Pacifique
  • Tahiti Infos | Crée le 16.11.2018 à 04h23 | Mis à jour le 16.11.2018 à 09h25
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    De 1966 à 1996, les atolls de Mururoa et de Fangataufa ont été le théâtre de 193 essais nucléaires, qui ont eu des effets sur la santé et l’environnement des populations. Photo La Dépêche de Tahiti
    POLYNÉSIE. Les représentants à l’assemblée doivent examiner aujourd’hui le projet de loi organique proposant d’inscrire la reconnaissance du fait nucléaire dans le statut d’autonomie. Pour le Tavini, cette insertion « n’est qu’un leurre ».

    Le projet de loi organique préparé par l’Etat modifiant le statut d’autonomie a été inscrit à l’ordre du jour de la séance de ce jeudi (ce vendredi en NC) à l’Assemblée. Parmi les modifications, le projet de loi propose qu’il soit inscrit que « la République reconnaît la contribution de la Polynésie française à la construction de la capacité de dissuasion nucléaire et à la défense de la Nation », que « l’Etat assure l’entretien et la surveillance des sites concernés des atolls de Mururoa et de Fangataufa », et « accompagne la reconversion de l’économie polynésienne consécutivement à la cessation des essais nucléaires ».

    Ce point risque d’être longuement discuté car il est loin de susciter l’approbation de la classe politique. Mardi matin, le Tavini Huira’atira, le parti d’Oscar Temaru, a en effet dénoncé « les manœuvres de la France du président Macron ».

    Insuffisant

    Pour le parti bleu, « il serait plus honorable pour l’Etat d’avouer que le peuple ma’ohi a été volontairement sacrifié sur l’autel de la raison d’Etat, pour la seule grandeur de la France, et que c’est sous la contrainte et le mensonge que ce peuple a subi 193 bombes atomiques aux conséquences catastrophiques, notamment transgénérationnelles ». « La mention de la reconnaissance du fait nucléaire dans le statut d’autonomie n’est qu’un leurre pour endormir la conscience du peuple ma’ohi, regrette le Tavini Huira’atira. La France doit enfin assurer l’ensemble de ses responsabilités en matière de contamination nucléaire et d’indemnisation des préjudices qu’elle a causés. »

    Les représentants en commission des institutions avaient aussi jugé la semaine dernière, comme les membres du Syndicat pour la promotion des communes, que cela n’était pas suffisant. Les élus du Tapura souhaitent que « la reconnaissance de l’impact sanitaire, social, environnemental et économique des essais nucléaires en Polynésie française et la dotation de compensation économique soient inscrites dans la loi organique ». Ils ont aussi demandé que l’Etat rembourse à la CPS (Caisse de prévoyance sociale, NDLR la Cafat locale) les frais liés à la prise en charge des patients souffrants de maladies radio-induites.

     

    Un lieu pour accueillir le futur « centre de mémoire »

    L’Assemblée nationale a voté très largement, dans la nuit de mercredi à jeudi, la cession par l’Etat à la Polynésie de l’hôtel du commandement de la Marine, à Papeete (Tahiti) pour la réalisation du « centre de mémoire » des essais nucléaires, à l’occasion de l’examen du projet de budget 2019. 

    Par cette cession, il s’agit de « tenir la promesse de gouvernements sucessifs » et « ce sera juste réparation », s’est félicité le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin. « Dès 2006, soit dix ans après la fin des essais nucléaires, le besoin d’un lieu où s’informer, conserver et transmettre la mémoire des essais nucléaires s’est unanimement exprimé dans la population polynésienne », souligne l’exposé des motifs de l’amendement gouvernemental adopté en première lecture, qui a été salué sur tous les bancs. En janvier 2018 a été installé, par la ministre des Outre-Mer, le comité de projet pour la création du « centre de mémoire des essais » ainsi que le groupe scientifique chargé d’établir le périmètre et le contenu du projet. L’amendement prévoit la cession à titre gratuit du bâtiment nécessaire, sous réserve d’un retour à l’Etat si la collectivité ne réalisait pas le centre dans un délai de cinq années.

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