Nouvelle Calédonie
  • | Crée le 23.03.2019 à 10h52 | Mis à jour le 24.03.2019 à 10h54
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    Eric Gay en est certain : sa plus grande réussite restera, après 12 ans d’effort, l’implantation du lycée au Mont-Dore (avec celle d’un centre pour autistes à Robinson). « Nous avons négocié ça au Comité des signataires. Paul Néaoutyine a dit OK, mais à condition qu’il y ait celui de Pouembout. Et nous avons eu gain de cause. Cela a coûté 7 milliards à la France. Mais aujourd’hui, les gamins ne se lèvent plus à 4 heures du matin pour aller au lycée. C’est comme cela que nous aurons des résultats. Avant, nous n’avions que 18 % d’une tranche d’âge qui finissait avec le bac ou une formation diplômante. » Photo Archives LNC
    Eric Gay, ce sont 16 ans de mandat dans la troisième commune de Calédonie. Ce sont aussi des responsabilités au sein du Rassemblement. Au moment de dresser le bilan de sa vie publique, il évoque avec passion le Mont-Dore et livre son point de vue sur ce qui manque, à ses yeux, à la Calédonie pour s’en sortir.
    • « La politique politicienne doit moins entrer dans les espaces municipaux »

    Tout un symbole. C’est avec son tout premier budget voté avec une réelle unanimité, autant de « pour » que de votants, qu’Eric Gay a mis fin jeudi soir à sa vie de maire, 16 ans après l’avoir débutée. Et s’il est bien conscient que l’opposition municipale (Calédonie ensemble et le FLNKS) ne s’est pas abstenue en raison des circonstances très particulières de ce conseil, il veut aussi y voir la façon dont, à ses yeux, une commune doit fonctionner. « Nous avons au sein du conseil une très bonne entente. Moi, je veux travailler avec tous ceux qui ont une réelle sensibilité municipale. Le problème des communes de taille importante, c’est que la politique politicienne s’invite trop dans les conseils municipaux. Elle doit le faire moins. Il faut laisser les personnes investies sur le terrain, et qui sont au service de la population, faire les arrangements nécessaires en dehors des considérations politiques. Je pense d’ailleurs que l’on peut mettre sur une liste des personnes de toutes les sensibilités. Mais il faut pour ça avoir la force et la légitimité pour réussir à le faire admettre aux partis politiques. Si j’avais fait un quatrième mandat, je l’aurais imposé, et personne ne serait venu me dire quoi que ce soit. Nous avons des forces vives partout ici, il faut les utiliser. Cela donne un plus indéniable à l’action municipale. Au Mont-Dore, on n’a pas encore réussi à en arriver là, mais le conseil a toujours été apaisé parce que nous discutons beaucoup en amont, nous essayons d’atténuer les choses lorsqu’il y a opposition sur un texte. Si à la fin, il n’y a pas accord, bien sûr que la majorité parle, c’est la démocratie. Mais il faut toujours chercher le consensus d’abord. J’ai eu la chance d’avoir une opposition intelligente, qui n’est pas restée dans des postures ».
    Ces postures, Eric Gay les fuit. Il s’amuse à raconter avoir siégé au conseil municipal avec la procuration d’un membre du FLNKS avant de le faire, la fois suivante, avec celle d’un militant FN : « J’ai presque été viré de l’UMP à l’époque, raconte-t-il en rigolant. Pourtant, c’était juste une question de confiance entre nous, au service de la population. C’est ce que j’ai toujours martelé aux autres membres du conseil municipal : vous êtes au service de la population, des administrés. C’est le seul moyen d’évacuer les positionnements politiques, religieux, ethniques. »

    • « Dans le respect des uns et des autres, continuons à bâtir notre futur partagé »

    Eric Gay a conclu son discours d’adieu en évoquant le futur partagé : « Ce n’est pas le vivre ensemble, c’est au-delà. Lorsque je regarde ma propre histoire, mon grand-père, Zoreille, et ma grand-mère, Mélanésienne, ils ont fait le vivre ensemble. Ils ne se sont pas posés cinquante mille questions. C’est l’amour qui a créé leur vivre ensemble. Le futur partagé, c’est plus compliqué puisqu’il s’agit d’additionner et de confondre des groupements sociaux qui fonctionnent de façon parallèle. C’est ça que la Calédonie doit bâtir aujourd’hui. Alors quand je vois que l’on tombe encore dans le piège de constituer des listes ethniques, cela m’inquiète, c’est une hérésie. Cela ne va pas dans le sens de l’histoire ».

