Nouvelle Calédonie
  • J.-F. G. | Crée le 13.04.2019 à 04h25 | Mis à jour le 14.04.2019 à 10h11
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    Philippe Gomès a permis le retour à la vie politique de Philippe Germain. Photo archives LNC
    Politique. Le président du gouvernement a annoncé, jeudi soir dans une vidéo publiée sur Facebook, vouloir s’éloigner de la politique. Retour sur quatre ans passés à la tête de l’exécutif.
    • Un parcours

    Philippe Germain, 48 ans, arrive à la présidence du gouvernement le 1er avril 2015. Il est né dans une famille qui tenait une scierie à Nouméa, héritage d’un grand-père forestier à Farino. Après des études de comptabilité en Métropole, il rentre un peu précipitamment à Nouméa pour gagner sa vie. Il débute comme aide-comptable chez Biscochoc en 1990. Il gravit les échelons jusqu’à devenir patron de la société, treize ans après y être entré. En 2004, il est élu à la tête de la Finc (fédération des industries de Nouvelle-Calédonie) où il se fait le défenseur acharné de la production locale… et de l’interdiction de l’importation du Nutella. En 2009, Philippe Gomès, alors à la tête de l’exécutif, lui propose le poste clé de membre du gouvernement en charge de l’économie et du travail. C’est à ce moment-là qu’il se frotte véritablement à la vie politique. Une « carrière » qu’il doit grâce à un seul homme : Philippe Gomès, comme en 2014 où il revient à la vie politique. Elu à la province Sud, il entre aussitôt au gouvernement, en charge de l’économie, avant de préparer sa marche vers la présidence.

    • Une élection

    Après plus de trois mois de guerre de tranchées qui ont notamment coûté la vie du pacte de gouvernance solidaire des loyalistes, c’est donc le 1er avril que le 14e gouvernement est officiellement en ordre de marche, avec Philippe Germain à sa tête. Mais ce fut au prix d’une longue bataille. Durant plus de 100 jours, les candidatures de Cynthia Ligeard (FPU) et de Philippe Germain (CE) à la présidence se sont neutralisées. C’est finalement Daniel Goa, président de l’UC qui a fini par demander aux trois membres de l’exécutif de son parti, de placer le candidat de Philippe Gomès à la tête du gouvernement. Philippe Germain tiendra quatre ans à ce poste. Et c’est loin d’être un long fleuve tranquille.

    • Un conflit

    Nouméa bloquée. Une balle qui transperce la vitre du bureau de la présidence, sans qu’on ait connu sa provenance et un mort sur un barrage dans un accident de voiture… Le cauchemar débute le 1er août 2015 avec les rouleurs. Les leaders de ContraKmine et les représentants de toutes les compagnies minières, SMSP incluse, font face au président du gouvernement. Le principal point d’achoppement entre les deux parties ? Les exportations de minerai brut, vers la Chine notamment, formulées par la SLN et les petits mineurs et dont les rouleurs estiment qu’elles sont essentielles à leur santé économique. Philippe Germain reste ferme : « Il n’y aura pas d’exportations jusqu’à nouvel ordre. » Le conflit s’enlise jusqu’à l’entrée en scène de Daniel Goa, nommé à la position extrêmement périlleuse de médiateur. Défenseur de la doctrine nickel, il prend en compte l’intérêt des petits mineurs et arrache, après quatre jours de négociation, la signature d’un protocole de fin de conflit, le 25 août.

    A l’époque, les rouleurs n’obtiennent pas d’exportation de minerai pauvre vers la Chine mais un soutien du gouvernement pour que les « contrats d’exportation vers l’Australie soient uniformisés afin de permettre à l’ensemble des sociétés minières de disposer d’un prix plancher ». Les petits mineurs obtiennent de leur côté la possibilité d’exporter plus de minerai vers le Japon et la Corée, et le gouvernement s’engage à consulter le Comité du commerce extérieur minier. Les camions ne bloqueront plus la capitale.

    • Une réforme

    Avec Philippe Germain, l’exécutif a examiné 5 655 textes, dont 4 347 arrêtés, 519 délibérations, 332 projets de délibérations du Congrès, 53 avant-projets de loi du pays, 66 projets de loi du pays et 338 textes et rapports divers du 1er avril 2015 au 31 décembre 2018. Le responsable n’a cessé de mettre en œuvre des réformes. Mais si l’on devait en retenir une, c’est bien la TGC. Déjà prévu en août 2014 lors de l’agenda partagé (signé par les politiques et les partenaires sociaux), il a pris à bras-le-corps, dès son arrivée aux commandes, le dossier de la taxe générale à la consommation. Une mesure faisant l’unanimité, mais dont la mise en œuvre, et surtout les dispositifs l’accompagnant, se sont avérés ardus. Votée par le Congrès en 2016, elle a vu le jour le 1er octobre 2018. Une année et demie de marche à blanc a permis d’éviter l’inflation redoutée des prix. Mais un texte encadrant cette réforme majeure continue de laisser planer certaines interrogations. Ce fameux texte ? Le contrôle des prix et des marges. Cette réglementation d’une durée de 12 mois, a été adoptée par six voix contre trois par le gouvernement le 11 septembre 2018.

    Et ce n’est pas le fait de voir les patrons descendre dans la rue face à cette mesure « digne d’une dictature » qui le fait reculer. Si Philippe Germain s’est d’ores et déjà félicité de voir les prix baisser, le véritable effet de la TGC se fera ressentir lors de la levée des contrôles. Si celle-ci arrive bien le 11 septembre. Comme prévu…

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