Nouvelle Calédonie
  • Anthony Tejero / anthony.tejero@lnc.nc | Crée le 17.04.2019 à 04h25 | Mis à jour le 17.04.2019 à 06h39
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    Hier matin, Annick a ressenti le besoin de faire découvrir à sa petite-fille Elena, la cathédrale de Nouméa. Photo : A.T.
    ÉVÉNEMENT. Les Calédoniens se sont réveillés sous le choc, hier. Certains fidèles sont venus prier et se recueillir de bon matin en la cathédrale de Nouméa. D’autres ont simplement ressenti le besoin d’entrer dans une église.

    10 heures, sous le tintement des cloches de la cathédrale de Nouméa, les quelques fidèles, assis ou agenouillés, se recueillent. Comme à l’accoutumée, le silence est d’or, à peine perturbé par le bruit des pas de quelques touristes. Pourtant les prières, elles, ont une saveur, et peut-être même une ferveur, un peu différente.

    Impossible pour ces catholiques de ne pas ressasser en boucle les vidéos de Notre-Dame de Paris, en proie aux flammes, découvertes à leur réveil. « Je viens tous les jours à la messe. Mais ce matin, je suis vraiment touché parce que c’est un endroit où j’allais souvent, dès que j’étais à Paris. Notamment lorsque j’étais étudiant », confie dans l’obscurité de la nef Patrick Heyec, qui jure n’avoir « jamais vu un bâtiment aussi impressionnant » de toute sa vie.

    « Un coup de massue »

    A quelques pas de là, un homme, dynamique, n’en est pas moins agité : « C’est juste un désastre ! Le premier message que j’ai reçu ce matin venait de mon neveu en France qui le disait : “Il n’y a plus d’orgue à Notre-Dame, quelle catastrophe, on pense à toi." Je n’ai pas compris tout de suite. Et puis le coup de massue est tombé… », raconte les yeux rougis Roger Boisne, l’organiste de la cathédrale, qui prépare tant bien que mal son concert de la veillée pascale. « J’ai eu le privilège de jouer à Notre-Dame l’an passé, c’était le Graal. Ce sont les orgues probablement les plus prestigieux au monde. C’est une perte immense. Mon premier réflexe a été d’écrire aux organistes de Notre-Dame qui sont venus en concert à Nouméa il y a un mois. Pour eux, c’est une vraie catastrophe. Ils ont tant d’affection pour les lieux. »

    Une peine également partagée par les fidèles qui n’ont jamais vu de leurs propres yeux la fameuse « vieille dame » : « La seule chose qui m’a rassurée un peu, c’est qu’il ne s’agit pas d’une attaque terroriste, glisse, en plongeant sa main dans le bénitier d’eau bénite, Jeanne, de Tontouta. Je ne suis jamais allée là-bas, mais je suis choquée. Je pense que c’est une énorme disparition pour les Parisiens. J’aurais une pensée pour eux dans mes prières. »

    Au premier rang, le visage fermé, les mains croisées, Marine n’est pas encore au courant. A la vue des photos, cette dame de 69 ans reste littéralement sans voix, puis répète inlassablement : « C’est invraisemblable ! ».

    « Je vais tous les deux ans en pèlerinage à Notre-Dame. J’y ai trouvé une paix intérieure. Quelle tristesse, souffle cette habitante de Pouébo. Je vais appeler ma fille qui est à l’armée en France. Je ressens le besoin de parler à quelqu’un de là-bas. »

    Au détour des rangées, certains visiteurs ne sont ni fidèles, ni pratiquants. Mais le besoin d’être là est plus fort : « En voyant les images à la télévision ce matin, ma petite-fille m’a dit qu’elle n’était jamais entrée dans une église, alors j’ai décidé de l’y emmener. Et de lui expliquer que tout ce qu’elle voyait était encore plus beau à Notre-Dame, raconte Annick, de Nouméa. Cela fait partie de notre histoire française. Je suis très très triste. J’ai la sensation de perdre un trésor d’architecture. Que l’on soit catholique ou non, Notre-Dame fait partie de notre histoire patrimoniale. C’est un chef-d’œuvre. »


    « Quatre ans de ma vie partis en fumée »

    DIANE CABÉE, DE NOUMÉA, CHANTEUSE ET PROFESSEURE DE MUSIQUE

     

    « Ce matin, en voyant les images, je n’ai pas arrêté de pleurer. Ce qui a brûlé, ce sont les endroits où je répétais tous les jours. C’est un peu comme si quatre ans de ma vie étaient partis en fumée d’un coup. C’est assez éprouvant, sans même parler des 800 ans d’histoire de la cathédrale. Entre 1999 et 2002, je chantais dans la maîtrise de Notre-Dame de Paris, avant de rentrer à Nouméa. Dès l’âge de 12 ans, j’ai donc été en classe à horaires aménagés : le matin, j’allais à l’école et l’après-midi, je répétais dans cette grande dame. Nous avions 18 heures de chant polyphonique par semaine environ, sans compter tous les offices, les vêpres et les messes. On était au service de la cathédrale, en charge de la musique sacrée : du chant grégorien jusqu’à un répertoire plus contemporain. Cela a représenté une énorme partie de ma première vie professionnelle. Quand on se consacre à la musique sacrée, c’est aussi une façon de faire perdurer l’histoire, intimement liée à la religion et au spirituel. Tous les endroits où j’ai été, il n’y en a plus trace que dans ma mémoire désormais. Je trouve ça terrible de ne pas pouvoir y retourner, ne seraitce qu’une fois. Je ne suis ni catholique, ni croyante. Mais j’aime l’histoire et son héritage. Les instrumentistes et les chanteurs de la maîtrise avaient le plaisir et le privilège de pouvoir faire vivre cette histoire. C’est une tragédie pour tous les Parisiens, mais également pour le monde entier. Cette catastrophe touche un monument adoré de tous. Je suis bouleversée. »


    « Le contraste est vraiment saisissant »

    GAËLLE NOIRET, DE NOUMÉA, RÉDACTRICE AU GRATUIT

     

    « Je suis de passage en vacances à Paris. Le matin même, en bonnes touristes, nous avons fait un tour en bateau-mouche avec ma fille. Nous sommes passées sous Notre-Dame de Paris et j’ai alors été impressionnée par l’ampleur des échafaudages du chantier de rénovation. Le contraste est vraiment saisissant entre cette belle cathédrale sous un ciel bleu et les images que l’on a découvertes quelques heures plus tard à la télévision. Nous étions chez des amis et nous avions du mal à y croire. On regardait un peu avec le même sentiment que celui que j’avais lorsque j’ai vu les tours du World Trade Center, à New York. On regardait les images en boucle, on n’arrivait pas à éteindre l’écran. On a vu qu’il y avait beaucoup de monde dans la rue, mais je ne suis pas sortie, car il fait trop froid pour moi en ce moment… Par contre ce matin [mardi], j’ai envie de me rendre sur place. Pas tant pour voir l’ampleur des dégâts, que pour ressentir l’ambiance sur place. » 

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