    • « Il y a eu un recul énorme avec le référendum »

    Eric Gay, qui défendait aux côtés de Pierre Frogier l’idée d’un troisième accord explique avoir mal vécu l’épisode du 4 novembre dernier : « Il y a eu un recul énorme avec le référendum qui se traduit par des expressions très agressives, clivantes, parfois racistes, que l’on retrouve notamment sur les réseaux sociaux. Désormais, nous allons être dans un temps de campagne référendaire permanent où chacun va prendre son drapeau et s’enrouler dedans. Et celui qui fait un pas vers l’autre est mort. C’est terrible. On empêche toute pensée et tout projet politique pour la Calédonie. Personne ne met plus rien sur la table de peur de se voir traité d’indépendantiste d’un côté ou de loyaliste de l’autre. C’est ça le véritable résultat du référendum.
    « Ma famille politique a pourtant toujours porté ces valeurs-là, celles du rapprochement. J’espère que les futurs responsables, même s’ils ont une stratégie différente, conserveront ça en eux pour qu’il y ait toujours une possibilité de faire une passerelle entre les uns et les autres. J’ai le sentiment qu’aujourd’hui, les ponts qui avaient été bâtis, malgré tous les malheurs, s’effondrent et que l’on se regarde de part et d’autre de la rive. »
    Eric Gay ne cache pas ses regrets. Il se souvient de cette époque où, à ses yeux, il était plutôt question de construction : « Peut-être que je me trompe, mais si Charly Pidjot (ancien président de l’UC, disparu en 2012, NDLR) n’était pas parti, nous n’en serions peut-être pas là. Il y avait toute une démarche avec lui. Il m’appelait parfois à 1 h 30 du matin. Je lui répondais que je dormais, mais il insistait parce qu’il avait des idées dont il voulait discuter. On se retrouvait donc dans mon bureau à 2 heures pour refaire le monde et chercher des solutions. En fait, jamais quelqu’un ne m’a parlé de la France comme Charly Pidjot, qui était pourtant indépendantiste, m’a parlé de la France. C’était dans ce dialogue et dans l’écoute qu’on y arrivait. Cette époque était aussi celle où les deux drapeaux ont été levés ensemble ». Un souvenir un peu douloureux pour Eric Gay : « Cela a été mal compris et utilisé. Les deux drapeaux, c’était une poignée de main. Comme si Jacques Lafleur avait le drapeau français dans la main et qu’il serrait celle de Jean-Marie Tjibaou qui tenait le sien. »

    • Saint-Louis : « Je ne pense pas que les solutions que je voyais sur les réseaux sociaux auraient réglé le problème »

    Les mandats d’Eric Gay ont été marqués par les événements de Saint-Louis. Le Mont-Dore était régulièrement coupé en deux, avec 12 000 personnes coincées dans le Sud qui se sentaient parfois abandonnées. Le maire était en première ligne. « Comment concevoir le développement du Sud sans avoir systématiquement Saint-Louis en tête ? Certains ont dit qu’il fallait faire une route de contournement. Je ne suis pas d’accord, il faut faire une route de développement du Grand Sud. Ce n’est pas possible de contourner Saint-Louis. Même par la mer, ils sont en face. Il faut faire avec Saint-Louis. Il y a quatorze quartiers au Mont-Dore. Saint-Louis en est un avec, comme les autres, son histoire, son identité, sa personnalité qu’il faut prendre en compte. Ce n’est pas facile, mais il faut intégrer Saint-Louis dont les habitants, comme ceux des autres quartiers, sont une richesse pour le Mont-Dore. Il faut créer des relations, reconnaître les personnes de Saint-Louis et mettre en place les dispositifs nécessaires pour qu’elles se sentent concernées. Et ne jamais leur cacher qu’il faut de l’équité. Je ne veux pas faire de différence entre un habitant de Saint-Louis et quelqu’un d’ailleurs. Par exemple, il n’est pas question que les autres Mondoriens payent l’eau et pas ceux de Saint-Louis. On peut créer des dispositions particulières, je le conçois, mais ils doivent comprendre que cela a un coût et nécessite que tout un chacun paye l’eau. Je suis garant de cette équité. Il faut faire comprendre que la solution du chantage n’est pas la bonne. Il faut du respect de part et d’autre, et de la reconnaissance. Je pense que c’est apaisé en ce moment, parce qu’on discute, parce qu’on travaille, que l’engagement est permanent. On est passé par des moments de tension et de heurts durs, avec des drames. Mais je ne pense pas que ce soient les solutions que je voyais sur les réseaux sociaux qui auraient réglé le problème. »

    • « Je vais chercher dans le sport la force et les valeurs. C’est ma méthode. Ce n’est pas la seule, mais c’est la mienne »

    S’il est bien un domaine dans lequel Eric Gay est unanimement reconnu, c’est celui du sport. Ancien professeur, et donc éducateur, il s’est toujours servi de ce vecteur pour passer des messages.
    « Cela m’a beaucoup aidé, cela a créé des liens. Quand je vais à Saint-Louis, on me parle de foot par exemple, cela crée un dialogue. On parle de valeurs, de collectif. C’est ma méthode, ce n’est pas la seule, mais c’est la mienne. Je n’aurais pas pu faire autrement, tout simplement parce que je ne savais pas faire autrement. J’ai puisé dans mon éducation, dans mon métissage, dans le sport, dans mon travail de prof. C’est cet ensemble qui m’a aidé. J’ai réfléchi à tout ça pour essayer d’en faire une méthode sur le terrain. Ce n’était pas la recette miracle, cela ne fonctionnait pas à 100 %, mais je pense que ça a pas mal marché. »

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