Nouvelle Calédonie
  • Par Jean-Frédéric Gallo et Christine Lalande | Crée le 19.06.2019 à 06h45 | Mis à jour le 19.06.2019 à 06h45
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    Secteur en plein doute, « le BTP a indéniablement moins d’activité qu’il a pu en avoir par le passé, où il a connu des périodes un peu exceptionnelles avec de grands chantiers », indique la responsable des études pour l’IEOM. Photos Thierry Perron
    L’Institut d’émission d’outre-mer (IEOM) vient de publier sa note d’analyse conjoncturelle pour le 1er trimestre. Les chiffres ne sont guère reluisants. À tel point que l’Institut n’hésite pas à considérer dans sa publication que l’économie est à « marée basse » et a atteint une sorte de « plancher ».

    Climat des affaires historiquement bas

    « Depuis la chute enregistrée au 3e trimestre 2018, l’indicateur de climat économique est autour de 15 points en dessous de sa moyenne de longue période [de 2001 à nos jours]. Ce niveau historiquement bas reflète une confiance affectée par un manque de visibilité et un changement de régime de croissance de l’économie », indique en préambule l’Institut, avant de passer en revue chaque secteur. « L’indicateur du climat des affaires mesure la confiance en l’avenir, indique Magali Ardoino, responsable du service des études de l’IEOM. Il va réagir plus vite que l’économie réelle. Les mesures [politiques en faveur de l’économie] prennent du temps avant de produire des effets, positifs comme négatifs, donc on peut s’attendre à un certain décalage… En ce moment, on sent qu’il y a un attentisme et un manque de visibilité sur beaucoup de choses. »

    Des prix à la baisse…

    L’indice des prix à la consommation baisse au premier trimestre 2019 (-0,5 %) en moyenne. Une tendance due à la baisse des produits énergétiques (-4,9 %) après plusieurs trimestres de hausse. Le prix de l’alimentation a aussi baissé : « C’est un microphénomène mais c’est une chose que les consommateurs sont susceptibles de ressentir, précise la responsable. Cet élément, qui était déjà un petit peu visible en fin d’année dernière, redonne un peu du pouvoir d’achat, combiné à des taux d’intérêt qui sont faibles. » Les prix des services connaissent en revanche une légère augmentation ce trimestre (+0,4 %) en lien avec une hausse de 8,7 % des tarifs de transports aériens de voyageurs.

    ... mais morosité de la consommation

    « La consommation des ménages semble perdre de la vigueur ce trimestre avec un ralentissement marqué des importations de biens de consommation durables, indique la publication. En effet, leur valeur totale chute de 8,5 % au 1er trimestre 2019, pour revenir à un niveau bas, similaire à celui du 3e trimestre 2018. » La hausse de 3,4 % des importations de produits alimentaires est compensée par la baisse des importations d’articles d’habillement (-5,0 %).

    Par ailleurs, si le nombre d’immatriculations de voitures neuves enregistre un léger rebond sur le trimestre (+0,6 %), il reste toutefois en net recul sur l’année (-9,7 %). « Cette morosité de la consommation des ménages semble être confirmée par les soldes d’opinion des entreprises du secteur du commerce qui, en majorité, continuent de faire état d’une activité dégradée. »

    Le BTP très inquiet

    Au 1er trimestre 2019, la confiance des entrepreneurs du secteur reste dégradée. Les chefs d’entreprise font part de leurs inquiétudes concernant le remplissage des carnets de commandes et sont également plus nombreux à déclarer une baisse de leurs effectifs. En lien notamment avec la fin du dispositif de défiscalisation locale, la construction privée s’avère moins dynamique qu’en 2018.

    La production de crédits à l’habitat des entreprises et des ménages accuse un fort recul (respectivement -51,0 % et -30,4 % en glissement annuel).

    Pour le trimestre à venir, les anticipations sont également peu optimistes, les soldes d’opinion de l’ensemble des fondamentaux s’établissant sensiblement en deçà de leur moyenne de longue période.

    « Le BTP a indéniablement moins d’activité qu’il a pu en avoir par le passé, où il a connu des périodes un peu exceptionnelles avec de grands chantiers, reconnaît la responsable du service des études. On arrive en zone de maturité en quelque sorte. Bien sûr il y a encore des projets, des hôtels, le Carré Roland, le Néobus et bientôt le projet Lucy, mais effectivement ils ne sont pas équivalents à ce que l’on a pu connaître par le passé. »

    Les perspectives

    « On ne dit pas que c’est une économie en récession, précise Magali Ardoino. Mais que c’est une croissance morose, qui manque de gros leviers comme elle a pu en avoir par le passé, qui s’essouffle même sur beaucoup d’aspects liés au rattrapage économique indépendamment du nickel. » Fort heureusement, celle-ci a « quand même encore un peu d’activité ».

    Une histoire de confiance

    « Il y a une attente psychologique, explique Magali Ardoino. Il faut vraiment insister sur cet aspect confiance, c’est déterminant. Cela peut changer beaucoup l’investissement et la consommation. A l’IEOM, si on se base sur l’indicateur du climat des affaires - sans faire de prévision sur le nickel -, on a une composante future à court terme qui semble indiquer que ça ne va pas aller mieux, mais que ce ne sera pas forcément pire non plus. On est arrivés à une espèce de plancher. »


    « Des difficultés à envisager l’avenir »

    Jennifer Seagoe, PRÉSIDENTE DE LA CHAMBRE DE COMMERCE ET D’INDUSTRIE CCINC

    Propos recueillis par C.L.

