Nouvelle Calédonie
  • Par Philippe Frédière, Yann Mainguet et Marion Courtassol | Crée le 10.07.2019 à 05h53 | Mis à jour le 10.07.2019 à 06h45
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    Thierry Santa a pris à sa charge les secteurs de la stratégie nickel et celui du redressement des comptes sociaux. Th. Perron
    Les secteurs ont été attribués entre les onze membres, l’UC Gilbert Tyuienon a été élu à la vice-présidence avec des voix loyalistes. Le gouvernement Santa est pleinement en ordre de marche.

    C’est une première dans l’histoire des gouvernements calédoniens depuis l’accord de Nouméa. La majorité loyaliste a arbitré entre deux candidats indépendantistes à la vice-présidence de l’exécutif.

    Hier matin le candidat de l’Union calédonienne Gilbert Tyuiénon a été élu vice-président avec huit voix (celle des trois élus de son mouvement, des cinq de l’alliance Avenir en confiance et celle de l’Eveil océanien). Face à lui, Jean- Pierre Djaïwé a obtenu les deux voix des élus UNI. Quant à Philippe Germain (Calédonie ensemble), il s’est abstenu.

    Il est d’usage, au nom de la collégialité et du pluralisme qui s’exerce au sein de l’exécutif, que le vice-président du gouvernement soit indépendantiste lorsque le président est loyaliste. Ce qui a toujours été le cas depuis 1999. Mais traditionnellement, les loyalistes attendaient que les différentes composantes de la minorité indépendantiste se soient accordées sur un candidat unique avant d’apporter le concours de leurs votes nécessaires à son élection effective.

    Tensions entre indépendantistes

    Jamais jusqu’à présent, ils n’avaient arbitré entre deux candidats, contrairement aux indépendantistes qui l’ont fait à deux reprises pour élire un président loyaliste, en l’occurrence Philippe Germain. Il y a cependant une différence de taille. L’absence de président élu empêche le gouvernement d’entrer pleinement en fonction.

    C’était aussi vrai pour la viceprésidence dans les années 2000, mais ça ne l’est plus depuis une modification de la loi organique,le3août2009,visant précisément à permettre la mise en place pleine et entière du gouvernement, même en l’absencedevice- président.Lecamp loyaliste pouvait donc attendre. Le plus important était la répartition des secteurs. Mais les tensions entre les deux grands camps indépendantistes (l’UC et l’UNI) semblaient parties pour durer un bon moment et les élus de l’Avenir en confiance ont choisi d’arbitrer en votant pour Gilbert Tyuiénon qui a su se placer en favori de l’UC. Ils ont aussi choisi de partager la fonction éminemment stratégique de porte-parole entre Christopher Gygès et un autre UC, Didier Poidyaliwane.

    Ce n’est pas vraiment une surprise. L’UNI a longtemps été proche de Calédonie ensemble et a soutenu une bonne part de sa politique. Mais les récentes déclarations de Paul Néaoutyine au sujet de la SLN ont franchement crispé les leaders de l’Avenir en confiance dont plusieurs cadres ont souvent eu des relations de bon voisinage avec ceux de l’UC.A


    Thierry Santa, président (Avenir en confiance)

    Thierry Santa a pris à sa charge les secteurs de la stratégie nickel et celui du redressement des comptes sociaux. Th. Perron

     

    Relations extérieures, sécurité civile, promotion touristique, stratégie de la mise en valeur des ressources naturelles (nickel), code minier et redressement des comptes sociaux.

    En plus des secteurs réglementairement dévolus au président (relations extérieures et sécurité civile), Thierry Santa récupère deux secteurs sensibles : la mine et la stratégie nickel, que les deux groupes indépendantistes se disputent depuis des années et le redressement des comptes sociaux, particulièrement ceux du Ruamm, ainsi que les relations avec les professionnels de santé, sujet brûlant et potentiellement impopulaire. Au titre des relations extérieures, Thierry Santa va s’attacher au développement du tourisme international.

    Une des premières mesures sera évidemment de renflouer le Ruamm et de le sortir de la zone rouge de cessation des paiements avec laquelle il flirte.

    Pour ce faire, il faudra puiser dans la trésorerie de l’Agence sanitaire et sociale. Mais à moins court terme, c’est l’ensemble du financement du système de santé qu’il faudra revoir. En encadrant mieux les dépenses d’un côté (de ce point de vue, l’élaboration de l’équivalent d’une carte Vitale facilitera grandement le contrôle et la répression des abus) d’autre part en trouvant d’éventuelles nouvelles sources de revenus, notamment par la fiscalité.

    Côté mine et nickel, une subtile concertation avec le vice-président Tyuienon est à prévoir vu la proximité de responsabilités.


    Gilbert Tyuienon (Union calédonienne)

    Vice-président, transport, infrastructures publiques, prévention routière, suivi du schéma d'aménagement et de développement de la Nouvelle-Calédonie NC 2025, suivi des transferts de compétences, règlement des problématiques minières et suivi du Fonds Nickel.

    La mise en œuvre du schéma directeur du Port autonome sera soutenue, tout comme l’effort en matière d’infrastructures routières. Les chantiers du schéma global de transport, notamment la desserte des îles, seront à poursuivre. Une évaluation des transferts pourrait être engagée.


    Philippe Germain (Calédonie ensemble)

    Agriculture, élevage, pêche, développement durable, mise en valeur du parc naturel de la mer de Corail, recherche et innovation, audiovisuel.

