Pacifique
  • Andrew Beatty/AFP | Crée le 18.06.2019 à 04h25 | Mis à jour le 18.06.2019 à 11h13
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    Israel Laki, chez lui, à Mount Hagen, au centre du pays. Les arcs, lances ou haches d’il y a peu ont été remplacés par des M16 ou des fusils FN.Photo AFP
    PAPOUASIE-NOUVELLE-GUINÉE. Des dizaines de morts, des centaines de familles déplacées, de nombreuses maisons incendiées et d’importants dégâts matériels. Depuis février, le pays connaît une recrudescence des conflits tribaux.

    Les dernières violences en date ont eu lieu la semaine dernière dans la vallée de la Sugu, dans le district de Kagua-Erave. Les hostilités ont débuté après le décès d’un enseignant appartenant à l’une des deux tribus en guerre. Selon la police, plusieurs personnes auraient été tuées et blessées, une école et un centre de santé auraient également été rasés.

    La dégradation de la situation n’étonne pas Israel Laki. Ce Papou de 69 ans vit dans la province d’Enga où les premiers Occidentaux ne mirent les pieds que dans les années 1930. Il conserve sur lui les souvenirs des combats passés : la cicatrice sur le torse d’une flèche qui s’était fichée à quelques millimètres du cœur au début des années 1980. Cela l’avait empêché d’achever à la hache un membre d’une tribu rivale, raconte-t-il.

    Le « bon vieux temps » d’Israel Laki, c’est celui où les tribus réglaient les conflits « avec honneur, c’est-à-dire avec des arcs et des flèches. C’était avant les armes automatiques. » Pendant des siècles, les peuples des Hautes-Terres se sont combattus avec des armes traditionnelles comme l’arc, la lance ou la hache.

    Mais l’arrivée récente et massive d’armes de guerre comme les M16 ou les fusils FN a changé la donne, menaçant de transformer la moindre querelle en boucherie. On se bat toujours pour régler les problèmes, qu’il s’agisse de contentieux territoriaux, de vengeances après un vol ou un viol. Mais la modernité ne fait pas bon ménage avec les traditions. Les habitants ont tous des histoires d’armes automatiques destructrices qui circulent, de marchands d’armes et de mercenaires itinérants prêts à vendre leurs services contre du liquide, des cochons ou pire, des femmes.

    M. Tondop, le commandant de la police de la province d’Enga, dénombre des dizaines de morts. « Les gens disposent d’armes très puissantes, témoigne-t-il. Ils se tuent sur le bord de la route. Ils ont décidé de se faire justice eux-mêmes. » Dans ce système, « le problème d’une personne devient le problème de tout le monde. »

    Course aux armements

    La violence est telle qu’une compagnie d’une centaine de militaires a établi son cantonnement dans un hôtel de Wabag, la principale ville de la province d’Enga.

    Les armes automatiques proviendraient de l’île de Bougainville, dans le nord-est du pays, où la guerre civile a fait rage dans les années 1980 et 1990. Elles seraient arrivées là via la très poreuse frontière avec l’Indonésie. Ou revendues par des membres des services de sécurité eux-mêmes.

    Aujourd’hui, le commandant Tondop parle d’une course aux armements tribale. « Quand les membres d’un clan savent qu’un clan rival a certaines armes, ils doivent trouver un moyen de se procurer les mêmes », explique-t-il. Il espère mettre en place une mesure d’amnistie qui se traduira par une prime allant jusqu’à 6 000 dollars par fusil restitué. Mais il sait que la seule vraie réponse, c’est le renforcement de la police et d’un système judiciaire perçu comme juste et efficace.

    Pour comprendre l’ampleur de la tâche de M. Tondop, il suffit de regarder à l’extérieur de son très modeste commissariat de Wabag, où un groupe de 300 hommes de la tribu Epok s’est rassemblé pour demander justice pour Chris Solomon, un des leurs. L’adolescent de 16 ans a été tué par balle et coupé en morceaux par un clan rival alors qu’il rentrait de l’école.

    Après avoir reçu du commandant Tondop l’assurance que la police arrêterait les assassins, les membres du clan repartent vers leurs terres avec la dépouille dans une lente procession d’une dizaine de cars, camions et 4X4.

    Colère palpable

    Une fois arrivées au village de Pilikambi, un millier de personnes se rassemblent pour le « Haus Krai », une cérémonie de deuil. Mais au bout d’une heure, la colère est toujours palpable. C’est en tout cas ce qui se dégage des discussions entre les membres de la tribu équipés de machettes longues comme des épées.

    Et ce n’est pas le folklore de la scène qui a attiré le contingent de militaires lourdement armés qui se tient non loin : si les forces de sécurité veulent empêcher que le sang coule à nouveau, elles devront très vite identifier, trouver et arrêter les suspects.

    Elles savent qu’avec les armes qui circulent, les plus jeunes peuvent déclencher par vengeance, besoin d’affirmation ou honneur à laver, un cycle sanglant de violences.

    « Le gouvernement doit agir », explique Amgal Solomon, le père de l’adolescent tué, qui ne cache pas que son clan se chargera de rendre justice si les autorités ne le font pas. « Si le gouvernement ne fait rien, la violence se poursuivra », annonce-t-il.

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