    Pour la présidente de la CCI-NC, il y a urgence à donner de la visibilité aux entreprises. Photo archives LNC

     

    Les Nouvelles calédoniennes :

    Quel est votre sentiment à la suite de la publication de cette note conjoncturelle de l’IEOM, qui fait état d’un climat des affaires en berne ?

    C’est ce que nous disons depuis assez longtemps maintenant. Les chiffres n’étaient pas encore en concordance avec les remontées du terrain et le ressenti que nous avions, mais celui-ci est catastrophique. Nous faisons face régulièrement à des entreprises en larmes, des entreprises du BTP (secteur particulièrement impacté, NDLR) installées depuis parfois trois générations en Nouvelle-Calédonie, qui sont véritablement désemparées. Qui n’ont plus de liberté d’action et qui souffrent de trop de contraintes réglementaires.

    Les chiffres donnent raison au ressenti que nous avions. 

    Les chiffres commencent à refléter vraiment le terrain, et cela nous inquiète énormément. Il faut que cela commence à changer. Il nous faut au plus vite un gouvernement, et un gouvernement stable. Un gouvernement qui donne la possibilité de mettre en place les changements nécessaires pour que les acteurs économiques aient plus de visibilité, pour alléger les contraintes sur les sociétés et inciter à la consommation générale.

    Le contexte de relative incertitude institutionnelle que traverse la Nouvelle-Calédonie vous semble-til peser sur la confiance des entreprises ?

    Imaginez-vous à la place d’une entreprise qui a, à l’instant T, une décision à prendre : il y a trop d’incertitudes institutionnelles pour qu’elle puisse le faire. Un premier référendum a eu lieu, mais il faut quand même qu’on puisse tracer un chemin devant nous. Ajoutez à cela la conjoncture du nickel, en crise également… Et nous arrivons à des situations comme celle-ci.

    Quelles sont les perspectives de la croissance économique, du point de vue de la CCI ?

    Les perspectives ? Nous les envisageons avec difficulté. On tire la sonnette d’alarme depuis longtemps maintenant. Tout ce que l’on peut dire c’est que la CCI est là pour les entreprises. Si l’on peut donner des idées de relance de l’économie, on sera là aussi pour le faire… Mais il faut faire quelque chose. Le seuil d’endettement est à ce point qu’on ne peut plus emprunter en Nouvelle- Calédonie. Il faut redonner de la confiance aux entreprises.


    « Un maintien à prévoir, plutôt qu’une reprise »

    Rémi Fritsch, DIRECTEUR ADJOINT DE L’INSTITUT D’ÉMISSION D’OUTREMER

    Pour l’IEOM, ce premier trimestre 2019 est placé sous le signe d’un fort attentisme et d’une économie arrivée à une sorte de plancher, qui peine à trouver ses relais de croissance. Pour autant, ce n’est pas vraiment une surprise : « cela fait déjà trois trimestres que l’indicateur du climat des affaires est au plus bas, analyse Rémi Fritsch. Il y a trois raisons principales à cela : la mise en place de la TGC, les incertitudes institutionnelles avec le référendum notamment, et la volatilité des cours du nickel, qui a joué au yoyo sur l’ensemble de l’année 2018 », poursuit-il. Pas de grand changement à attendre dans les mois qui viennent : « Pour le premier facteur, celui de la TGC, on peut considérer ce facteur comme réglé, et il n’en a pas résulté d’inflation significative. Reste l’incertitude institutionnelle, qui va durer encore un certain temps, et les cours du nickel : bien malin celui qui pourrait faire un pronostic pour le second semestre. Il n’y a pas de réelle tendance sur les cours qui dure plus de quelques mois », note le directeur adjoint de l’IEOM. La dépense publique résiste, et quelques secteurs économiques parviennent à tirer leur épingle du jeu, mais « qui restent modestes en taille par rapport au secteur du nickel », s’inquiète Rémi Fritsch. Après les investissements « pharaoniques » des années 2010-2012 qui ont vu deux usines sortir de terre, le BTP, particulièrement en peine, pourra compter sur de nouveaux investissements mais « sans équivalent avec les situations passées ». En conclusion des perspectives « ni-ni », pas tout à fait récessionnistes, mais sans levier de croissance providentiel non plus, attendent probablement la Nouvelle- Calédonie dans les mois qui viennent.


    Croissance dans le Pacifique

    Les perspectives de croissance pour le reste de l’année 2019 s’améliorent (Chine, Australie et Indonésie), soutenues notamment par des politiques monétaires et budgétaires accommodantes, indique l’IEOM.


    Le tourisme optimiste

    après une fin d’année 2018 mitigée, les professionnels du tourisme abordent les premiers mois de l’année 2019 avec un regain d’optimisme. Les entrepreneurs restent majoritaires à déclarer une progression de leurs effectifs, un allégement de leurs charges et une amélioration des délais de paiement.

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