    Concernant l’agriculture, l’élevage et la pêche, Philippe Germain souhaite œuvrer pour améliorer l’autonomie alimentaire de la Nouvelle-Calédonie.

    Il souhaite aussi, à travers le parc naturel de la mer de Corail, faire de la biodiversité un support de développement durable.


    Christopher Gygès (Avenir en confiance)

    Porte-parole, économie, relance économique, commerce extérieur, fiscalité, énergie, économie numérique, économie de la mer, politique du bien vieillir et solidarité.

    La priorité des priorités, pour lui, c’est la relance économique. Elle doit passer par un dialogue resserré avec les entreprises, par une stabilisation de la fiscalité et la simplification de la TGC.

    Pour passer le cap périlleux de la fin du contrôle des marges, il compte appliquer la doctrine de l’Autorité de la concurrence. Impossible de tout surveiller mais cogner très fort sur ceux qui abusent.


    Didier Poidyaliwane (Union calédonienne)

    Porte-parole, affaires coutumières, culture et protection de l’enfance et de la jeunesse, relations avec les institutions coutumières et questions relatives à l’identité et à la citoyenneté.

    Qui dit affaires coutumières, dit aussi discussions avec le Sénat coutumier à nouveau traversé par des difficultés, notamment au niveau de sa présidence. Didier Poidyaliwane s’attaquera aux problématiques de financement de la culture et travaillera sur un projet « Pays » avec l’ensemble des acteurs et des communautés. Il abordera l’épineuse thématique de la citoyenneté.


    Yoann Lecourieux (Avenir en confiance)

    Budget, finances, assurances, droit civil et droit commercial, questions monétaires, suivi des grands projets, francophonie, relations avec le Congrès, les provinces et les communes.

    Sa priorité affichée est d’assainir le budget propre de la Calédonie et ses budgets annexes en menant « une opération vérité sur les recettes réelles ».

    Parallèlement, il entend relancer les grands projets par une planification budgétaire et une programmation pluriannuelle d’investissements.


    Valentine Eurisouké (UNI)

    Coordination et mise en œuvre du plan Do Kamo (santé) et du service civique. Animation du secteur de la condition féminine.

    Valentine Eurisouké voit son périmètre modifié par rapport à la dernière mandature, notamment en matière de santé : elle se concentrera sur le plan Do Kamo. Elle se penchera sur la question cruciale des maladies chroniques, dont l'obésité, le diabète ou encore l'hypertension. Son action pour la jeunesse sera axée sur le service civique. Alors qu'une Calédonienne sur quatre a été, ou est, victime de violence, ses actions dans le secteur de la condition féminine seront, elles aussi, scrutées.


    Isabelle Champmoreau (AEC)

    Enseignement, suivi de l’enseignement supérieur, handicap, famille, lutte contre les violences intrafamiliales, bien-être animal.

    Isabelle Champmoreau fait son retour au gouvernement où elle s’occupait, avant Christopher Gygès, du handicap et de la famille. Elle reprend ces secteurs ainsi que ceux de l’enseignement auparavant dévolus à Hélène Iékawé. Il s’agit d’un secteur complexe puisqu’une réforme adoptée en début d’année a été retoquée par la justice faute d’avoir respecté les délais devant le Congrès.


    Vaimua Muliava (Eveil océanien)

    Constructions publiques, patrimoine immobilier, logement et urbanisme, fonction publique et transformation numérique, simplification administrative.

    Sa priorité sera la mise en place d’une stratégie immobilière susceptible d’aider au regroupement de certaines directions. Lui aussi va se mobiliser sur les grands travaux, notamment la construction du village océanien.

    Il souhaite aussi retravailler la politique du logement et notamment améliorer la performance énergétique de l’habitat calédonien.


    Jean-Louis d’Anglebermes (UC)

    Travail, emploi, dialogue social, formation et insertion professionnelles, suivi du XIe FED territorial, relations avec le CESE de Nouvelle-Calédonie.

    Le membre de l’Union calédonienne retrouve ses portefeuilles. Un regard attentif sera porté sur la stratégie emploi insertion professionnelle qui a pour objectif de permettre aux personnes les plus éloignées de l’emploi d’intégrer le marché du travail et à celles qui y sont de progresser. De plus, Jean-Louis d’Anglebermes travaillera sur l’appui du Fonds européen de développement.


    Jean-Pierre Djaïwé (UNI)

    Jeunesse et sports, coordination et suivi du plan territorial de sécurité et de prévention de la délinquance, politique de l’eau, questions environnementales et météorologie.

    Tout nouveau au gouvernement, Jean-Pierre Djaïwé, également heureux président de Hienghène Sport, aura à mettre en œuvre les plans d’action « sports » mais aussi « jeunesse ». Outre la cruciale politique de l’eau, la lutte contre les feux de brousse ou encore contre les espèces envahissantes occupera les journées. Le programme de prévention de la délinquance sera mené en partenariat avec l’Etat.


    Nouveautés

    Quatre secteurs d’animation font leur apparition : la relance économique, le suivi des grands projets, l’économie de la mer et le bien-être animal.


    Transversalité

    Plusieurs secteurs sont répartis entre différents membres du gouvernement : la mine, l’environnement, la santé et la condition féminine.


    Composition

    Le gouvernement est composé de quatre membres de l’Avenir en confiance, un membre de l’Eveil océanien, un membre de Calédonie ensemble, trois membres de l’Union calédonienne, et deux membres de l’Union Nationale pour l’Indépendance.

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