Nouvelle Calédonie
  • ENTRETIEN AVEC Marie-Paule Tourte-Trolue, commissaire déléguée en province Nord
    Propos recueillis parJean-Alexis Gallien-Lamarche | Crée le 18.08.2018 à 04h25 | Mis à jour le 20.08.2018 à 14h45
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    Née à Koumac, Marie-Paule Tourte-Trolue est devenue la première femme commissaire déléguée de la République pour la province Nord, en juin. Photo J.C.
    La fonctionnaire d’État Marie-Paule Tourte-Trolue est en première ligne pour trouver une issue au conflit qui se joue à Kouaoua. Hier, la commissaire déléguée a rencontré « jeunes » et coutumiers. Avec calme, elle n’esquive aucun sujet.

    Les Nouvelles calédoniennes : Vous vous êtes rendue à Kouaoua, hier. Avez-vous pu rencontrer les manifestants ?

    Avec Richard Poido, conseiller aux affaires coutumières au haut-commissariat, nous avons rencontré « les jeunes » à l’endroit où ils ont installé leur camp pour bloquer la mine. Cela s’est bien passé, nous avons rencontré une délégation de six personnes dont deux jeunes femmes. Nous avons discuté dans une ambiance sereine pendant deux heures, l'idée était de les entendre. L'entretien a été constructif. Ces « jeunes », ce ne sont pas des délinquants, ce sont des gens qui militent contre les impacts que pourrait avoir l'exploitation des nouveaux gisements envisagée par la SLN. Ils nous ont clairement indiqué qu'ils n'étaient pas pour que la mine ferme parce qu’elle fournissait du travail aux familles de Kouaoua et y compris à des gens de leur entourage. S’ils ne sont pas pour la fermeture de la mine, ils nous ont clairement expliqué leur désaccord quant à l’exploitation des nouveaux sites. Ils ont également demandé à rencontrer les coutumiers pour discuter. Ils leur reprochent des choses et notamment de ne pas avoir été informé des démarches de la SLN. Ils veulent en savoir plus sur les accords entre la SLN et les coutumiers.

    Vous allez également rencontrer les coutumiers [l’entretien a été réalisé avant la réunion, NDLR] ?

    Oui, six ou huit responsables coutumiers et représentants de toutes les tribus seront autour de la table. L’objectif est de débloquer la situation et de faire en sorte que « les jeunes » et les coutumiers se parlent, se disent ce qu’ils ont à se dire. Il y a un vrai problème de communication entre eux.

    Quel rôle joue l’État dans cette gestion de crise ? Au vu de la situation, votre intervention était-elle inévitable ?

    L’État paraissait être, effectivement, un facilitateur. Vendredi, j’ai tenu une réunion avec la SLN, la NMC, la Dimenc (gouvernement), la province et la mairie. Il fallait faire le point sur la situation. C’est une situation complexe, tout le monde a reconnu que les problèmes étaient nombreux et qu’il faudrait beaucoup de discussions pour les solutionner. Il est ressorti de cette réunion qu’il fallait que l’État engage la médiation en commençant par rencontrer les jeunes et les coutumiers. C’était la première amorce pour débloquer la situation. L’État est apparu comme un acteur neutre.

    L’État envisage-t-il de recourir à la force, autrement dit l’intervention des gendarmes, pour débloquer la mine ?

    Pour l’instant, je ne pense pas que ce soit une solution envisagée. Recourir à la force, cela ne résoudrait pas le problème. Au contraire, cela risquerait d’empirer la situation. C’est la voie du dialogue qui est privilégiée pour trouver une sortie de crise.

    La fermeture de la mine de Kouaoua a des répercussions énormes…

    L’objectif est clair, il faut débloquer l’accès à la mine de Méa. C’est une priorité. Il faut que la SLN puisse reprendre son activité. Il y a des salariés qui ont été redéployés sur d’autres sites, des sous-traitants qui sont impactés. Désormais, il faut continuer les consultations jusqu’à ce qu’on arrive à mettre tout le monde autour de la table et à identifier les solutions. Je veux être optimiste même si je ne dis pas que tout va se régler « demain ».

    Repères

    Un risque de contagion à la NMC ?
    « Non, c’est plutôt calme », répond Yoran Wamytan. Le chef adjoint du centre de la mine de Kagitra, exploitée par la NMC, écarte « tout risque de contagion » avec le blocage de la SLN. « Il est vrai que mercredi, le chargement du bateau a été bloqué par certains de la tribu de Ouénéa, raconte Yoran Wamytan. C’était en solidarité avec ceux qui bloquent la mine Méa et pour que les discussions reprennent. » La NMC représente environ 200 emplois directs et indirects à Kouaoua.

    SLN et sécurité
    L’industriel a été clair. « Une reprise d’activité ne sera envisageable que si les conditions en matière de sécurité sont à nouveau réunies et de manière durable pour ses salariés, ses biens et ses sous-traitants ». La SLN s’est aussi déclarée « en situation de force majeure à l’égard de ses prestataires. Cette déclaration de situation de force majeure ayant pour effet immédiat de suspendre l’exécution de tous les contrats de prestations en cours ».

    Fernand Chung, nouveau chef de centre de mine
    Jeanne Setiano-De Bascoche, qui était depuis fin 2015 la seule femme à occuper le poste de chef de centre à la SLN, a été remplacée le 1er août par Fernand Chung. Elle est désormais responsable 
    des affaires externes.

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