Nouvelle Calédonie
  • Jean-Alexis Gallien-Lamarche / jeanalexis.gallien@lnc.nc | Crée le 09.04.2019 à 06h52 | Mis à jour le 09.04.2019 à 06h52
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    Après la révélation de son placement en garde à vue, hier, Philippe Michel a contre-attaqué. Ph. C. Terrien
    JUSTICE. Le patron de la province Sud, son secrétaire général ainsi qu’une série de proches de Calédonie ensemble ont été auditionnés dans le cadre de l’enquête qui porte sur des soupçons d’emplois fictifs lors des législatives de 2017.

    Le calendrier judiciaire bouscule la période électorale. Alors que la campagne bat son plein, le scrutin des provinciales étant fixé au 12 mai, Philippe Michel, président de la province Sud et du groupe Calédonie ensemble (CE) au Congrès, également secrétaire général du parti loyaliste, a été auditionné par les enquêteurs de la section de recherches de la gendarmerie, fin mars, sous le régime de la garde à vue. Cette nouvelle étape de l’instruction judiciaire qui porte sur des soupçons d’emplois fictifs liés à la campagne des législatives de 2017 au sein de CE intervient sur commission rogatoire de deux juges d’instruction de Nouméa, cosaisis de cette affaire. Philippe Michel n’est pas le seul inquiété.

    Perquisition en Décembre

    Roger Kerjouan, secrétaire général de la province Sud et président du conseil d’administration d’Énercal, et trois autres personnes, dont ni les identités ni les fonctions n’ont été dévoilées, ont aussi été auditionnés en garde à vue. De plus, plusieurs autres proches et collaborateurs politiques du parti fondé par Philippe Gomès ont été interrogés sans être placés en garde à vue. A ce jour, ni Philippe Michel ni aucun cadre de Calédonie ensemble n’auraient été mis en examen. Si le patron de la collectivité du Sud a dénoncé, hier, « une bidouille politico-judiciaire », qualifiant par ailleurs le « calendrier judiciaire » de « curieux » (lire ci-dessous), Calédonie ensemble voit la menace judiciaire qui pèse sur lui s’aggraver. Car la justice semble avoir assez d’éléments en sa possession pour continuer les investigations. Les juges d’instruction suspectent depuis déjà plusieurs mois que des collaborateurs d’élus de la province Sud et du Congrès aient travaillé pour le compte de Calédonie ensemble lors des législatives de 2017. CE était sorti vainqueur de ces élections, Philippe Gomès et Philippe Dunoyer étant élus députés.

    La présentation du programme reportée

    Déjà en décembre dernier, à la veille du Comité des signataires à Paris, les locaux de Calédonie ensemble au Congrès avaient fait l’objet d’une vaste perquisition. Les enquêteurs et le magistrat instructeur étaient repartis de l’institution les bras chargés de documents qui ont été depuis minutieusement épluchés. Les révélations concernant les gardes à vue de Philippe Michel et de Roger Kerjouan ont eu une première conséquence politique : la présentation du programme, prévue aujourd’hui, a été reportée à jeudi matin. « Quoi qu’il advienne, si l’objectif est de [nous] couvrir de boue, c’est réussi », a déclaré Philippe Michel.


    « Une instrumentalisation politique de la justice »

    Il y a d’abord eu les attaques contre les adversaires politiques et la justice. Après les révélations sur son placement en garde à vue, Philippe Michel a vivement critiqué, hier en conférence de presse, « la dénonciation calomnieuse de Sonia Backès et de Fiu Muliakaala » qui aurait abouti à « ces investigations judiciaires ».

    « Comme par hasard, l’affaire intervient en pleine campagne pour les élections provinciales », a déclaré le président de la province Sud, ajoutant que Sonia Backès avait « tenté de faire invalider le résultat du scrutin dans

    le cadre d’un recours devant la commission nationale des comptes de campagne [...]. Cette manoeuvre grossière ayant été rejetée par la commission, elle a saisi la justice ». « Que tu cherches à gagner sur tapis vert ce que les urnes t’ont refusé, il y a des limites… », a également dit le responsable politique dénonçant « une bidouille politico-judiciaire » et « une instrumentalisation politique de la justice », estimant par la suite « regrettable et malvenu qu’en pleine campagne, ce type d’investigations ait lieu. L’équité et le respect d’un certain nombre de règles de droit voudraient que cette instruction soit menée hors période électorale ». Après les attaques, la défense. Assurant que « le dossier de l’emploi des collaborateurs politiques dans les institutions a déjà été tranché » par la justice, Philippe Michel s’est ainsi appuyé sur une ordonnance de non-lieu rendue en 2014 par deux juges d’instruction après quatre années d’enquête dans un contexte comparable. « Cette ordonnance a le statut de vérité judiciaire, a-t-il encore asséné. Le cadre juridique dans lequel tous les groupes politiques emploient leurs collaborateurs répond aux obligations fixées par les magistrats et les délibérations des assemblées de province et du Congrès. » « D’une sérénité absolue », Philippe Michel a fait savoir que « si la justice devait décider en 2019 de prendre le contre-pied de ce qu’elle affirmait en 2014, tous les groupes politiques du Congrès et des provinces ainsi que les présidents des collectivités et du Congrès seraient susceptibles d’être poursuivis et condamnés ». « Il est hors de question qu’on accepte un traitement discriminatoire exclusivement centré sur les collaborateurs de Calédonie ensemble », a-t-il ajouté.

    « Gare aux dérapages »

    Les attaques de Philippe Michel ont sans surprise fait réagir Sonia Backès. Dans un communiqué de presse, la tête de liste de l’Avenir en confiance (MPC, Républicains calédoniens et Rassemblement) appelle son adversaire « à plus de discernement » et « lui demande de prendre gare aux dérapages verbaux »« Nous n’avons aucun “soupçon” sur l’impartialité de la justice qui fera toute la lumière sur cette affaire, et nous comprenons désormais mieux les velléités de certains à vouloir “calédoniser” la justice », a conclu Sonia Backès. J.-A.G.-L.

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