on est d’accord. La question des provinciales viendra en son temps.

    Ne manque-t-il pas un chef ?

    Si, mais pour le moment, il s’agit de trouver le bon dosage entre le respect de ceux qui ont tracé la voie, et la jeune génération. Je suis convaincu que les Calédoniens voient ceux qui défendent avec détermination la Calédonie française : les Républicains sont les seuls à porter cette voix sans ambiguïté.

    Certains Républicains calédoniens se sont affiliés, au niveau national, à la République en Marche. Vous avez demandé des éclaircissements ?

    La politique en Calédonie est parfois subtile (rires). Je préfère quand les choses sont claires, mais il y a un principe de respect. Je leur fais part de ma volonté, ils décident. Ce qui est sûr, c’est qu’Emmanuel Macron nourrit en ce moment beaucoup de déceptions, en Calédonie comme ailleurs.

    Il y a vingt ans, le RPCR était un parti fort. Depuis, les résultats électoraux des Républicains se sont dégradés. Comment l’expliquez-vous ?

    Il y a poison qui a été mis, c’est ce système de la proportionnelle qui encourage chacun à faire sa petite boutique, des petites combines, qui n’incitent pas à travailler ensemble. C’est une question à se poser sur l’avenir de l’organisation politique en Calédonie.

     

    ♦ Après-référendum

    « Si le message est fort et net, il faudra en tirer des conséquences »

    En cas de victoire du « non », faut-il réétudier la place de la Calédonie dans la France ?

    Il faut être clair, il y aura un avant et un après. Si le message est fort et net, il faudra en tirer des conséquences. Deuxième point, pendant cette période, il faudra beaucoup d’attention à l’autre. Un scrutin n’est jamais une humiliation. Troisième chose, il faudra mettre un bout de toute cette énergie utilisée depuis des années à discuter des institutions et des compétences, à parler maintenant des vrais sujets : l’emploi, l’éducation, la sécurité, les gisements de nickel, l’inscription dans le Pacifique...

    Des relations doivent-elles être privilégiées avec les pays de la région ?

    La France est un atout pour inscrire la Nouvelle-Calédonie dans la stratégie Pacifique. La représentation de l’Europe devrait être en Nouvelle-Calédonie. Les aides européennes sont plus importantes aux Fidji qu’en Calédonie, c’est n’importe quoi ! Enfin, je voudrais qu’il y ait un grand Sommet du Pacifique organisé à Nouméa. C’est ce qu’apporte la France.

     

    ♦ Économie

    « La défiscalisation, c’est de l’argent bien investi »

    Vous avez voulu parler de l’économie locale lors de votre visite. Vous en parlerez aussi à Paris ?

    Oui. Ce que je n’aime pas, c’est que les seules questions qu’on pose en Métropole sur la Calédonie c’est « est-ce que c’est calme », « est-ce qu’il y aura d’autres Evénements ? ». Je demanderai qu’il puisse y avoir un débat, à l’Assemblée nationale et au Sénat, sur autre chose que les questions institutionnelles : où en est la Nouvelle-Calédonie économiquement, quelle est sa stratégie, comment peut-on l’accompagner ?

    Un des traits de l’économie calédonienne, ce sont des inégalités fortes qui ont tendance à se creuser. Quel regard portez-vous sur ces questions ?

    Je trouve quand même que la logique de rééquilibrage s’est considérablement renforcée. On n’est pas au bout de l’histoire, mais à Koné, j’ai discuté avec des entrepreneurs qui se diversifient, je vois, dans tout le pays, de petites entreprises qui font le dynamisme de l’économie de la Calédonie. Je pense qu’il faut soutenir davantage la création d’emplois. La France a un outil qui marche très bien, c’est la Banque publique d’investissement. Pourquoi n’intervient-elle pas en Calédonie ? Ça fait partie des questions sur lesquelles le gouvernement actuel, plutôt que des discours, doit prendre des actes.

    Vous défendez la baisse des dépenses publiques. Est-ce que cela implique de désindexer les fonctionnaires en Calédonie ou de revoir la défiscalisation ?

    Sur la défiscalisation, ma position est simple : c’est de l’argent bien investi, qui permet de développer l’Outre-mer, de créer de l’emploi en libérant du matraquage fiscal.

    La désindexation, c’est une vieille question… Oui, il faut veiller à ce qu’on ait des salaires harmonieux en Nouvelle-Calédonie, mais je ne suis pas sûr que c’est en tapant sur les uns qu’on fera le bonheur des autres. Je resterai personnellement prudent sur cette question.

     

    ♦ Réconciliation

    « Ressasser une culpabilité, je ne suis pas d’accord »

    Daniel Goa, de l'UC, regrette qu'il n'y ait pas eu de coutume de pardon, de geste de réconciliation avec l'État, avant le référendum. Y êtes-vous favorable ?

    La réconciliation est un geste fort dans la tradition calédonienne. Parce que c’est un geste qui permet de tourner la page du passé et d’éviter que s’enclenche la vengeance. Cette dimension m’intéresse. En revanche, si l’objectif est de ressasser une culpabilité ou une faute, je ne suis pas d’accord. Parce que, des morts, il y en a eu de tous les côtés. Si réconciliation il doit y avoir, elle doit être des deux côtés. Ensuite, attention, personne n’est ici responsable de ce qui s’est passé il y a plus de 160 ans. On ne va pas continuer à porter le fardeau d’une époque qui était une autre époque. Quel autre pays dans le monde a fait autant de gestes depuis trente ans pour essayer de comprendre et de construire autre chose ?

     

    « On verra en juin si les prix ont baissé »

    À propos de la TGC et de la cherté de la vie, « vrai problème » qu’on « ne règle pas en créant une taxe ».

     

    Double drapeau ou drapeau tricolore ?

    C’est derrière nous. Ce que je regrette, c’est que les indépendantistes n’aient pas pris la main qui leur était tendue à ce moment-là.

     

    Mbappé ou Fekir ?

     

    Mon préféré, c’est Pavard ! Il y a son but, le plus beau du Mondial, et la façon dont il se comporte. Mais sinon, Fekir, il joue à l’OL et je ne suis pas tellement PSG.

     

    Macron ou Edouard Philippe ?

    Celle-là, elle est facile, c’est bonnet blanc et blanc bonnet ! Et ni l’un ni l’autre n’ont eu une parole claire sur la Nouvelle-Calédonie.

  • DANS LA MÊME RUBRIQUE
  • VOS RÉACTIONS